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Les "Apprentissages" de Colette -1/3-

Publié le par Perceval

Mes-Apprentissages-livre-3.jpgJe viens de relier, puis lire un ouvrage de Colette (1873-1954): « Mes Apprentissages » (1936).  Elle y raconte ses premières années de femme mariée, et évoque des personnalités du milieu journalistique et du monde littéraire auxquels elle fut très tôt liée.

Elle établit un portrait à charge contre son mari: « M. Willy n'était pas énorme, nais bombé. Le puissant crâne, l'œil à fleur de front , un nez bref, sans arête dure, entre les joues basses, tous ses traits se ralliaient à la courbe. La bouche étroite, mignarde, agréable, sous les très fortes moustaches d'un blond-gris qu'il teignit longtemps, avait je ne sais quoi d'anglais dans le sourire. Quant au menton frappé d'une fossette, il valait mieux - faible, petit et même délicat - le cacher. Aussi M. Willy garda-t-il une sorte d'impériale élargie, puis une courte barbe. On a dit de lui qu’il ressemblait à Edouard VII. Pour rendre hommage à une vérité moins flatteuse, sinon moins auguste, je dirai qu'il ressemblait surtout à la reine Victoria. (..) Rondeurs, suavités, calvitie qui concentrait la  lumière et les regards, voix  et contours adoucis... » M App. ( pour Mes Apprentissages )

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Lors de sa réception à l'Académie Royale Belge, elle dit «  Je suis devenue écrivain sans m'en apercevoir...Sortie d'une ombre anonyme, je m'étonnais que l'on m’appelât écrivain, et j'attribuais ces coïncidences renouvelées à un hasard complaisant. »

Un peu plus tard (1939) dans « Le Journal à rebours », elle écrit : « je sentais que j'étais justement faite pour ne pas écrire... »

Nous sommes en 1936, Colette ( Ne l'appelez pas Gabriele, elle dit ne plus se reconnaître à travers ce prénom ...) est reconnue. Henry Gauthier-Villars dit Willy (1859-1931) est mort depuis cinq ans.

      A propos de Willy, ce qui ressort, c'est la peur qu'il a inspiré : «  trois ou quatre femmes tremblent encore à son nom – trois ou quatre que je connais. Puisqu'il est mort, elles cessent peu à peu de trembler. Quand il était vivant, j'avoue qu'il y avait de quoi. » M App.

Willy installe une de ses maîtresses dans leur appartement parisien pendant qu'elle travaille aux Monts-Boucons dans le Doubs, et évoque sa « couardise », et sa peur... Elle abandonne ses droits sur le Claudine : «  Ce dessaisissement est bien le geste le plus inexcusable qu'ait obtenu de moi la peur, et je ne me le suis jamais pardonné. » M App.

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 Colette en 1896, par Jacques Humbert

Douleur de la tromperie, Lotte pour commencer, qui la fera rester 60 jours au lit … : « on comprendra que je m’attarde au souvenir de Lotte Kinceler. Cette jeune femme, qui eut une vie brève, m’apprit beaucoup. D’elle datent mes doutes sur l’homme à qui je m’étais fiée, et la fin de mon caractère de jeune fille, intransigeant, beau, absurde… »

 "Il faut comprendre aussi qu'un captif, animal ou homme, ne pense pas tout le temps à s'évader, en dépit des apparences, en dépit du va-et-vient derrière les barreaux, d'une certaine manière de lancer le regard très loin, à travers les murailles... Ce sont là des réflexes, imposés par l'habitude, par les dimensions de la geôle. Ouvrez la porte : presque toujours, au lieu du bond, de l'essor que vous attendez, la bête déconcertée s'immobilise, recule vers le fond de la cage."M App.

Tout lâcher n'est pas si commode : « nous autres filles de province, nous avions de la désertion conjugale, vers 1900, une idée énorme et peu maniable, encombrée de gendarmes, de malle bombée et de toilette épaisse, sans compter l’indicateur des chemins de fer…"

 

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cardon 28/09/2014 19:55

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PATRICK CARDON
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