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Avant 1914 ... -2- Les rentiers

Publié le par Perceval

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L’ Assiette au Beurre (1901-1912). L’Age d’or de la caricature 

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- Je vous présente un petit gaillard qui nous donnera bien de la satisfaction ! Hier, il s'est mis à pleurer en me voyant faire la paye aux ouvriers ! - Les certificats, ici, ça ne sert que pour entrer... Mais pour rester, ma petite, ça ne dépend que de moi !

 

Le XIXe siècle était celui des rentiers. On les voit dans Balzac déposer leur argent et l'inscrire au grand livre de la dette publique, où il est rémunéré à hauteur de 3%. La rente, c'est sur la terre qu'elle repose. Il y a un lien secret entre la terre, entre les ressources naturelles, et la rente, parce que la rente n'est pas le fruit du travail, elle n'est pas le fruit de ce qui devient, mais de ce qui est. Depuis des siècles, on paie d'ailleurs ses rentes agricoles tant en numéraire qu'en produits frais. L'effondrement des prix agricoles, vers 1900, va sceller le sort de la rente, va éteindre sa légitimité : Avant 1900, on pouvait vivre largement de ses rentes avec quelques dizaines d'hectares. 

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Après 1900, et surtout après 1918, les 'châteaux' vont progressivement perdre de leur splendeur avec l'extinction de leur rente naturelle. L'extinction de la rente a donc un retentissement politique, elle est synonyme d'égalité et de république.

En 1900, Le monde bourgeois ( .... ça commence à 4000 francs par an... ), est largement fait aussi de "rentiers"... Ils se contentent de percevoir le loyer de leurs terres et vivent dans un monde de loisirs ; le rentier est entouré de personnels de service et il est gros consommateur de culture, à cette époque-là.

Avant 1913, 560.000 foyers en France sont détenteurs oisifs d'un capital suffisant pour vivre ( sur 39 millions d'habitants (1911) ), grâce au franc or stable ... Une société extrêmement inégalitaire, avec de aussi de grosses fortunes qui se constituent à l'époque ... En 1913, 1 % des mieux payés concentrent 25 % de tous les revenus en France, contre 27 % en 2013.

Le début du XXe siècle est marqué en France par une prospérité économique dont un des symboles est l’essor des grands magasins.L’Assiette au Beurre y consacre en 1911 un numéro spécial que se partagent les illustrateurs Pierre Falké et Chas Laborde.

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La société se partage nettement entre ceux qui servent et ceux qui sont servis.

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En 1913, la rente repose sur une richesse assise, une monnaie stable dont on n’imagine pas un instant qu’elle pourrait perdre sa valeur, et devenir un jour presque une monnaie de singe. On ne l’imagine pas, parce que personne ne peut imaginer ce que coûterait économiquement et financièrement aux Européens une guerre générale, si elle devait éclater. Il n’y a aucune inflation, et le produit de la rente n’est pas imposé . ( les prix n'ont pratiquement pas bougé entre 1815 et 1914. Entre 1914 et 1950, ils sont multipliés par 100.)bourgeoisie-sortie-automobile.jpg

L'impôt sur le revenu sera voté en juillet 1914, mais ne sera mis en place que trois ans plus tard, en 1917.

Avec nos critères actuels, il est clair que le travailleur de l'époque est plutôt mal loti. Pourtant tout une série d'indicateurs positifs émergent après la relative dépression des années 1870-1880: hausse du niveau de vie, reprise économique, premières législations sociales, progrès amenant l’électricité, l'automobile, les aéroplanes ou le cinématographe. Nous pouvons considérer que les années 1900-1914 constituent le fleuron de la III° République.

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