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Anna de Noailles et Maurice Barrès : Correspondance -2/3-

Publié le par Perceval

«  Je me suis mise à un livre ( la Domination ) où je n'écris pas une phrase qui ne soit pour que vous l'aimiez, et qui ne soit de vous par moi. » lettre d'Anna de juillet 1904

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Anna de Noailles, en 1913 par Ignacio Zuloaga


Maurice Barrès prend ombrage de la vie mondaine, brillante, libérée d'Anna; jaloux des hommes qui l'approchent ...

Anna semble vouloir préserver la morale, en refusant la chair. Elle lui écrit presque chaque jour. Elle l’appelle « mon ami » ou « Monsieur Chéri ».

« Mon ami votre lettre est meilleure que la vie, ce matin où je suis sans courage, triste, fatiguée sous le plus beau ciel. Votre voix lointaine, si bonne, mais voilée, c'est l'irréel, le rêve, - et la vérité qui fait mal c'est cette dure, éblouissante journée. Vous m'êtes plus précieux, meilleur encore, mais plus mystérieux aussi que dans nos après-midi de chez moi, avec tant de paroles, de disputes, d'appui, de concorde. Que c'est loin, indéfiniment loin mes goûters au ministère, mon émoi et ma farouche dignité politiques, mes silencieuses ou débordantes colères ! Je suis alanguie sous l'été, mon esprit replié ne s'ouvre qu'à l'instant de votre lettre, et je referme sur elle tous les soigneux pétales de la douce et triste rêverie. Et puis aussi la surprise de ne pas attendre à quatre heures votre visite fixe la monotone couleur de la journée, et les jours passent, douce cendre, dédiée à vous. [...] Anna_de_Noailles-yeux-detail.jpgDites-moi si vous vous portez bien; au revoir mon unique ami, toutes mes pensées pensent à vous. Anna » lettre du Dimanche 29 juillet 1906


« Mon ami, vous me manquez plus que je ne puis vous dire, la vie cesse loin de votre amitié visible. Mes lettres, qui n'ont pas le divin accent des vôtres, vous apportent-elles du moins la détresse de mon regard sur cet été si beau, si vide. J'en arrive à une discipline de couvent pour ne pas me désespérer, pour exister
Lire à telle heure, sortir à telle heure, mais la rêverie baigne tant mon coeur que, tout à l'heure, lisant la description d'un dîner que faisaient sous les bambous d'un jardin de Malaisie, au dix-huitième siècle, deux tendres voyageurs, je me sentais mourir de nostalgie, de poésie, de vague et torturante espérance.
Sentez, mon ami, le poids de mes journées sans vous, comme moi je pense sans cesse au vide qui est autour de vous, et que, présente, je comblais de mon amitié infinie. Anna 
» lettre du Lundi 30 juillet 1906

Maurice_Barres-elu-en-1906-a-l-academie-francaise.jpg- Le jour de son investiture à l’académie française, Barrès dans son discours – en présence d'Anna – décrit les effets de la poésie : « Un trouble inconnu s’empare de nous, un besoin d’amitié tendre, d’amour impérissable, un désir de mourir pour celle que nous aimons, la certitude qu’elle est une fée »

En avril 1907, paraissent «  Les Eblouissements » (grand succès, avec une cinquième édition en mai...) que Barrès dédicace à Anna, rendant publique sa passion.

Elle-même souhaite lui dédicacer, un recueil sur l'amitié, mais son mari s'y oppose :

« Un jour, deux mois avant le 2 avril, mon mari à qui je parle de vous dédier mon livre me dit que c’est impossible, que notre amitié, si pure, si innocente n’en est pas moins l’objet d’un malveillant scandale, et enfin, me dit que, puisque je n’ai jamais dédié de livre à personne, à ma mère, à lui, au petit, il me le défend. Si je passais outre, c’était chez moi, la rupture. »Lettre d’Anna de Noailles à Maurice Barrès, 21 mai 1907

Barrès est déçu, et doute...

« Adieu mon amie,

Il est inutile de m’écrire ; je n’ouvrirai pas vos lettres. Je sais votre facilité pour tout dire.

Daignez agréer, Madame, les respectueux souvenirs de l’ami que vos finesses ont offensé mortellement.

Maurice Barrès » Lettre de Barrès à Anna de Noailles, 2 avril 1907

 

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