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Dorothy Parker: à lire ... -2-

Publié le par Perceval

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Dorothy Parker fut un modèle pour bon nombre d'Américaines. Brillante en société, poète, romancière, critique de théâtre et scénariste très courtisée, ses réparties en font une sorte de Guitry new-yorkaise.Elle n'épargna point ses contemporains, ni les hommes, ni les femmes, ni elle-même, et il faut voir ces bourgeoises décrites comme autant de masques déformés.

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De gauche à droite:Art Samuels, Charlie MacArthur, Harpo Marx, Dorothy Parker, et Alexander Woollcott

"Dottie" vécut une bonne partie de sa vie en pension à l'hôtel sans jamais un sou devant elle.

La plume assassine, le verbe qui claque comme un coup de trique, l'ironie sans concession, l'humour ravageur... sont tout ce qui caractérise le style alerte de Dorothy Parker

 *****

  • "Big Blonde" est une nouvelle incontournable. Elle reçut en 1929 la plus haute récompense américaine qu'est le prix O'Henry. Somerset Maugham y décellera un chef d'oeuvre.

  • A lire : « La Vie à deux », un recueil de nouvelles où les petits ratés de la vie de couple prennent souvent l'allure d'une tragi-comédie...

  • « Mauvaise journée demain » : recueil de courtes histoires dans lequel l'auteure brosse le portrait d'hommes et de femmes dans les années 30 et décortique leurs travers. Et c'est toujours d'actualité.

Un film sur la vie de l'écrivain new-yorkaise est sorti en 1994. Intitulé 'Dorothy Parker', c'est Jenifer Jason Leigh qui en tient le rôle-titre.  

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Et, pour en voir beaucoup plus .... C'est ICI: http://www.youtube.com/playlist?list=PL08EA9E04F33116A0

 

Extrait de Hymnes à la haine (Hate Verses), ici dans la traduction de Patrick Reumaux.

Je hais les Femmes :
Elles me portent sur les nerfs.

Il y a les femmes d'Intérieur...
Ce sont les pires.
Chaque instant est ficelé de Bonheur.
Elles respirent avec méthode
Et pour l'éternité se hâtent à grand pas vers la maison
Où il faut surveiller le dîner...
Il y a aussi les douces
Qui disent avec un tendre sourire « L'argent ne fait pas le bonheur »
Et ne cessent de me faire admirer leur robe
En me confiant : « Je l'ai faite moi-même »...
Et vont épluchant les pages féminines des magazines ;
Toujours à essayer de nouvelles recettes...
Ah, que je les hais, ces sortes de femmes !

Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles.
Les Pelotes de Nerfs...
Elles ne ressemblent pas aux autres et ne se privent pas
De vous le rappeler.
Il y a toujours quelqu'un pour froisser leurs sentiments,
Tout les blesse... très profondément,
Elles ont toujours la larme à l'œil...
Ce qu'elles peuvent m'enquiquiner, celles-là, à ne parler jamais
Que des Choses Réelles,
Des choses qui Importent Vraiment.
Oui, elles savent qu'elles aussi pourraient écrire...
Les conventions les étouffent :
Elles n'ont qu'une seule idée, partir...partir Loin de Tout !
Et moi je prie le Ciel : oui, qu'elles foutent le camp !

Et puis, il y a celles qui ont toujours des Ennuis.
Toujours.
En général avec leur Mari...
On est injuste avec elles,
Personne jamais ne les comprend, ces femmes.
Elles arborent un petit sourire désenchanté
Et quand on leur parle elles sursautent.
Elles commencent par vous dire que leur lot est de souffrir
En silence :
Personne ne saura jamais...
Et en avant le déballage...

Et puis, il y a les Madame-Je- Sais-Tout.
Elles sont la peste !
Elles savent tout ce qui de par le monde arrive
Et sont au régal de vous en informer.
Il est de leur devoir de corriger les impressions fausses,
Elles connaissent les Dates de Naissance, les Second Prénoms
De tout un chacun
Et leur être sue la Banalité Factuelle.
Pour moi, elles sont l'Ennui !

Il y a aussi celles qui s'avouent Incapables de Deviner
Pourquoi tant d'hommes sont fous d'elles !
Elles vous disent qu'elles ont essayé mais en vain.
Elles vous parlent du mari d'une telle :
Ce qu'il a dit
Et sur quel ton...
Ensuite elles soupirent et demandent :
« Chérie, en quoi cela d'ailleurs me concerne-t-il ? »
Ne les détestez-vous pas, celles-là, vous aussi ?

Il y a enfin celles qui ont toujours le Sourire aux Lèvres.
Elles ne sont pas mariées,
Passent leur temps à distribuer de menus cadeaux,
A préparer de petites surprises,
Elles me conseillent de prendre, comme elles, les choses
Du Bon Côté.
Ah, que deviendraient elles si elles venaient à perdre leur sens
De l'humour ?...
Et moi qui brûle de les étrangler !...
N'importe quel jury m'acquitterait.

Je hais les femmes :
Elles me portent sur les nerfs. 

 

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Jacob Kramer, 'Dorothy Parker' 1928

 

 

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Dorothy-Parker-in-1945.jpg

Dorothy Parker en 1945

   

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