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Il y a cent ans: Marguerite Duras

Publié le par Perceval

Il y a cent ans... La guerre de 14, et la naissance de Marguerite Duras (1914-1996) , avec Patrick Modiano, ce sont les deux écrivains contemporains qui m'ont touché le plus …

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Pourtant Duras, c'est aussi une facette d'un personnage que j'ai du mal à apprécier … Ainsi, quand j'entends cette voix de fumeuse, éraillée, sentencieuse... Je revoie alors la « pythie mitterrandienne": elle vénère, ou elle brûle. Autoritaire, elle crane … Elle semble alors fonctionner en mode binaire, pose ses déclarations avec emphase, et manifeste un contentement de soi... gênant. Bref … !

Je préfère penser à la Cochinchine (et la concession pourrie des rizières de sa mère), à " L'Amant ", à la jeune fille au visage ovale si lisse et énigmatique...


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Photo de Claire Mallett Photo de Claire Mallett


Margurite Duras, c'est : « Moderato cantabile » ou « La douleur », de grands textes épurés. L'écrivaine du désespoir d'aimer, de l’approche de la folie,une espèce  à soi.. .. Mon livre préféré : « Le ravissement de lol V stein »

Lol en est sûre : ensemble ils auraient été sauvés de la venue d'un autre jour, d'un autre, au moins.
Claire-Mallett--4.jpgQue se serait-il passé ? Lol ne va pas loin dans l'inconnu sur lequel s'ouvre cet instant. Elle ne dispose d'aucun souvenir même imaginaire, elle n'a aucune idée sur cet inconnu. Mais ce qu'elle croit, c'est qu'elle devait y pénétrer, que c'était ce qu'il lui fallait faire, que ç'aurait été pour toujours, pour sa tête et pour son corps, leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur définition devenue unique mais innommable faute d'un mot. J'aime à croire, comme je l'aime, que si Lol est silencieuse dans la vie c'est qu'elle a cru, l'espace d'un éclair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. Ç'aurait été un mot-absence, un mot-trou, creusé en son centre d'un trou, de ce trou où tous les autres mots auraient été enterrés. On n'aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire résonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait convaincus de l'impossible, il les aurait assourdis à tout autre vocable que lui-même, en une fois il les aurait nommés, eux, l'avenir et l'instant. Manquant, ce mot, il gâche tous les autres, les contamine, c'est aussi le chien mort de la plage en plein midi, ce trou de chair. Comment ont-ils été trouvés les autres ? Au décrochez-moi-ça de quelles aventures parallèles à celle de Lol V. Stein étouffées dans l'œuf, piétinées et des massacres, oh ! qu'il y en a, que d'inachèvements sanglants le long des horizons, amoncelés, et parmi eux, ce mot, qui n'existe pas, pourtant est là : il vous attend au tournant du langage, il vous défie, il n'a jamais servi, de le soulever, de le faire surgir hors de son royaume percé de toutes parts à travers lequel s'écoulent la mer, le sable, l'éternité du bal dans le cinéma de Lol V. Stein. 
Ils avaient regardé le passage des violons, étonnés.

Marguerite Duras, Le ravissement de Lol V. Stein, 1964

 

C’est toujours des histoires de rencontres et d’impossible rencontre. L’amour est au centre, le désir aussi, l’attente. Mais quel amour ? … Et rien ne frôle de plus près l’amour que la mort. J’aime la place qu’elle laisse dans son écriture au silence. Pas d’illusion narrative. Un murmure…

Claire-Mallett--Love-is-Like-a-Butterfly.jpg« L’idée de ce qu’elle fait ne la traverse pas. Je crois encore que c’est la première fois, qu’elle est là sans idée d’y être, que si on la questionnait elle dirait qu’elle s’y repose. de la fatigue d’être arrivée là. De celle qui va suivre. D’avoir à en repartir. Vivante, mourante, elle respire profondément, ce soir l’air est de miel, d’une épuisante suavité. Elle ne se demande pas d’où lui vient la faiblesse merveilleuse qui l’a couchée dans ce champ. Elle la laisse agir, la remplir jusqu’à la suffocation, la bercer rudement, impitoyablement jusqu’au sommeil de Lol V. Stein.
Le seigle crisse sous ses reins. Jeune seigle du début d’été. Les yeux rivés à la fenêtre éclairée, une femme entend le vide – se nourrir, dévorer ce spectacle inexistant, invisible, la lumière d’une chambre où d’autres sont. »

Ci-dessus: les photos sont de Claire Mallett

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Photo de Marjorie Salvaterra Photo de Marjorie Salvaterra

Question ?

Pourrait-on imaginer Le ravissement de Lol. V. Stein, écrit par un homme ? Je pense, que j'aime lire aussi ce livre parce qu'il est écrit par une femme, et qu'il ne peut pas l'être, par un homme... J'aime penser que Duras me décrit ici un « monde très féminin de sensations »...

Bien sûr, les femmes, comme les hommes vis à vis des femmes, ne se définissent pas par leur relation à l'autre sexe...

Nos deux mondes, se complètent mais ne sont pas semblables. Ce ne sont pas « les mêmes mondes » (1)...

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Marjorie Salvaterra - The Janes Marjorie Salvaterra,  Photography

 

(1) A savoir:

Extraits de Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein

« Le monde est tout ce qui a lieu. » Wittgenstein considère que c'est le fait, et non l'objet, qui est l'élément logique fondamental du monde. « Le monde est la totalité des faits, non des choses ». « Les objets constituent la substance du monde. » Tous les mondes possibles ont donc en commun leurs objets. Le langage vise à représenter le monde, à en donner une image.

« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde.  »

« Le monde d’un homme heureux est un autre monde que celui du malheureux.  »

« Le monde est indépendant de ma volonté.  »

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