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Colette - Julia Kristeva -1-

Publié le par Perceval

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Julia Kristeva exalte le « génie féminin » de Colette : pourquoi ? Au-delà du plaisir de lire son écriture, Colette a trouvé un langage pour dire une étrange osmose entre ses sensations, ses désirs et ses angoisses, ces plaisirs que l'on dit légers et l'infini du monde. Ce langage transcende sa présence de femme dans le siècle – vagabonde ou entravée, libre, cruelle ou compatissante.

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Colette dans "La Chair"

 

Piégée par les mœurs de la Belle Époque et blessée par les infidélités de son mari Willy, 

Colette passe une très brève saison dans un enfer dépressif dont elle ne reniera pas l'expérience, mais qu'elle distillera, au contraire, approfondira puis traversera. L'épouse trahie se lie aux maîtresses de son inconstant époux, s'intègre au brillant milieu des lesbiennes fortunées de Paris, provoque autant qu'elle peut le monde du spectacle en se montrant – Ô délices, Ô scandale des bourgeois ! - nue dans La Chair ( à l'Apollo en 1907)...

En 1910, elle divorce d'avec Willy ( il meurt en 1931) ; en 1923, elle divorce d'avec Henry de Jouvenel ( il meurt en 1935) ; en 1905, elle a rencontré la marquise de Morny ( Missy), puis, elle s'en est séparée en 1911, non sans conserver la belle villa de Rozven ( Bretagne) que celle-ci lui a offerte. Missy se suicidera en 1944, abandonnée et à demi ruinée...

Cruelle Colette ? Une grosse abeille ( Mauriac ). Son œuvre transpirerait une «  infernale méchanceté » ( Liane de Pougy), ou le « dessous de bras » ( encore Mauriac!)...

 

oeuf cosmique
oeuf cosmique: vision d'Hildegarde de Bingen

Alors que les grandes œuvres littéraires de ses consœurs européennes et américaines excellent dans la mélanclie – d'Emilie Dickinson à Virginia Woolf, en passant par Anna Akhmatova, Collette la française, si elle eût pu devenir «  favorite à Versailles, elle eût gouverné le roi et le royaume » (Nourissier). C'est par son cantique de la jouissance féminine qu’elle domine la littérature de la première moitié du XXème siècle.

Colette revendique une sensualité polyphonique... dans un dialogue permanent entre ce qu'elle appelle « le pur » et « l'impur », et en se décrivant d'emblée comme un « hermaphrodite mental ».«  Nul, mieux que Colette, n'a su écrire comment la liberté d'une femme ne se conquiert qu'à la condition de s'arracher et à ses pulsions et à l'autre ; et cela, moins pour accéder à une fusion mystique avec le Grand Autre, que pour s'immerger dans un orgasme singulier avec la chair du monde. Lequel la fragmente, la naufrage et la sublime. Et où il n'y a plus ni moi ni sexe, mais des plantes, des bêtes, des monstres et des merveilles : autant d'éclats de liberté. Jamais au-delà du sexe, mais toujours à travers la sexualité, par une exaltation orgasmique du moi dont la souveraineté s'achève dans une joie aux limites de l'extraordinaire, du monstrueux. Telle est la jouissance de Colette, continue et éparse, scrupuleuse et sensuelle : elle comprend la décharge phallique virile sans se limiter à son battement ; elle se prolonge en vibrations rythmées dans les recels de l’Être, qu'elle s’approprie par la justesse musicale de son style ainsi rendu physique. » ( Julia Kristeva : Colette, page 25 )

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Anis 20/11/2012 21:28

A la fois elle était antiféministe qui selon elle "mériteraient le fouet" et dans ses romans les hommes sont des personnages falots et impuissants.

Perceval 21/11/2012 11:21



C'est vrai ... Peut-être se considérait-elle, un peu, comme androgyne ...!



Amande 18/11/2012 18:15

J'ai adoré lire Colette quand j'avais 18/19 ans. La sensualité qui transparaissait dans tous ses écrits me fascinait, ainsi que son style imagé que je dégustais comme des gâteaux à la
crème...lol.
Intéressant, cet article !

Perceval 19/11/2012 16:33



C'est étrange, comment en 1900... Colette ait pu ainsi s'affirmer avec autant de liberté ... Je pense que la grâce de son écriture, et la quasi-perfection du style, l'ont imposée... Elle a eu
quelques difficultés à entrer à l'académie Goncourt .... et l'Eglise a refusé l'enterrement religieux !