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La jeune Tarentine, Alexandre Schoenewerk -1871-Musée d'Orsay

Publié le par Perceval

Pierre-Alexandre Schoenewerk (1820-1885) est un sculpteur français. 

Protégé et encouragé par la princesse Mathilde il connaît un grand succès sous le Second Empire. Elève de Triqueti et de David d’Angers il reste très influencé par l’Italie, la Mythologie et l’Antiquité et produira de nombreux bustes et statues, contribuant à la décoration des Palais du Louvre et des Tuileries, de l’Hôtel de Ville, de l’Opéra Garnier, des jardins de l’ancien Trocadéro (Allégorie de l’Europe, Musée d'Orsay, Inv. RF 3751) ainsi qu’à celles des églises Saint Augustin ou de la Sorbonne… 
Au Salon, il débute en 1841 avec Agar une statue en plâtre, puis expose successivement des statues et des groupes en bronze tels : L’Amour Vaincu (Exposition Universelle de 1855), L’Enlèvement de Déjanire (Ville de Rouen) ou des groupes en marbre tels Léda et le Cygne (Parc du Palais de Compiègne), la Jeune Tarentine (Musée d'Orsay).

 

Alexandre-Schoenewerk---La-Jeune-Tarentine---montage-halo.jpg

Alexandre Schoenewerk appartient au courant majeur de la sculpture de la fin du XIX° siècle qu'est l'éclectisme: fait d'emprunts à tous les temps et à tous les peuples: une sorte de volonté de puissance d'une bourgeoisie qui semble vouloir s'approprier le monde par la représentation.

Alexandre Schoenewerk respecte les préceptes académiques: il puise aux sources d'une antiquité magnifiée par les fouilles archéologiques de Pompéi et d'Herculanum... La Jeune Tarentine, se veut la traduction plastique d'un texte littéraire. C'est à un poème d'André Chénier, lui-même inspiré des sources antiques, que le sculpteur emprunte le sujet de cette oeuvre de 1871, présentée et acquise par l'Etat au Salon de 1872. Mais, comme La Femme piquée par un serpent d'Auguste Clésinger, La Jeune Tarentine évoque aussi le thème romantique des noces tragiques de l'amour et de la mort. On y retrouve enfin la pose lascive des belles de la mythologie revisitées par les artistes acadamistes, qui sont censés représenter par cette torsion de tout le corps, le spasme du plaisir féminin...


La jeune Tarentine

 
Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez.

Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine.
Un vaisseau la portait aux bords de Camarine.
Là l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement,
Devaient la reconduire au seuil de son amant.
Une clef vigilante a pour cette journée
Dans le cèdre enfermé sa robe d'hyménée
Et l'or dont au festin ses bras seraient parés
Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.
Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles
L'enveloppe. Étonnée, et loin des matelots,
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.
Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine.
Son beau corps a roulé sous la vague marine.
Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher
Aux monstres dévorants eut soin de la cacher.
Par ses ordres bientôt les belles Néréides
L'élèvent au-dessus des demeures humides,
Le portent au rivage, et dans ce monument
L'ont, au cap du Zéphir, déposé mollement.
Puis de loin à grands cris appelant leurs compagnes,
Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes,
Toutes frappant leur sein et traînant un long deuil,
Répétèrent : « hélas ! » autour de son cercueil.

Hélas ! chez ton amant tu n'es point ramenée.
Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée.
L'or autour de tes bras n'a point serré de nœuds.
Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux.

in Poésies Antiques d'André Chénier


 André Marie de Chénier, dit André Chénier, est né le 30 octobre 1762 à Constantinople. Poète et journaliste français, il est condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, pour avoir « recelé les papiers de l'ambassadeur d'Espagne ». Déclaré prosateur stérile il est guillotiné le 25 juillet 1794, deux jours avant l’arrestation de Robespierre. Après s’être enthousiasmé pour la Révolution, il s’est emporté contre ses excès, à travers des écrits virulents. Il est arrêté alors qu’il revient de son exil londonien. Emprisonné, il a le temps de s’éprendre d’une beauté menacée elle aussi de décapitation – mais qui échappera au couperet – : Aimée de Coigny. C’est elle la jeune captive, son dernier amour...

L'article suivant, abordera - à partir de cet exemple - le problème de l'image du "corps de la femme" ainsi exhibé... A suivre, donc.

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Anis 24/10/2013 21:30

En tout cas, elle est très belle.