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Jacques-Emile Blanche et Désirée Manfred

Publié le par Perceval

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Désirée Manfred, fut le modèle préféré de Jacques-Emile Blanche (1861-1942). Cette femme énigmatique fut peinte une cinquantaine de fois... Dans un texte « Mes modèles », le peintre évoque la découverte de Désirée : « Un soir de décembre, il neigeait, j'étais chez moi méditant et m'apercevant que je n'aurais rien à exposer " pour la vente " chez Georges Petit, quand on sonna à ma porte. Une femme étrange, voilée, venait avec une enfant me proposer un modèle tel que je n'en trouverais un nulle part. On savait que j'étais en peine et que je demandais des fillettes. La pourvoyeuse fit tomber le capuchon couvert de flocons, puis la mante où s'enveloppait la petite. Je fus saisi. Cette petite n'avait point d'âge : corps menu, mais formé, un visage admirable, des yeux verts qui me rappelaient les maîtresse de Debussy ; un je ne sais quoi d'indécis, de morbide qui, d'abord, me fit répondre que je n'avais pas besoin de modèle. Mais la mère ne l'entendait pas ainsi ; elle fut insistante, si menaçante, que de guerre las [sic], je donnai rendez-vous à " Daisy " et à sa terrible mère. »

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 Jacques-Émile Blanche, Désirée jeune-fille  

 

Désirée incarnera " Bérénice ", héroïne du roman éponyme de Maurice Barrés, qui avait inventé une légende poétique à son sujet. Jacques-Emile Blanche dans Portraits of lifetime décrit Désirée comme « une enfant étrange et sensible avec un don pour la musique et la littérature [qui] devint ma secrétaire. Sa présence m'enchantait ». Blanche la peindra dans une série de tableaux importants où la jeune fille est déguisée en costume de chérubin ; «  nous t'avions parée comme une princesse du théâtre des marionnettes : toile d'argent, jupes d'argent, dentelles d'acier, paillettes ; à dix ans ; ta tête pleine de mélancolie, de drôlerie, de chimère, ta tête d'adulte se courbait sur ta poitrine devant la psyché » (Mes Modèles, 1928). Ces toiles sont aujourd'hui dispersées et pour la plupart perdues.

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 Jacques-Émile Blanche: le cherubin de Mozart (Désirée Manfred) 1903             La voyageuse

Vers 1903, Maurice Barrés lui suggéra de la travestir en jeune garçon, Blanche peignit Chérubin en knickers de satin gris, personnage de roman d'un « temps des espagnolades fiévreuses », voluptueusement équivoque, le regard presque aguicheur. Désirée fut aussi la mélancolique Voyageuse si mystérieuse du musée de Chicago et fit même une apparition dans La Panne, du musée de Lyon.

Jacques-Emile Blanche, Désirée Manfred vers 1905 En robe      

En réalité, Désirée Manfred (1), qui était une étudiante assidue de la Comédie-Française, aimant par-dessus tout la lecture et le silence, était victime d'une mère agressive et bavarde. Elle ne fut jamais que modèle, de Blanche d'abord, d'Alfred Stevens ensuite. Selon Blanche, elle eut une existence triste et solitaire « étant comme enfermée dans une cuirasse d’amiante », même si on la contemple aujourd’hui dans les plus prestigieux du monde !

 

(1)Ce patronyme très « byronien » a été choisi par la mère de Désirée... Sans doute s'appelait-elle Poquet, ou peut-être Archainbaud … ?

 

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