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L'ivresse de la Danse: Henri Franck et Anna de Noailles

Publié le par Perceval

René Franck, le père d’Henri, crée une société de courtage en sucre et participe à plusieurs conseils d’administration de sociétés. De Berthe Lange épousée en 1888, il aura trois enfants : Henri, Suzanne (1890), et Louise dite Lisette (1896), future Mme Claude Ullmann, puis marquise Fernand de Brinon.

 

Henri-Franck-poete.jpgNous sommes en 1909, Henri Franck a négligé ses études et échoue à l’oral de l’agrégation de philosophie.

Désormais, le peu de temps qu’il lui reste à vivre est consacré à écrire son œuvre unique, un long poème épique intitulé La Danse devant l’Arche.

Ce sont aussi quatre années de relations ferventes et d’influence réciproque entre Henri Franck et la poétesse Anna de Noailles.

Anna-de Noailles dans-son-salon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1907 ils se sont rencontrés chez Édouard Brissaud, beau-père de Suzanne Franck. La poésie, leurs goûts littéraires et leur sensibilité les rapprochent, mais leur passion est platonique, ces deux âmes préférant rester dans l’exaltation d’une fusion purement spirituelle. Pour Emmanuel Berl, admirateur et très proche de son cousin, Henri Franck était d’un « angélisme parfait » ; « La sexualité était pour lui, ajoute-t-il, simplement un pays qu’il ne connaissait pas encore, qu’il visiterait un jour, comme la Bretagne. » La Danse devant l’Arche sera le résultat de cette passion sublimée où la comtesse est la confidente du « cher enfant ».

 

En février 1910, on diagnostique chez Henri Franck une tuberculose pulmonaire qui lui sera fatale. La maladie approfondit encore sa relation avec Anna de Noailles et, malgré des séjours répétés en sanatorium, Henri Franck poursuit la rédaction de son long poème en vers libres, influencé par Walt Whitman et Arthur Rimbaud. La Danse devant l’Arche – le titre est définitivement arrêté en août 1910 – témoigne de son évolution spirituelle, de ses interrogations, ses joies, ses espoirs et ses déceptions, le tout exprimé dans un complet lyrisme. Mais plus qu’une confession, il s’agit d’une réflexion poétique et philosophique sur le destin d’un jeune homme israélite, partagé entre l’héritage d’Israël et sa conscience française, en quête d’un Dieu unique qui s’efface peu à peu devant le monde de la raison.

 

( ... ) Ayant échoué à trouver l’absolu ou Dieu, Henri Franck conçoit le mouvement comme la seule possibilité de vaincre la mort, d’où l’ivresse de la danse. Cette dernière est alors libération, délivrance puisque la simple vérité de la vie se trouve dans la ferveur et dans « l’enthousiasme sans espoir ».

 

daybreak détail

 

Le poète s’éteint doucement dans la nuit du 25 février 1912. ...  Anna de Noailles s’est chargée d’organiser les obsèques au cours desquelles plusieurs de ses amis lui ont rendu hommage. Ainsi Jean Schlumberger, André François-Poncet et Henri Bergson pour qui Henri Franck « fut une belle intelligence ; et ce fut aussi, comme on disait jadis, une « jolie âme ». […] Une âme qui se plaisait aux choses de l’âme. »

 

Sources: « Henri Franck, poète », Archives Juives 2/2010 (Vol. 43), p. 145-148.

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