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La Cousine Bette, de Balzac

Publié le par Perceval

De mes différentes lectures estivales, glanées dans la Comédie Humaine de Balzac, c'est avec La Cousine Bette, que je me suis le plus diverti.

 Balzac Cousine Bette Vous êtes sans le sou, dit Crevel à
 Adeline, Vous êtes sans le sou, dit Crevel à voix basse

 Lisbeth FISCHER (dite BETTE) est apparentée via sa cousine Adeline Fischer, à l'honorable famille HULOT. Toutes deux issues d'une famille de paysans lorrains; pourtant tout sépare les deux cousines... Adeline est une épouse religieusement soumise à son époux, elle est l'incarnation parfaite de la vertu conjugale. Lisbeth, va lui faire payer cher ce bonheur affiché … Balzac met en scène le type même de l'horrible célibataire - aigrie et concupiscente - qui, par vengeance, nourrit le projet de mettre en pièces une famille qui se présente comme respectable …

Un jour, Hulot rend visite, à la cousine Bette dans sa mansarde :

« Le baron embrassa tout, d’un coup d’oeil, vit la signature de la médiocrité dans chaque chose, depuis le poêle en fonte jusqu’aux ustensiles de ménage, et il fut pris d’une nausée en se disant à lui-même : - Voilà donc la Vertu ! »

Mais, voilà … ! Le baron Hulot, est loin de correspondre à l'image respectable souhaitée par sa famille, à qui il cache ses nombreuses liaisons extra-conjugales qui entraînent des dépenses inconsidérées; et se rajouteront des opérations frauduleuses, en lien avec la colonisation algérienne … !

 LaCousineBette Tout en s'occupant de lui, Bette se réfère
            Celui qu'elle présentait comme son amoureux caché... Bette s'en occupait comme de son enfant.

Les Hulot ont une fille Hortense qui va déclencher la haine de Bette en lui volant Wenceslas Steinbock, un artiste polonais. Réfugié dans une mansarde sinistre, il tente de se suicider mais il est sauvé par l'intervention de sa voisine, Lisbeth Fischer. La vieille fille se prend d'amour pour lui et dépense ses économies pour le nourrir, et lui payer un apprentissage de sculpteur à la Maison Florent.

L’événement catalyseur qui va réveiller « l’envie latente », et la haine de Bette, sera le mariage d’Hortense, la fille d’Adeline, avec Wenceslas.

« Adeline ! Oh ! Adeline, tu me le payeras, je te rendrai plus laide que moi ! »

Pour mener à bien sa vengeance contre Hortense et la famille Hulot, Bette va s'allier à une extraordinaire Valérie MARNEFFE

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Madame Marneffe posait en Dalila...

, courtisane mariée, qui allie la grâce et l'esprit pour fournir corruption et dépravation au scénario de cette histoire …. Sa séduction puissante et perverse accélère la dégénérescence de l'équilibre familial et social des Hulot. Elle collectionne simultanément les conquêtes de Hulot, Crevel un parfumeur, Steinbock maintenant marié avec Hortense, et un ancien amant Brésilien, de retour, tous tombent sous le charme de celle qui possède “des spécialités de tendresse”.

Avant de mourir elle aura même ce mot : « Oui, il faut que je (me) fasse le bon Dieu ».

La perversité de Valérie ira jusqu'à faire croire à son mari, puis à chacun de ses amants, qu'il est le père de l'enfant qu'elle attend ; à tel point que la maison où elle habite sera appelée “maison des cinq pères de l'Eglise”.

BALZAC COUSIN BETTE. In the apartment on the Rue d'Artois.
Mme Marneffe, dans l'appartement de la Rue d'Artois. Illustration, 1897...

Il appartiendra au jeune Victorin Hulot, jeune avocat et futur député, de venger l'honneur de sa famille ce qui conduira Balzac à des arguties dignes du roman-feuilleton : le bras armé de la vengeance n'étant autre que le Brésilien Henri Montès de Montéjanos qui contaminera sexuellement Valérie et son nouveau mari, le Baron Crevel, après s'être fait contaminé lui-même par une très jeune fille, Cydalise, dont le prénom évoque un poème de Nerval.

 

 


Le 31 mai 1837, Emile de Girardin écrit à Balzac : « Je vous serai très obligé de vous rappeler que La Presse s'adresse à quinze mille abonnés et que c'est dans les salons qu'elle compte le plus de lecteurs parmi les femmes. Donc si le sujet permet qu'il n'y ait rien qui blesse leur pudeur susceptible, cela sera une grand-chance d'un immense succès. »

Illustrations de Paris de 1831 a 1870 - 2 073 portrait d Ho

 

La cousine Bette, publiée du 8 octobre au 3 décembre 1846 dans Le Constitutionnel, va permettre à Balzac de renouer avec le succès populaire. Ainsi, un journal pourtant d'inspiration socialiste, La Démocratie Pacifique, proche des idées de Charles Fourier, n'hésitera pas à écrire : « Jamais M. de Balzac n'a été plus brillant, plus émouvant, plus vrai que dans ce roman » même si c'est pour lui suggérer d'écrire désormais des romans ... socialistes.

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