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Anna de Noailles et Maurice Barrès : Correspondance -1/3-

Publié le par Perceval

La correspondance de Anna-Élisabeth de Noailles (539 lettres ) à Maurice Barrès (392 lettres à la comtesse) connue, est le témoin d'une passion singulière durant de nombreuses années. Ils se sont écrits de 1903 à 1923, avec une interruption de sept années de silence.

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Anna de Noailles en 1904

En 1903. Anna de Noailles (1876-1933) a vingt-six ans, elle est reconnue comme poétesse, elle a publié son premier recueil en 1901, Le Cœur Innombrable, qui lui a valu tous les succès. Elle est l’épouse enviée de Mathieu de Noailles et s’est déclarée dreyfusarde, par esprit de contradiction. Sa silhouette frêle et brune hante les salons où elle récite ses vers.

Maurice_Barres-en-1.jpgMaurice Barrès (1862-1923), nationaliste a subi quelques échecs électoraux, il rencontre Anna qui lui parle politique. Elle se revendique dreyfusarde. La rencontre aurait pu tourner court, mais déjà, l’attirance est plus forte que les divergences.

Ils se rendent visite, accompagnés de leur conjoint. Barrès est fasciné, passionné, par ses manières, sa conversation, ses artifices... Anna est flattée, amusée, emportée... Mais … Anna peaufine, l’image de la princesse alanguie dans les coussins aux étoffes brillantes et soyeuses, l’image d’une femme au charme si fulgurant qu’on n’y résiste pas...

«  Je vous appartiens et je vous prie de ne trouver dans mes sentiments que du repos et des raisons de vivre » lettre de Barrès du 27 juin 1903

Pour Maurice, Anna devient une héroïne ; il l’appelle « l’incomparable fée », la « magicienne », « mon bel incendie ». Elle devient son égérie. Et c’est sans doute ce qu'elle souhaite, habiter l'esprit, l’œuvre de Barrès.

«Je vous aime, Madame, d'une telle manière que la vie me gène » lettre du 9 sept. 1903

 Barrès, par delà la femme, loue également l’œuvre d’Anna : « c’est dans ses vers qu’éclate son génie. Et Génie est bien le seul mot pour signifier le phénomène par lequel les plus beaux poèmes de ce temps se forgent dans cette jeune femme de vingt-cinq ans. Rien n’est au-dessus de Déchirement, Parfums dans l’ombre, C’est vrai je me suis beaucoup plainte , publiés dans la Revue des deux mondes du 15 juin. » Barrès

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Anna de Noailles en 1913, par Lazlo

Mathieu de Noailles, rechigne à laisser sa femme, rejoindre Barrès...

« Monsieur, je me tourmente, je suis très triste, je sens que vous croyez que j’hésite à partir, et en effet vous ne pouvez pas savoir que je suis prête, et impatiente de partir ce soir même, et que je supporte très mal la distraction de Mathieu et son fort entêtement à ne point se presser. » Lettre d’Anna de Noailles à Maurice Barrès, 22 avril 1904

Pourtant, il semble bien que cette passion reste platonique, malgré l'empressement de Maurice. Ensuite … Barrès est désenchanté, désabusé … Il note dans ses cahiers :

« Première impression d’une certaine lassitude et d’une certaine mauvaise humeur. – Las, à mon tour, de tout donner ou de tant donner. – Je mesure d’un œil dégrisé. Cette volonté de se faire désirer par l’univers, c’est intéressant par le don d’expression qu’elle y joint, mais c’est l’imagination vaniteuse d’une jeune femme d’officier, qui n’a pas vraiment l’échelle des valeurs. »

 

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