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Flora Tristan, féministe - 2 -

Publié le par Perceval

Flora Tristan est née à Paris le 7 avril 1803, morte à Bordeaux le 14 novembre 1844. Femme de lettres, militante socialiste et féministe, figure majeure du débat social dans les années 1840 … Flora-Tristan-brune.gif

Fille d'un noble péruvien, Mariano de Tristán y Moscoso, qui descendait de Montézuma, à une époque où le Pérou était encore rattaché à la couronne espagnole, et d'une Parisienne de petite bourgeoisie, Anne-Pierre Laisnay, qui au temps de la Révolution avait émigré en Espagne, Flora connut une petite enfance dorée dont le souvenir ne cessa de la hanter..

La mort de Mariano, le 14 juin 1807, met fin au bonheur... Le mariage des parents n'avait pas été régularisé, et en ces années où Napoléon se lance dans l'aventureuse expédition d'Espagne, Mariano est sujet d'un prince ennemi. Anne-Pierre Laisnay est dans l'incapacité de faire valoir ses droits ; la maison est saisie par l'état français. En 1818, Flora et sa maman vivent dans le quartier misérable de la place Maubert.

A 18 ans, Flora épouse à la mairie du XIe arrondissement le peintre et lithographe André François Chazal, frère du peintre Antoine Chazal, dans l'atelier duquel elle est entrée en qualité d'ouvrière, coloriant des étiquettes de parfumeur, le soir, chez elle ou à l'atelier. L'argent manque au foyer, trois maternités se succèdent, les disputes sont courantes. En mars 1825, Flora, enceinte d'Aline, son troisième enfant, quitte le domicile conjugal. Elle ne reprendra plus la vie commune. En 1828, elle n'obtient qu'une séparation de biens d'avec André Chazal, à défaut de divorce, aboli depuis 1816. amazones-flora-tristan-femmes.jpeg

 

« L’émancipation de la femme est l’objet principal de mes études et la cause à laquelle je me suis vouée », écrit Flora Tristan. «  L'homme le plus opprimé  peut opprimer un être qui est sa femme. Elle est la prolétaire du prolétaire même. »

 

Une identité d'emprunt lui permet, avec des succès divers, d'échapper aux poursuites d'un époux violent.

Flora visite par deux fois l'Angleterre (1826, 1831), sillonne la France, est à Paris lors des Trois Glorieuses, s'y laisse séduire par le saint-simonisme. La tension avec son mari devenant insupportable, sa famille maternelle ayant définitivement pris le parti de Chazal, elle place sa fille dans une institution d'Angoulême (Charente), et s'embarque le 7 avril 1833 pour le Pérou…

 

Elevée dans le culte du pays d’origine de son père, elle décide de se rendre au Pérou, à la recherche de ses racines et d’une aide familiale.

Son oncle, don Pio de Tristán, l'accueille froidement, et ne veut voir en elle que la fille naturelle de son frère. Le rêve de légitimation, la reconnaissance comme membre à part entière d'une famille aristocratique illustre échoue...

La-Mariscala.jpgFloran Tristan est le témoin d’une révolte armée contre l’ordre institutionnel de la jeune et instable république péruvienne. Elle est impressionnée par le rôle qu’y joue Francisca Zubiaga gamarra dite La Maréchale épouse et soutien du président putschiste Augustin Gamarra…  

Flora s’imagine au Pérou, même, un rôle politique… Elle est attirée par le colonel Escudero, mais renonce à cette union… ( elle est toujours mariée en France …)

Elle quitte le Pérou.
Elle sublimera son désir d'amour (sa vie avec Chazal lui fait redouter l'amour charnel) en passion sociale …

Atteinte dans sa fierté et mesurant que le droit est contre elle, Flora revendique alors la qualité de paria que la loi lui épingla doublement (en France, comme femme mariée soumise à l'arbitraire d'un mari, en l'absence de toute procédure de divorce, au Pérou comme bâtarde) : l'exclue se change en justicière des droits bafoués de la femme et en porte-parole des victimes de l'ordre social.

-       Dans , Pérégrinations d'une paria (1837). Politique, moeurs, religion, tout est passé au crible du regard de cette femme intransigeante …

De retour à Paris, en janvier 1835, Flora Tristan, qui a fréquenté les plus hautes sphères du pouvoir à Lima et à Arequipa, prend pied dans les cercles littéraires et socialistes de la capitale. Toute habitée encore des tribulations qu'elle avait essuyées au cours de ses divers voyages en sa qualité de "femme seule", c'est-à-dire exposée aux outrages de toutes sortes …

-       Dans, Nécessité de faire un bon accueil aux femmes étrangères (1835). Elle y propose les statuts d'une association destinée à fournir accueil et logement aux femmes seules. Sur ces bases, elle prend contact en août avec Charles Fourier, auquel elle offre ses services: "Employez-moi, lui écrit-elle le 11 octobre 1835, ah! employez-moi! je vous en aurai une gratitude infinie. […] je peux vous assurer que vous trouverez en moi une force peu commune à mon sexe, un besoin de faire le bien, et une reconnaissance profonde pour tous ceux qui me procureront les moyens d'être utile."

 

Présente sur tous les fronts, Flora Tristan assiste aux réunions du jeudi organisées par La Gazette des femmes ; elle y noua des liens avec Eugénie Niboyet par exemple. Elle intervient, dans les débats socialistes : elle s'y montre plus soucieuse de réalisations concrètes que de questions d'école. Elle tança Victor Considerant et La Phalange pour leur immobilisme rêveur : « L'intelligence des peuples est aujourd'hui trop développée pour qu'on puisse longtemps les repaître de mots [...] il est de votre devoir, de votre humanité de vous expliquer, et au plus vite, sur ce que vous pouvez faire et sur ce que nous pouvons tous faire pour arriver à la réalisation de l'éden, que, sur la parole de Fourier, vous nous faites pressentir. » (Lettre publiée par La Phalange, n° 6, du 1er septembre 1836).

 

Flora Tristan Flora-Tristan-4.jpginvestit également le monde très fermé des revues littéraires : elle est admise à L'Artiste comme au Voleur et, sur la recommandation de Sainte-Beuve, à la Revue de Paris. Fin 1837, Arthus Bertrand publia les Pérégrinations, volume bientôt repris par un plus grand éditeur, Ladvocat, qui donne en novembre suivant Méphis, seul roman de sa plume. Flora fait feu de tout bois. La publicité que lui valut le geste criminel de son mari qui, le 10 septembre 1838, la guette au sortir de chez elle et lui décharge son pistolet en pleine poitrine, alimente les ventes du roman. De son lit de convalescence, l'auteur invite l'éditeur à transformer en succès commercial le capital de sympathie que lui vaut l'attentat.

L'enlèvement en 1835 par André Chazal de son troisième enfant, Aline Chazal-Tristan, âgée de dix ans, qui sera la mère du grand peintre Gauguin, n'avait abouti à un jugement de séparation de corps qu'en 1838. Chazal étant condamné le 1er février 1839 à vingt ans de travaux forcés par la cour d'assises de la Seine, Flora recouvre sa liberté et la jouissance de son nom.

 

 

Sources ( entre autres..) :Maitron.org, site d’histoire sociale

 


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