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De l'amour courtois et du mariage

Publié le par Perceval

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La christianisation des moeurs fut très lente. Dans les premiers temps, à l'époque mérovingienne, la polygamie, qui n'existait presque plus à Rome, était encore pratiquée par l'aristocratie barbare. Jusqu'au père de Saint Louis, Louis VIII (monté sur le trône en 1223), les rois francs sont restés polygames!

mariage_nuitdenoces_XII.jpgLe mariage était un contrat civil, passé devant un notaire et limité à l'Europe méridionale. A partir du XIIe siècle, l'Eglise va étendre petit à petit son pouvoir sur le mariage: elle l'institue en sacrement (mais il ne le deviendra vraiment qu'au XVe siècle, quand on le célébrera à l'intérieur d'une église, et non plus devant) et elle impose son modèle: l'indissolubilité des liens et la monogamie. Ce faisant, elle donne plus de libertés aux époux qu'ils n'en avaient jusque-là. 

L'époque, selon, Jacques Le Goff, n'était pas si romantique. Et l'amour, pas vraiment courtois, si ce n'est l'adultère. En fait, le christianisme vint donner un tour de vis supplémentaire au lourd couvercle qu'avaient posé les derniers Romains sur le couple marié. Et la chair devint péché...

Le haut Moyen Age avait repris les interdits de l'Ancien Testament (inceste, nudité, homosexualité, sodomie, coït pendant les règles), Désormais, le corps est diabolisé, assimilé à un lieu de débauche. Il perd sa dignité. Des maladies comme la peste viennent, dit-on, d'une sexualité coupable, fût-elle pratiquée au sein du mariage (la fornication ressort à la surface du corps).  "La conception ne se fait pas sans péché", écrit le théologien Hugues de Saint-Victor, au début du XIIe siècle.arthur2.jpg

Le mariage est indissoluble, pas de divorce, contrairement aux romains … Alors, on se réfugie dans l'adultère. C'est précisément ce que reflète la littérature courtoise … Tristan et Iseut... Guenièvre et Lancelot... 

 

Pour comprendre les relations qu’entretiennent les hommes et les femmes au Moyen Âge, il est important de saisir la manière dont le sexe féminin est perçu. La perception que la société portait sur la femme est influencée par trois visions différentes : - Il était malheureusement admis que ( par la Genèse ! ) la femme est à l'origine du péché originel. - Le culte de la Vierge, qui lui apporte un aspect plus louable et respectable... - en fonction des valeurs et de la violence de la noblesse féodale, qui voit la femme comme un être faible et vulnérable.

De plus, dans la noblesse, il est plutôt rare, voire pratiquement impossible, de faire un mariage d’amour . Le mariage des jeunes filles, arrangé par le père, le frère, ou tout autre membre de la famille, est une possibilité de conclure des alliances importantes.

Il va sans dire que l’amour n’était pas nécessairement un préalable au mariage. D’ailleurs, dans la plupart des cas, l’amour était vécu dans les relations extraconjugales.

C’est au cours du XIe siècle, dans un élan de renouveau que l’amour courtois prend davantage de l’importance en France.

Grâce à l'essor économique et commercial, la noblesse découvre, à côté des émotions fortes de la guerre, les plaisirs du confort, du luxe, des étoffes rares et des bijoux précieux. Elle se plaît à un raffinement de manières et de sentiments

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A partir du moment où le mariage devient un choix librement et mutuellement consenti, l'idée de la séduction est apparue. Le sentiment amoureux prend alors toute sa place, et un jeu peut s'instaurer entre hommes et femmes.

Guillaume IX ( 1071-1126), l'un des premiers troubadours à fixer des codes du lyrisme courtois, est un grand amateur de femmes, et des plaisirs de la vie - il fut excommunié pour avoir répudié son épouse légitime -... ressent malgré tout la nécessité de civiliser les mœurs amoureuses chevaleresques... sans doute, afin de rivaliser l'idéal du culte marial, qui plaçait une femme « exemplaire » au-dessus de toutes … L'amour courtois, est une sorte d'idéal laïque d'un culte à la dame ( en ciel un dieu, en terre une déesse )... Il s'agit, il est vrai, d'un phénomène littéraire, qui s'est en tout cas d'abord exprimé dans la poésie, mais ceci n'a pas manqué d'avoir un effet civilisateur sur les mœurs chevaleresques et d'imposer un nouveau code de comportement, notamment dans le domaine amoureux.

Ainsi s'élabore un nouvel art de vivre qui s'épanouit dans les cours royales et princières, et qui tient son nom de la vie de cour : la courtoisie. Aliénor d'Aquitaine (1122-1204), mariée d'abord au roi de France puis au roi d'Angleterre, protège les troubadours et favorise l'essor des romans.

 

concile-Latran.jpgEn 1215, le quatrième concile de Latran officialise, pour la première fois, la notion de mariage chrétien monogame, indissoluble et respectueux des interdits de consanguinité.
Ce mariage chrétien venait remplacer ce qui n’était alors qu’un pacte familial et devenait un «sacrement de l’Église», voire le seul cadre autorisé de la sexualité.
Les époux devaient respecter des règles très coercitives de continence conjugale, un des objectifs du mariage chrétien étant de tenter de refréner la sexualité féminine considérée alors comme «irrépressible» dans la sillage d’Ève.
Malgré cette officialisation les autorités ecclésiastiques demeurèrent très réticentes face à la sexualité conjugale, considérée comme un mal nécessaire, ainsi qu’en témoignent ces propos d’Innocent III: «Le coït, même conjugal, ne peut s’accomplir sans le prurit de la chair, l’ardeur de la convoitise, la puanteur de la luxure…»

 

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