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Bloomsbury: Un cercle d'intellectuels disparus

Publié le par Perceval

« Ils adorent Diaghilev, ont des expériences homosexuelles, font des mariages libres, des enfants hors mariage, ils sont objecteurs de conscience, aiment le postimpressionnisme. Ils vivent dans l’Angleterre puritaine du début du XXe siècle. Ils forment une communauté excentrique, subversive, drôle, flamboyante, régie par ses propres règles, donc difficile à caractériser. Ce sont les membres du groupe de Bloomsbury. »

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Il y a donc - le mythe « Bloomsbury » : récit édifiant qui se transmet au sein d’un groupe social, avec pour rite : les fameuses soirées du jeudi au 4 Gordon Square.

Les activités quotidiennes des membres du groupe de Bloomsbury. prennent place largement au sein et autour de pratiques collectives : les ateliers Omega, la Hogarth Press, les repas pris en commun à Charleston et les vacances en France et en Italie.

virginia-woolf-_and_leonard-w_1912.jpgVirginia Woolf  et Leonard en 1912

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A portrait painting of Leonard Woolf by Vanessa Bell in 1940

 


Les soirées du jeudi :

«  C’était dans cette pièce que se rassemblaient les amis de Virginia et Vanessa les jeudis soir… Les habitués avaient l’habitude d’apparaître aux environs de 10 heures du soir et continuaient d’arriver par intervalles jusqu’à minuit. Il était rare que le dernier parte avant 2 ou 3 heures du matin. Whisky, pains au lait et cacao étaient servis, et les visiteurs discutaient entre eux. » Dunca Grant

 «  C’était tard le soir ; la pièce était pleine de fumée ; il y avait un peu partout des pains au lait, du café, du whisky (..) Thoby allait ouvrir la porte (…). Bell entrait ; Strachey entrait. Ils entraient en hésitant, en s’effaçant, et s’écroulaient sans bruit dans un coin du canapé. » Virginia Woolf

«  Bell était une sorte de dieu soleil, avec de la paille dans les cheveux ; Strachey était un prodige d’esprit ; Léonard était si violent, si sauvage ; il méprisait tant le genre humain ! »V.W.

«  Dans un des petits ilots d’ordre relatif, Ducan avait dressé son chevalet et Bunny ( David Garnett ) écrivait un roman dans une série de cahiers. » V. W.

 

Ce groupe incarne, le fantasme intellectuel de la réunion des grands esprits, et - comble de curiosité - traine derrière lui une réputation sulfureuse : « La plupart de ses membres sont homosexuels, flirtant avec leurs camarades et épousant ceux de l'autre sexe. Entre autres anecdotes, Virginia Woolf a une aventure avec la poétesse Vita Sackville-West, immortalisée par son roman 'Orlando' et Duncan Grant devient l'amant de Vanessa Bell, 

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Virginia Woolf et Vita Sackville-West

  elle-même mariée, tout en entretenant une liaison avec l'écrivain David Garnett. C'est d'ailleurs de ce trio que naît Angelica Garnett, la fille issue de la liaison de Bell et Grant, qui apprendra à 20 ans que son père n'est pas le mari de sa mère (Clive Bell) avant d'épouser Garnett, l'amant de son vrai père... »

 

Reprenons la chronologie :

 

 

1899 : À Cambridge, un club de réflexion regroupe le futur économiste John M. Keynes et Thoby Stephen. C'est à Trinity qu'en 1899 le biographe et essayiste Lytton Strachey, Leonard Woolf, Saxon Sydney-Turner et Clive Bell étaient devenus de grands amis de Thoby Stephen, lequel les présenta à Londres à ses sœurs Vanessa ( Bell ) et Virginia ( Woolf ); c'est ainsi que

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Le peintre Duncan Grant avec l'économiste John Maynard Keynes

le groupe de Bloomsbury vit le jour. S’y retrouvent également E. M. Forster et Mary (Molly) MacCarthy, les peintres Duncan Grant, et Roger Fry, et les critiques littéraires, artistiques et politiques, Desmond MacCarthy, et Leonard Woolf.

De plus, certains de leurs amis très proches, de leurs frères et sœurs, voire leurs partenaires, n'appartenaient pas nécessairement à Bloomsbury. L'amie de Lytton Strachey, la femme peintre Dora Carrington, n'a jamais été membre ; Lydia Lopokova, épouse de John Maynard Keynes, n'y a été admise qu'avec réticence. On a parfois soutenu qu'Ottoline Morrell, Vita Sackville-West, Arthur Waley et quelques autres faisaient partie du Groupe, mais aucun n'était considéré comme membre, ni par eux-mêmes ni par leurs amis, membres authentiques.

 

1904 : La fratrie Stephen (Thoby, Vanessa [Bell], Virginia [Woolf] et Adrian) s’installe à Bloomsbury (Londres) et baptise du nom de ce quartier leur groupe.

