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La Femme ( Rose V. ) et Paul Claudel

Publié le par Perceval

Extraits de Paul Claudel de Marie-Josèphe GUERSP Claudel de M J Guers

Page 89 … à 100 :

 

«  En face de cette jeune femme, à la beauté épanouie, d’un naturel apparemment conquérant, libre de pensée et de mœurs, le Paul Claudel de trente-deux ans, vierge et passionné, était une proie facile.

Il souffrait de se reconnaître comme un « pharisien sous sa forme la plus mesquine »… «  un avare, un égoïste, un sucré, un rétréci, un dur, un confit, uniquement préoccupé de lui-même ; parfaitement insoucieux et incurieux du prochain. ».


claudel à l'époque de Rose" En octobre 1900, quand il s’est embarqué sur l’Ernest Simons, Claudel était plus seul qu’il n’avait jamais été. Déraciné volontaire, il se sentait retranché de tous et de tout. (…) Il croyait avoir trouvé sa voie dans le sacerdoce, il venait d’échouer dans sa tentative d’engagement vis à vis de Dieu. (…) Il avait renoncé au sacerdoce, mais Dieu continuait à l’empli de sa présence.. Quand a surgi la Femme, Claudel vivait une période particulièrement éprouvante de son existence… (… ) L’irruption brutale de l’amour pouvait, seule, lui révéler à lui-même l’être qu’il était et qu’il ignorait, à la sensualité plus insatiable qu’il ne pouvait le concevoir. Claudel se savait épicurien, mais considérait jusqu’alors cette tendance comme un handicap dont il lui fallait se libérer. (…) Jusqu’à trente deux ans il s’était si bien ingénié à brimer sa nature profonde qu’il n’a pu maitriser ni endiguer la violence de l’exigence sensuelle qui s’est déclenchée en lui avec la rencontre de la femme. Il céda presque immédiatement à son attirance pour Rose Vetch et vécut avec elle une aventure amoureuse passionnée qui métamorphosa l’homme comme le poète.A bord de l'Ernest Simons


Il faut comprendre qu’elle était sa conception de la femme pour imaginer de quelle manière Claudel a pu vivre cette relation avec Rose Vetch. ..


L’Influence livresque avait précédé chez lui l’expérience vécue…Inspiré des écritures saintes … issue de l’homme, la femme est une créature dépendante de lui : «  toute femme a besoin d’un homme pour se réaliser »… «  vase immémorial »… Claudel se représentait le désir masculin comme la traduction de cette infirmité de l’homme et de son aspiration fondamentale à l’unité. Cette dépendance réciproque lui apparaît comme dramatique ( dans son accomplissement )… Cette «  entre-possession » spirituelle et charnelle lui paraissait celle de l’égoïsme et de la jalousie. … Représentant ce qui manque à l’homme, la femme est destinée à tenter l’homme. Son corps en est l’instrument essentiel.


Le simple fait d’assister en spectateur à une scène où la femme « impose » à l’homme une caresse faisait se révulser tout son être et un « frisson glacé » lui parcourait la colonne vertébrale. (…) Si le poète haïssait la féminité, c’est d’une haine qui traduisait une tentation constante, inavouée et même désavouée, mais plus puissante que son vouloir. (…)  La femme gêne et tente… Elle empêche à tout jamais l’homme qu’elle a séduit de se passer d’elle désormais, de se libérer. Elle le prive de choses plus hautes et plus idéales que l’homme croit qu’il aurait pu réaliser sans elle.

 

Après quatre années de « scandale »… Il fut décidé que Rose ( enceinte des œuvres de Claudel ) reprendrait le bateau pour l’Europe, où quelques mois plus tard il la rejoindrait. Le 4 août 1904 Mme Vetch embarquait. A l’automne, elle débarquait à Bruxelles. C’est alors que brusquement elle cessa de donner signe de vie… !

L’amour qu’il a éprouvé pour Rose a été un moment si intense, absolu, déchainé, que le poète chrétien a pu écrire : «  et au dessus de l’Amour /  Il n’y a rien / et pas même Vous-même : Dieu.»

