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Derrière Le "Poilu", Cherchez La Femme ... -3- La mère

Publié le par Perceval

Le 1er août 1914, le gouvernement français décrète la mobilisation générale.

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Deux jours après avoir déclaré la guerre à la Russie, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le 4 août, la Grande-Bretagne entre en guerre aux côtés de la France et de la Russie en réaction à l'invasion de la Belgique par l'armée allemande.

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La guerre est une épreuve pour les femmes comme pour les hommes. Aux mères et aux épouses, puis aux jeunes filles condamnées au célibat, elle apporte d’abord la souffrance de la séparation et de la disparition d’êtres chers : un million trois cent mille soldats français sont morts, soit 10 % de la population active masculine, un million huit cent mille en Allemagne, sept cent cinquante mille en Grande-Bretagne ...

Les premiers jours du conflit : l'image est à 'la fleur au fusil', la tête emplie de rêves de gloire et d'aventure que la plupart des belligérants prennent le chemin de la guerre.

Malheur aux défaitistes, malheur aux pacifistes, mort à Jaurès... Mais certains, plus lucides, flairaient déjà dans l'air, comme une odeur de drame.

"Et tard dans la nuit, en pensant à tous ces garçons qui bouclaient leur valise, à toutes ces mamans qui faisaient cuire des oeufs durs, je m'endormis, les yeux pleins de larmes, comme Lucien qui devait se réveiller philosophe". "L'Humaniste à la Guerre" (août 1914 à Autun) - Paul Cazin : Humaniste et érudit, éduqué dans une école Cléricale du Diocèse d'Autun, Paul Cazin a déjà 35 ans lorsque la guerre éclate. Il rejoint le 29e R.I. et participe avec lui de mars 1915 à juillet 1915 aux combats de Lorraine et du Saillant de St Mihiel, avant d'être évacué pour maladie. Surnommé "Grand Père" par ses jeunes soldats, ce sergent écrivit de nombreuses lettres enflammées à son épouse, dans lesquelles il raconte très fidèlement ses actes et pensées, dans un joli style émaillé de citations latines ou grecques. Son "Humaniste à la Guerre" mélange ces lettres avec des notes de son carnet.
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"On a dit aux allemands : 'En avant, pour la guerre fraîche et joyeuse ! Nach Paris et Dieu avec nous., pour la plus grande Allemagne' Et les lourds allemands paisibles, qui prennent tout au sérieux, se sont ébranlés pour la conquête, se sont mués en bêtes féroces.

On a dit aux français 'On nous attaque. C'est la guerre du Droit et de la Revanche. A Berlin !' Et les français pacifistes, les français qui ne prennent rien au sérieux, ont interrompu leurs rèveries de petits rentiers pour aller se battre.

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(...) Vingt millions, tous de bonne foi, tous d'accord avec Dieu et leur Prince... Vingt millions d'imbéciles... Comme moi !"

"La Peur" (août 14) - Gabriel Chevallier 'La Peur' fut écrit bien après la guerre (en 1930) par Gabriel Chevallier qui se rendit ensuite célèbre par son oeuvre littéraire, dont le principal succès fut 'Clochemerle'. Mobilisé à 19 ans en 1914, il est blessé en 1915. Revenu au front en 1916, il terminera la guerre dans l'infanterie. La Peur est donc un roman autobiographique à la première personne, intégrant les souvenirs de guerre de l'auteur, bien qu'il ait nommé son héros 'Jean Dartemont'.

 

«  Ils appelaient leur mères: Un des souvenirs les plus poignant des anciens combattants était le cri des blessés laissés entre les deux lignes, dans le no man's land, qui appelaient leur mères, suppliaient qu'on les achève. 

Mais le cri le plus affreux que l'on puisse entendre et qui n'a pas besoin de s'armer d'une machine pour vous percer le coeur, c'est l'appel tout nu d'un petit enfant au berceau: "Maman! maman!..." que poussent les hommes blessés à mort qui tombent et que l'on abandonne entre les lignes aprés une attaque qui a échoué et que l'on reflue en désordre. "Maman! maman!..." crient ils... 

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Et cela dure des nuits et des nuits car dans la journée ils se taisent ou interpellent leurs copains par leur nom, ce qui est pathétique mais beaucoup moins effrayant que cette plainte enfantine dans la nuit: "Maman! maman!..." Et cela va en s'atténuant car chaque nuit ils sont moins nombreux... et cela va en s'affaiblissant car chaque nuit leurs forces diminuent, les blessés se vident... jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un seul qui gémit sur le champs de bataille, à bout de souffle: "Maman! maman!...", car le blessé à mort ne veut pas encore mourir, et surtout pas là, ni comme ça abandonné de tous... et ce petit cri instinctif qui sort du plus profond de la chair angoissée et que l'on guette pour voir s'il va encore une dernière fois se renouveler est si épouvantable à entendre que l'on tire des feux de salve sur cette voix pour la faire taire, pour la faire taire pour toujours... par pitié... par rage... par désespoir... par impuissance... par dégoût... par amour, Ô ma maman! »

- Blaise Cendrars, « La Main coupée et autres récits de guerre »


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La Picarde maudissant la guerre (de Péronne) qui tend un poing vengeur Monument morts - la mère-patrie pleurant ses fils morts au champ d′honneur

La plupart des femmes, comme les hommes, sont en 1914, nationalistes, patriotes et soutiennent la guerre. Cependant, quelques féministes affirment leur opposition :

 « J’en appelle à vous toutes, ô femmes-mères ! épouses ! amantes ! sœurs ! que la guerre a meurtries hier et qu’elle meurtrira encore demain… C’est à nous les femmes qu’il appartient d’être rédemptrices. Car nous sommes les mères, les créatrices de vie » Voir in F. Thébaud, La femme au temps de la guerre de 14, op. cit.

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Des passants circulent devant le café du Croissant, à Paris, le 1er août 1914, au lendemain de l'assassinat de Jean Jaurès dans cet établissement. Lecture_des_affiches ce 2 août 1914

L’institutrice Hélène Brion, secrétaire générale du syndicat des instituteurs et institutrices, traduite en conseil de guerre pour défaitisme en mars 1918 : « Je suis ennemi de la guerre parce que féministe. La guerre est le triomphe de la force brutale, le féminisme ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle. » Position minoritaire qui échoue devant la force des nationalismes, comme échoue la minorité des femmes socialistes pacifistes qui se réunissent à Berne en mars 1915, à l’appel de Clara Zetkin.

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Charge à la bayonnette Les chevaux ont été réquisitionnés...

Cependant , comme les hommes et les femmes socialistes, renient aussi leur internationalisme d’avant-guerre (« tant que durera la guerre, les femmes de l’ennemi seront aussi l’ennemi » écrit Jane Misme dans La Française du 19 décembre 1914) et se veulent le ferment moral des nations. Par exemple, les féministes françaises de l’Union française pour le suffrage des femmes (UFSF) et du Conseil national des femmes françaises (CNFF) considèrent la guerre comme « une cause sainte » contre la barbarie et le militarisme prussien ; elles appellent les Françaises à être des « semeuses de courage » et à ne pas ébranler le sens du devoir chez les hommes (notamment lors des permissions)  

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