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Le Journal de Catherine Pozzi

Publié le par Perceval

Catherine Pozzi assumera très tôt une indépendance alors rarement permise aux femmes.

Passionnée par les sciences comme la physique ou, plus obscure, la psychophysiologie, elle passera plusieurs examens, en commençant par le baccalauréat.


Catherine Pozzi (1884-1934)Elle débute son journal en 1913, donc bien avant sa rencontre avec Paul Valéry.

Dans ce qui fut comparé aux Confessions de Rousseau, elle décrit sans complaisance ni frivolité les rencontres que les mondanités parisiennes lui ont permis de rencontrer : Martin du Gard, André du Bos, Guéhenno, Paulhan, Suarès, Julien Benda, Pierre-Jean Jouve, Jacques et Raïssa Maritain, Louis Massigon et, inévitable à cette époque, l'abbé Mugnier… Elle possède un véritable don d'introspection de sa propre vie - toujours en train de souffrir -, avec une grande maîtrise d'écriture révélant une personnalité hypersensible.


Paul Valéry : (attention... le journal ne se réduit pas à ce " récit d'une douleur qui m'a été pendant sept ans incompréhensible "a-rilke-pozzi1

P.V. qui « se regard[ait] être regardé » (p. 359), « Il ne fut jamais mon maître. Il fut mon frère, mon pareil, ma tendresse très pure. Ce n'est pas la même chose. » (p. 310.)

« Les gestes de l'amour, dans mon histoire, ne furent que ceux du noyé. » (p. 283.)

« Tu n'as pas eu un mot pour moi. Je vois que tu ne me vois pas […]. Je vous embrasse une fois, vite, et puis il faut descendre. Et je commence à sentir avec horreur que, vraiment, ce n'est pas de moi que vous souffrez mais de mon départ et de ce qu'il cause en vous. » (p. 225.)


Face à la maladie qui la taraudera toute sa vie (elle parle de la mort vingt ans avant qu'elle n'arrive enfin !), elle exprimera son permanent mal-être :

« Mon corps est trop étroit pour moi, et l'air n'y entre pas assez pour que je parle. L'univers est plein de personnes qui respirent, qui respirent, et qui n'ont rien à dire. Je veux sortir. Je n'aurai pas le temps. Je nage à contretemps. Mais le temps est tari. » (p. 553.)


Incroyante, mais remplie d’ inquiétudes métaphysiques, sur le catholicisme, cette « seule chose humaine qui abolisse le temps, seule entente absolue du présent au passé » (p. 254).

« J'aime mieux Dieu que tous ces hommes [tous ceux qu'elle a aimés]. Combien cela fait-il d'années, mon Dieu, que je vous cherche et manque, dans l'amour ? » (p. 193.)


La principale matière du «  Journal »  est la douleur :

" l'horrible mariage, l'horrible divorce, la guerre, et le fiancé frère, qui fut martyr. La maladie, pendant sept années. Mon père assassiné. Enfin, la passion d'un fou. ".

Catherine Pozzi aura vécu toute sa vie dans la pensée d'une mort imminente, toujours possible : " Je suis descendue à la cuisine chercher sur le calendrier la date de ma mort. Je crois, depuis toujours, que je mourrai le jour de la Pentecôte. Cette année, c'est le 19 mai. "


Catherine-Pozzi2.jpgElle parle d’elle-même comme un" os de seiche, une robe de soie dessus ", ou " maigre et laide et pâle, un grand vermicelle qui aurait de grands yeux ".

Ses caricatures savent être grinçantes : la comtesse Murat est " celle qui crache des noms de grands hommes à chaque respiration ".

 

Elle se relit (c'est l'été 1928): " Un homme. Un tourment. Rien à côté. Il semble que l'univers n'existait pas. C'est que, d'abord, mon univers était lui-même. Ensuite, c'est que je n'écrivais qu'en état de douleur. J'écrivais comme l'on se retire dans un oratoire à supplier. " Il s'agit moins d'écriture que de " la chose vivante elle-même qui gémit ". Un Journal pour l'essentiel " sans faits et sans histoire ", écrit parce que Pozzi n'avait ni amie ni confesseur, adressé " à la sympathie... de qui ? De rien, de nul, je le sais bien : ce lecteur est moi, cette oreille est la mienne. "

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Anis 22/04/2012 09:46

Je l'ai sous le coude celui-là, mais je me le garde pour plus tard. J'aimerais bien faire un thème sur les journaux féminins. En tout cas, tu m'en as donné un formidable avant goût.

Perceval 22/04/2012 16:29



Cela me fait penser à Virginia Woolf, justement ... Je suis entrain de lire " Au phare ..."


Moi aussi, j'ai envie de parler d'elle ... Mais, le personnage est intimidant ...! :-)