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 Vanessa-Bell-par-Duncan-Grant

 

Le décès prématuré de Thoby en 1906 les réunit plus fortement. Lytton Strachey devint ami intime des sœurs Stephen de même que Duncan Grant du fait de ses relations homosexuelles avec Lytton Strachey, John Maynard Keynes et Adrian Stephen. Clive Bell épousa Vanessa en 1907, et Leonard Woolf, rentré de Ceylan où il exerçait des fonctions publiques, se maria avec Virginia en 1912.

Le développement artistique de Bloomsbury se fera en plusieurs phases, marquées en grande partie par la présence du peintre Roger Fry, point focal du groupe, qui lui insuffle son esprit novateur et formateur.

 

1910 : Première exposition d’art postimpressionniste organisée à Londres par Roger Fry.

 

1913 : Fondation des ateliers Omega. La société fabriquait des objets d'artisanat et de décoration. Ce fut le peintre et critique d'art Roger Fry qui fonda la société. Les objets n'étaient pas signés par les artistes et portaient simplement la lettre omega en guise de signe distinctif. Vanessa Bell et Duncan Grant fournirent plusieurs dessins à Omega…

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 Mobilier décoratif de Roger Fry pour les Omega Workshops Roubaix_Roger_Fry_mobilier_decor


L'hostilité de l'establishment au post-impressionnisme provoqua une controverse autour de Bloomsbury. Clive Bell attaqua le post-impressionnisme dans son livre Art (1914), en fondant partiellement son esthétique sur le criticisme artistique de Roger Fry et la philosophie morale de G. E. Moore. La campagne pour le vote des femmes ajouta aux polémiques de Bloomsbury, puisque Virginia Woolf et certains membres du Groupe, mais non tous, voyaient des liens entre les aspects politiques du capitalisme, de l'impérialisme, de la sexualité et de l'esthétique.

Comme à peu près tout le reste de la culture moderne, le premier Bloomsbury se vit bouleversé dans son développement par la Première Guerre mondiale. Aucun des hommes n'y a combattu. La plupart d'entre eux étaient objecteurs de conscience, ce qui, bien entendu, ajouta aux controverses contre le Groupe. Politiquement, ses membres étaient répartis entre le libéralisme et le socialisme, comme on peut le voir dans les carrières et les écrits respectifs de Keynes et de Leonard Woolf. Mais ils étaient unis dans leur opposition contre le gouvernement qui les avait plongés dans la guerre, puis dans une paix fragile.

 

1917 : Création d’Hogarth Press, maison d’édition dirigée par Virginia et Leonard Woolf. La Hogarth Press fut l'une des premières maisons à éditer des ouvrages de psychanalyse, parmi lesquels des essais de Sigmund Freud et d'Anna Freud, ainsi que de nombreuses traductions de textes étrangers (Rainer Maria Rilke, Federico García Lorca), en particulier la littérature russe (Léon Tolstoï, Fiodor Dostoïevski, Maxime Gorki, Daniel Andreiev, Ivan Bounine).

Hogarth-Press.jpgEntre autres auteurs britanniques, la Hogarth Press publia les poètes John Betjeman, Cecil Day-Lewis, W. H. Auden, Christopher Isherwood, Edith Sitwell et Stephen Spender. Parmi les membres du Bloomsbury Group et leurs proches, elle édita, outre les œuvres de Virginia et de Leonard Woolf, des textes de Leslie Stephen, Clive Bell, Vita Sackville-West, Harold Nicolson, Roger Fry, E. M. Forster, John Maynard Keynes, Robert Graves, H. G. Wells, Laurens van der Post, William Plomer, Logan Pearsall Smith ou Nancy Cunard.

Ce fut à la Hogarth Press que parut la première édition britannique de Prelude de Katherine Mansfield (1918), de The Waste Land (La Terre vaine) de T. S. Eliot (1924) et de Composition as Explanation de Gertrude Stein (1926).Roger-Fry--self-portrait--oil-on-canvas--1930-4.jpg

 

1934 : Décès de Roger Fry.               Son auto-portrait...->

 

1941 : Suicide de Virginia Woolf.

 

«  Pour que six individus, sans privilèges particuliers à l’exception de leur tempérament, puissent ainsi s’imposer, il doit bien y avoir une raison. Là où ils triomphent, à mon avis, c’est d’avoir décidé de leut prpre mode de vie  - qui n’étaient en aucun cas dépravé, sinistre ou simplement intellectuel ; mais plutôt en effet ascétique et austère – qui perdure  et leur permet toujours de pouvoir dîner ensemble, de rester ensemble, après vingt ans ; les querelles, succés ou échecs éventuels n’ont pu rien y changer. Je dois dire que je trouve cela plutôt honorable. » Virginia Woolf.

 

Sources : «  Conversation anglaise : le groupe de Bloomsbury » Exposition : Gallimard

Sites Wiki, Thomas Flamerion pour Evene.fr, article Journal des arts: L'Oeil - n° 619 - Décembre 2009…

 

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Vanessa Bell

 Duncan-Grant-by-Alvin-Langdon.jpgDuncan Grant by Alvin Langdon

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Virginia_Woolf par Roger Fry

 Duncan-Grant--Interior-with-the-Artist-s-Daughter-1935.jpg

Duncan Grant, Interior with the Artist’s Daughter (Angelica), c. 1935-36


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