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Le salon de Madeleine Lemaire ( 1845-1928 )

Publié le par Perceval

Madeleine-Lemaire--1845-1928--dans-son-atelier.jpg« Tout Paris voulut pénétrer dans l’atelier et ne réussit pas du premier coup à en forcer l’entrée. Mais dès qu’une soirée était sur le point d’avoir lieu, chaque ami de la maîtresse de maison venant en ambassade afin d’obtenir une invitation pour un de ses amis, Mme Lemaire en est arrivée à ce que tous les mardis de mai, la circulation des voitures est à peu près impossible dans les rues Monceau, Rembrandt, Courcelles, et qu’un certain nombre de ses invités restent inévitablement dans le jardin, sous les lilas fleurissants, dans l’impossibilité où ils sont de tenir tous dans l’atelier si vaste pourtant, où la soirée vient de commencer.

La soirée vient de commencer au milieu du travail interrompu de l’aquarelliste, travail qui sera repris demain matin de bonne heure et dont la mise en scène délicieuse et simple, reste là, visible, les grandes roses vivantes “posant” encore dans les vases pleins d’eau, en face de roses peintes, et vivantes aussi, leurs copies, et déjà leurs rivales. À côté d’elles, un portrait commencé, déjà magnifique de jolie ressemblance, d’après Mme Kinen, et un autre qu’à la prière de Mme d’Haussonville Mme Lemaire peint d’après le fils de Mme de La Chevrelière née Séguier, attirent tous les regards. La soirée commence à peine et déjà Mme Lemaire jette à sa fille un regard inquiet en voyant qu’il ne reste plus une chaise ! Madeleine-Lemaire--1845-1928--chez-elle.jpgEt pourtant ce serait le moment chez une autre d’avancer les fauteuils : voici qu’entrent successivement M. Paul Deschanel, ancien président, et M. Léon Bourgeois, président actuel de la Chambre des députés, les ambassadeurs d’Italie, d’Allemagne et de Russie, la comtesse Greffulhe, M. Gaston Calmette, la grande-duchesse Vladimir avec la comtesse Adhéaume de Chevigné, le duc et la duchesse de Luynes […]. Cela n’arrête pas une minute, et déjà les nouveaux arrivants désespérant de trouver de la place font le tour par le jardin et prennent position sur les marches de la salle à manger ou se perchent carrément debout sur des chaises dans l’antichambre. La baronne Gustave de Rothschild, habituée à être mieux assise au spectacle, se penche désespérément d’un tabouret sur lequel elle a grimpé pour apercevoir Raynaldo Hahn qui s’assied au piano. » de Marcel Proust dans le Figaro du 11mai 1903.

Madeleine Lemaire (1845-1928), est artiste peintre, elle aussi un des modèles de Mme Verdurin et Mme de Villeparisis dans A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust.

Proust-Madeleine-Lemaire-et-Reynaldo-Hahn-copie-1.jpg

 Reynaldo Hahn, Madeleine Lemaire et Marcel Proust.


« Mme de Villeparisis, coiffée d'un bonnet de dentelles noires de l'ancien temps (qu'elle conservait avec le même instinct avisé de la couleur locale ou historique qu'un hôtelier breton qui, si parisienne que soit devenue sa clientèle, croit plus habile de faire garder à ses servantes la coiffe et les grandes manches), était assise à un petit bureau, où devant elle, à côté de ses pinceaux, de sa palette et d'une aquarelle de fleurs commencée, il y avait dans des verres, dans des soucoupes, dans des tasses, des roses mousseuses, des zinnias, des cheveux de Vénus, qu'à cause de l'affluence à ce moment-là des visites elle s'était arrêtée de peindre, et qui avaient l'air d'achalander le comptoir d'une fleuriste dans quelque estampe du XVIIIe siècle. » Marcel Proust ,Le côté de Guermantes I pages 180-181.

MADELEINE-LEMAIRE---LE-GOUTER-AU-SALON-DU-PEINTRE.jpg

Madeleine Lemaire (1845-1928), tenait un salon mondain (31 rue de Monceau) très en vue fréquenté par les plus grandes personnalités : Alexandre Dumas fils (dont elle fut la maîtresse), Proust, Hahn, Saint-Saëns, Massenet, Deschanel, Anatole France, Lucien Guitry..., nombreux peintres mondains. Aquarelliste, elle était une spécialiste des roses. Introduit par Hahn, Straram fréquente son salon dès 1907 accompagnant au piano.

En 1865 elle épouse le peintre Casimir Lemaire, dont elle a une fille, Suzanne.

En 1879, elle est membre titulaire à la création de la Société des aquarellistes français. Elle exposera en 1898 à la Biennale de Venise, en  1906 elle sera Vice-présidente du jury du prix Femina.

Madeleine_Lemaire_Phoebe.jpgEn 1870, à Dieppe, elle rencontre Alexandre Dumas fils, qui lui fait connaître la haute société et lui permet d'avoir en 1890 l'un des salons les plus brillants et influents de Paris, tant du point de vue artistique que mondain.

Elle rencontre Proust qui a vingt ans, et lui présente en 1893: Robert de  Montesquiou et Reynaldo Hahn …

Elle accueille dans son atelier-salon: peintres, musiciens, écrivains et «gens du monde».
Le théâtre a une place privilégié: sur la scène installée dans l’atelier se produisent souvent les comédiennes Sarah Bernhardt, Réjane, Jeanne Granier, Jane Hading.
Peintres, écrivains et hommes politiques s’y donnent rendez-vous et l’on peut y voir Victorien Sardou, Robert de Montesquiou, Bonnat, Boldini, la princesse Mathilde, Anatole France, Jean Mounet- Sully, Raymond Poincaré, Paul Deschanel ou Emile Loubet.

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