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Frida Kahlo: féminité souffrante

Publié le par Perceval

Combien de fois suis-je passé devant elle, sans oser m’arrêter ? J’ai osé un regard, je l’ai admirée sans la déranger, sans chercher plus loin… J’en apprends chaque fois un peu plus ; et toujours plus vaste est, ce que j’ignore.

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Je ne sais rien d’elle, mais j’aimerais en parler. J’ai volé ces images…  pour moi, seul.

Je sais qu’elle est Frida la colombe, parce qu’il est Diego l’éléphant. Elle l’a rencontré chez Tina Modotti… Ici, chez «  ces gens là », l’Amour est un personnage au même titre que la photo, la peinture, la littérature. Frida a quelque chose en plus : la douleur physique.

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 Frida Kahlo Autoportrait, 1926  Frida Kahlo tree-of-hope

Frida Kahlo ( 1907 - 1954, à 47 ans ) est peintre, et veut montrer son travail au plus grand peintre vivant du Mexique… Il refuse de lui enseigner quoi que ce soit, et lui déconseille la fresque. Frida-Kahlo-et-Diego-Photo-de-mariage.jpg

Il l’épouse le 22 août 1929. Elle a 22ans , et lui est de vingt et un ans son ainé. Mariage public, engagement politique public ; leur vie sentimentale tumultueuse est rythmé par leurs mutuelles infidélités..

Frida peint à la manière de l’art traditionnel et populaire mexicain : elle est soutenue par cet homme dont elle divorce, et avec qui elle se remarie ( déc. 1940 ) : «  C’est la première fois dans l’histoire de l’art qu’une femme a exprimé avec une franchise absolue, désincarnée et, pourrions-nous dire, tranquillement féroce, ces faits généraux et particuliers qui touchent exclusivement la femme » ( article de Diégo ).

Diégo est férocement jaloux… Quand il découvre la liaison de Frida et Trotski, il le punira en le contraignant à aménager dans une autre maison… où il se fera assassiner. Diégo, antistalinien avant guerre tourne sa veste et réintègre le parti … Frida opère le même retournement …

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André Breton, visite le couple, il est plus intéressé par les peintures de Frida : «  vous êtes surréaliste » , que de Diégo… Elle visite Paris, mais le charme romantique de la ville n’opère pas… ! «  Tu n’as pas idée de la crasse dans laquelle vivent ces gens ni du genre de nourriture qu’ils mangent.. ! » écrit-elle à un ami.

 

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autoportrait  1940, frida kahlo

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Deux nus dans la fôret ou la terre elle-même ou ma nourrice et moi 1939, frida kahlo

Ci-dessous, un très beau texte de Diane Watteau:

«  Partons d’une tragédie, d’une femme modèle, d’une héroïne sur la scène de l’art qui a fait du mélange vie intime – vie publique l’arme de son œuvre artistique. Frida Kahlo fait de l’art un vrai langage de l’expérience vécue, de la révélation et de l’expérimentation. Frida Khalo fait de l’art une réparation. Elle représente la femme d’exception par l’amour qu’elle voue à son pays mais surtout à son époux tyrannique et volage Diego, et à sa capacité à transformer sa douleur dans son œuvre picturale. Atteinte à la jambe droite de poliomyélite à l’âge de 6 ans, élevée par une mère « hystérique sur la question religieuse » dit-elle, et par un père qui la préfère aux autres enfants de la famille, l’initie à l’art sans jamais la portraiturer et lançant : « Je ne tiens pas à embellir ce que Dieu a créé de plus laid. » Elle gardera ce sens de l’humour particulier quand elle est transpercée d’une barre de métal au cours d’un accident : « J’ai perdu ma virginité »… Frida Khalo fait de son œuvre un autoportrait dans lequel elle souligne sa féminité, sa souffrance physique et son désespoir. Elle est le sujet essentiel de son œuvre parce que « c’est le sujet qu’elle connaît le mieux » et continue malgré tout à jouer la femme aztèque en portant les habits et bijoux rituels pour éblouir Diego mais aussi pour partager un engagement politique et culturel. Elle quitte l’image, le rôle, cette possibilité d’existence dans la physionomie – devenir une sorte de déesse – en d’autres termes, cette mascarade, que lorsqu’il lui est infidèle, c’est-à-dire souvent. Frida Khalo, dont il disait qu’il avait rencontré avec elle une « vraie femme … Frida Khalo est une « vraie femme » tragique. Lacan aussi affirmait qu’il existe de vraies femmes. Femme et vérité, on comprend que ça peut aller ensemble. Les acceptations, les sacrifices, sont en effet de l’ordre de l’exploit chez Khalo. L’acte d’une vraie femme, serait de sacrifier le plus précieux pour creuser en l’homme un trou qui ne pourra pas se refermer. Khalo agit avec le moins. Elle fait de son œuvre un symptôme. Elle montre tout de ses moments dépressifs, de ses tentatives de suicide, de sa façon de vivre comme une morte-vivante : Frida Khalo fait de ses restes de l’art. Elle fournit le caractère authentique de l’absolu de l’art, pas romantique du tout, dans une extirpation volontaire de la douleur mise en scène dans la peinture et les mots écrits. »

Diane Watteau « On ne paye pas pour ne rien voir... ou que sont devenues les Bad girls », Savoirs et clinique 1/2006 (no 7), p. 23-37.
URL : www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2006-1-page-23.htm.

 

Canción/Song: Esa Noche (Café Tacuba)

Fragmento extraido de un documental dedicado a esta gran artista, (The History Channel Español)

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