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Dagny Juel (1867-1901) -2-

Publié le par Perceval

Dagny Juell Przybyszewska (1867-1901) fut une figure en tous points emblématique de la génération Fin-de-Siècle.

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Elle est restée dans l’histoire littéraire pour son union sulfureuse avec le poète polonais Stanisław Przybyszewski, et comme égérie du cercle berlinois Zum Schwarzen Ferkel dans les années 1890. Son destin tragique – elle devait être assassinée en 1901 par son jeune amant à Tbilissi, quelques jours avant son 34eanniversaire – achève ce portrait d’héroïne décadente. Mais derrière le mythe de la femme fatale et de la muse, un autre drame se joua en sourdine, celui d’une poétesse étouffée par un entourage trop célèbre.

 Le 18 août de la même année, Dagny et Stanislaw Przybyszewski se marient. Leur foyer sera, pendant leurs quatres années à Berlin, un des hauts lieux de la bohème. Pendant que Przybyszewski fascine l’auditoire par ses interprétations enflammées de Chopin, Dagny règne en muse sur le cercle. Le rancunier Strindberg la surnomme Aspasie, d’après l’hétaïre antique, compagne influente de Périclès qui encouragea les grands penseurs grecs. Il insiste avec malveillance sur les relations troubles vers lesquelles la beauté sensuelle de Dagny l’entraîne, autant que son mariage qui s’avère destructeur. Le sataniste Przybyszewski prône les délices pervers du triangle amoureux ; son ancienne maîtresse Marta Foerder, dont il a déjà deux enfants, ne lui en donne-t-elle pas un troisième après son mariage ? La situation connait une fin tragique en 1896 avec le suicide de Marta ; soupçonné d’homicide, Przybyszewski est arrêté puis relaxé.

Les vicissitudes de cette union dévorante nourrissent les essais littéraires de Dagny : dans le poème en prose Rediviva, comme dans ses courtes pièces de théâtre Le Péché, La plus forte, Ravnegård.., la jalousie, le caractère illusoire du bonheur amoureux et le rapport de forces entre les sexes sont des thématiques récurrentes – tout comme elles le sont à cette époque dans les écrits de Strindberg et les tableaux de Munch. Autre sujet de souffrance pour Dagny, son statut déclaré de muse se révèle être une cage dorée et une piètre compensation au fait que ses propres ambitions artistiques ne parviennent pas à s’épanouir dans l’ombre de son mari au génie encombrant. Sa production littéraire restera modeste, avec la publication de trois drames, un recueil de poèmes et une nouvelle.

 

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Dagny_Juel avec son fils Zenon

Entre 1894 et 1898, la famille – qui s’augmente de deux enfants - se partage entre Berlin et Kongsvinger, chez les parents de Dagny. C’est dans ces années-là que Dagny écrit ses pièces de théâtre en un ou deux actes. La plus forte (1896) est publiée mais refusée par le Théâtre de Kristiania. Le péché est créé en octobre 1898 à la Scène Intime Libre de Prague, et publié en tchèque dans la Moderní Revue ; traduit en russe, il sera monté par Meyerhold en 1906 dans son théâtre ambulantLa Société du Nouveau Drame. Le couple de poètes exerce ainsi une influence importante sur les avant-gardes pragoises, polonaises et russes. En 1898, il s’installe à Cracovie où Przybyszewski devient le chef de file du cercle La Jeune Pologne, dirigeant la revue Życie. Dagny continue d’inspirer les jeunes membres du cercle : comme Munch autrefois, les peintres modernistes Stanisław Wyspianski et Wojciech Weiss, entre autres, font son portrait.



1900 marque la rupture définitive entre les époux ; Dagny revient dans sa maison familiale à Kongsvinger. C’est là qu’elle publie un recueil de poèmes sous le titre Sing mir das Lied vom Leben und vom Tode (« Chante-moi le Lied de la vie et de la mort », citation d’un vers de Richard Dehmel). Sa production poétique, en vers comme en prose, s’inscrit de plein pied dans l’esthétique symboliste et néo-romantique scandinave : un sentiment mélancolique omniprésent, l’intrusion du rêve et de l’imaginaire jusqu’au surnaturel, la célébration lyrique d’une nature souvent anthropomorphe, en intime communion avec les destinées humaines. Son poème Quand l’orage s’abat sur la maison… s’avère un des premiers poèmes modernistes de Norvège.

Dagny Juel in her coffin

 

Au printemps 1901, Dagny s’établit à Varsovie. Peu après Pâques, elle part avec son fils Zenon et son jeune amant Władisłas Emeryk en voyage en Géorgie. Dans des circonstances encore troubles, le 5 juin, à Tbilisi, Emeryk l’abat d’une balle avant de retourner l’arme contre lui.

 

Sources : Ingrid Junillon, « Dagny Juel » , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012

 

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Portret Dagny Juel Przybyszewskiej 1899 Dagny Juel par Maryla Wolska


Voir également, l'article précédent: Edvard Munch rencotre Dagny Juel -1-

Commenter cet article

Anis 19/01/2013 10:55

Quelle vie ! Elle dut souffrir beaucoup aussi.

Perceval 19/01/2013 14:16



A cette époque, une femme qui s'engageait de cette façon... courrait un certain risque! Si , de plus elle tombait sur un "fou" ...


Je repense à Lou Andréas Salomé, qui avait une assez forte personnalité pour "intimider" certains hommes ...