 

Sa façon de vivre son amour, et plus tard de le peindre, n’a été si tragique que parce que ce Gustave-Courbet--1819-1877---Femme-nue-or-Woman-with-a-Parr.jpgdrame faisait éclater en lui un conflit âme-corps essentiel et qui a existé toute sa vie à l’état latent. Longtemps Claudel était demeuré déchiré entre les appétits du corps et les impératifs de l’âme. Il désirait la Femme dans sa chair, dans son cœur, tout en ayant la certitude d’agir en imposteur, en traître par rapport à sa foi. ( …) L’âme est selon lui l’essence de l’être, «  cela pour qui le corps humain est ce qu’il est, son acte, sa semence continuellement opérante ».

Gustave Courbet (1819-1877), Femme nue

 

 

La chair, ou plutôt «  le besoin génital et l’appareil qui lui sert d’organe », serait une espèce de greffe, «  quelque chose comme un cancer », une gangrène à l’homme tellement bien accrochée qu’elle finit par s’incruster au plus intime de lui. ( .. ) L’intention de l’âme est «  cette attention à Dieu à la fin de quoi il l’a destinée ». Le désir sexuel qui fait naître la convoitise est au contraire «  quelque chose de nous et qui n’est pas nous », «  ne nous sert pas vraiment », mais nous exploite, «  vit de notre mort et a d’autres fins que les nôtres. » …

 

Ces six mois entre août 1904 et février 1905 ont consisté en interrogations, en remords et en attentes : attentes de nouvelles, attentes de retrouvailles que le fonctionnaire voulait croire proches. Le calvaire de Claudel tenait surtout au fait que, habité par un amour brûlant qu’il ne savait maîtriser, il commençait à le concevoir comme un péché uniquement. ( …) L’obsession de cette femme hantait Claudel, et la voix de Dieu ne pouvait étouffer celle de l’amour humain…. A cette époque, plus que jamais, le chrétien a eu le sentiment que, «  par l’amour épouvantable d’un autre », Dieu punissait en lui quelque chose.

Le mensonge, c’était désormais l’amour, puisque, le 24 février 1905, il apprenait qu’il ne retrouverait ni Rose Vetch qui avait choisi de vivre avec un certain M. Lintner, ni la fille qu’il venait d’avoir de son union illégitime avec Rose….

… se situe le moment le plus violent de la grande crise vécue par Claudel. «  seul dans le pressoir » …  « le goût de la mort entre les dents, l’envie de vomir … ». A cinq ans de l’offre qu’il avait faite de lui-même à Dieu ( Ligugé ), Claudel aggravait sa faute en renonçant, durant six mois, à l’amour de Dieu, en cessant de pratiquer, en cessant même de croire.

(… )M-J-GUERS.jpg

Pour trouver la raison d’être de cette révélation de l’amour humain source d’errances, de péchés, de sacrilèges et de trahison, Claudel a dû remonter à la cause, à l’origine, à Dieu. ..(…) l’amour humain semblait s’opposer à l’Amour divin. ( …) Le premier problème qu’il avait à résoudre était le pourquoi de la tentation et du désir…. Pourquoi la satisfaction de ce désir devait-elle impliquer la souffrance ?

( …)

M.J. Guers ->

C’était justement dans la mesure où Dieu avait donné à l’homme la chance d’aller jusqu’au bout de péché qu’il le sauvait. Ce n’est qu’à l’époque du soulier de satin, entre 1919 et 1924, que Claudel a compris que le péché était inévitable, nécessaire, bénéfique. « Avertissement de sa faute » , il est aussi pour l’homme «  l’un des instruments de son salut »… là où le péché était à profusion, la grâce l’était aussi.

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Evy 13/04/2012 16:19

Bonjour merci pour ce partage sur la femme je le rajoute au défi avec un lien vers ton blog bonne journée evy

Perceval 14/04/2012 13:56



Merci ..