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Colette - Julia Kristeva -2- Le pur et l'impur

Publié le par Perceval

Colette-yeux2.jpg« Un temps, Apollinaire qualifia Colette de « perverse », mais il retira l’adjectif pour lui préférer celui d’espiègle (« une âme plus espiègle que perverse »), et n’hésita à comparer son audace provocante à l’impudeur tragique des premières chrétiennes : « C’est ainsi que, délivrées de la pudeur, les martyres romaines entraient dans le cirque. » »

 Julia Kristeva ajoute : « Elle écrit là où le pervers jouit ». « Les passages à l’acte pervers jalonnent sa vie : de Willy en passant par Missy et jusqu’à Bertrand. » ( Bertrand de Jouvenel ( le fils que son mari avait eu de Claire Boas ))

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Missy ( duchesse de Morny) et Colette Colette et derrière elle, Bertrand de Jouvenel.

« D’autant que la psychanalyse, du moins dans ses développements les plus soucieux de vérité, se départit aujourd’hui de la normativité qui entache ses notions fondamentales — notamment celle de perversion — et considère nombre de comportements « pervers » comme des passages obligés jalonnant une construction complexe de la personnalité »

 

Barbara-Monacelli-_-le-pur-et-l-impure-Colette-3.jpg« Nous pouvons comprendre la bisexualité de Colette ainsi que ses passages à l’acte pervers de la même façon. Elle-même le suggère discrètement : dans ses rapports avec Willy, l’acte génital normatif, de surcroît accompagné de blessures narcissiques, ne lui apportait probablement qu’une quasi-satisfaction. Aussi « la catastrophe amoureuse, ses suites, ses phases », commence-t-elle par dénier avec force, ne font pas partie de « l’intimité d’une femme ». D’ailleurs, en divulguant ces « demi-mensonges » (comme Colette l’a fait elle-même !), la femme « sauve de la publicité des secrets confus et considérables, qu’elle-même ne connaît pas très bien », enfouis comme ils sont dans « le même secteur féminin, ravagé de félicité et de désordre, autour duquel l’ombre s’épaissit ». Ces ravages-là purent être compensés par la possibilité de s’abandonner affectivement à autrui en passant par le détour de la perversion (homosexuelle, incestueuse). 

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Grâce à elle et après elle, Colette acquiert la capacité d’être seule : celle de l’extase dans une solitude extrême, quoique relative puisque l’écrivain sollicite sans cesse ses amis, s’appuyant sur le « meilleur » d’entre eux, mais elle ne sombre plus jamais dans une dépendance dramatique. Qu’elle qu’en pût être la vigueur réelle, l’importance que revêtent ces passages à l’acte (homosexualité avec Missy, sexualité incestueuse avec Bertrand) s’avère — avec le recul du temps et par le destin littéraire que Colette a su leur donner — passagère et, à tout prendre, moindre que la complétude affective qu’ils apportaient, que l’orgasme du moi qui les accompagnait, que l’extase ressentie comme un remaniement de la relation maternelle, lui-même indissociable de sa mise en mots : bref, comme « Sido ».

 

Pour Julia Kristéva, la position de Colette est simultanément, une conduite psychique et un style d’écriture. "L’écrivain Colette forge l’art, non pas de creuser ce chagrin, de le dévoiler et de le dépasser  Non, ses héroïnes, préfèrent masquer par la désinvolture la tristesse qu’elles ressentent. Colette préfère réprimer le chagrin, tuer ce tueur qu’est le désespoir, afin de bâtir sur sa tombe. « Je pleure aussi mal, aussi douloureusement qu’un homme. Mais on se vainc, pourvu qu’on le veuille. Dès que mon entraînement a été mené à fond, je me suis presque complètement privée de pleurer. "

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Chez Colette, tous les sens sont des organes sexuels. Colette décrit un orgasme gigantesque du sentant et du senti. Colette, actrice, écrit encore que « les plaisirs de son corps métamorphique qui « joue » sont inséparables des « tourments » (faim, soif, froid, fatigue, tristesse) qui « empêchent de penser ».

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Colette dans sa loge avant une représentation.

Julia Kristéva, affirme : comme Colette le prétend - pour contrer les rumeurs qui voulaient la compromettre - le music-hall fut sa manière très personnelle de rentrer dans « un couvent moderne » ? J’aime à penser que la scène a été le meilleur refuge pour l’éclosion de son corps métamorphique, puisqu’il y est enfin désapproprié — rien que des gestes et des rôles. En passant de l’autre côté de la rampe, Colette quitte la place figée de spectatrice « raidi[e] de fatigue » et d’« orgueil défensif » et devient... une bacchante. « Car je danserai encore sur la scène, je danserai nue ou habillée, pour le seul plaisir de danser, d’accorder mes gestes au rythme de la musique, de virer, brûlée de lumière, aveuglée comme une mouche dans un rayon.. »

      Sources : Julia Kristeva :  Le génie féminin, t .3, Colette ou la chair du monde, Fayard,  2002

- Les peintures sont de Barbara Monacelli, inspirées par "le pur et l'impur " de Colette.

Commenter cet article

Anis 20/11/2012 21:36

Je l'ai lu, il y a quelque temps. Je ne trouve pas Colette très sympathique mais elle est une figure vraiment intéressante.

Perceval 21/11/2012 11:24



Agée, elle n'était pas "facile" à vivre... Jeune, son charme, devait la rendre redoutable ...!