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Amedeo Modigliani et Anna Akhmatova, à Paris 1910.

Publié le par Perceval

Elisabeth Barillé sort un livre sur la poétesse Anna Akhmatova, et centre son « enquête » sur son séjour à Paris et sa rencontre avec Modigliani; et la vie intellectuelle à Saint-Pétersbourg.

Nous sommes en 1910, et la grande poétesse découvre Paris, avec son mari. Elle rencontre un artiste bohème et vont s'aimer le temps d'un séjour...

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Portrait d'Akhmatova, par Olga Della-Vos-Kardovskaya. (1914)

Le camarade et censeur Jdanov écrit sur les textes d'Anna Akhmatova, ainsi : «...c'est la poésie d'une grande dame hystérique, ballottée entre le boudoir et l'oratoire (...) Nonne ou pécheresse, ou plutôt nonne et pécheresse chez qui la fornication se mêle à la prière...»

Vers 1958, Anna Akhmatova écrit sur Modigliani, et évoque une correspondance « perdue » … Dans les années trente, elle avait détruit une partie de ses archives, par peur du stalinisme. Pour Staline cette artiste décadente n'avait rien d'une citoyenne exemplaire : son mari avait été fusillé en 1921, son fils faisait l'objet d'arrestations répétées, c'était une orgueilleuse, une solitaire, une exaltée, une ténébreuse.

Paris-Montparnasse de cette époque, est un quartier tout neuf, le boulevard Raspail vient d'être percé, les automobiles commencent à damner le pion aux fiacres, les autobus aux omnibus à chevaux, le métro vient d’inaugurer sa fameuse ligne Nord-Sud. Désormais on peut traverser Paris en beaucoup moins de temps qu'il fallait quand Gertrude Stein allait poser pour Picasso. C'était aussi le début d'une certaine liberté des mœurs, les audacieuses se promenaient en jupes-culottes, cela avait frappé la jeune russe...

 

 Elisabeth Barillé a enquété... Elle nous retrace la rencontre d'Anna – jeune mariée, mais qui s'ennuie déjà de son époux – avec Amadéo – un homme libre qui arrive d'Italie- . Tous deux passionnés par l'art et en pleine quête. Elle, rêve de devenir poète, et lui, a décidé de se consacrer corps et âme à la sculpture. D'un côté le Montparnasse des débuts du cubisme, de l’autre les dandys poètes de « La Tour » d'Ivanov, à Saint-Pétersbourg.

Anna, jeune mariée en voyage de noces, s'ennuie déjà de son époux et n'a qu'un rêve : devenir poète. Au même moment, Modigliani arrive d'Italie, il a 26 ans et a décidé de se consacrer corps et âme à la sculpture. Il est orgueilleux et solitaire. Son charme et sa pauvreté émeuvent les femmes. En 1910, il habite avec d'autres peintres l'insalubre cité Falguière, à Montparnasse. Il est l'érudit de la bande, le philosophe.

Il va rencontrer la jeune poétesse russe à La Rotonde, (imagine Élisabeth Barillé) : brasserie à la mode fréquentée par les artistes reconnus et inconnus. Modigliani propose l'un de ses dessins à Lénine, client de l'établissement...

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Amedeo Modigliani:  Nu - Anna-Akhmatova  


Anna, c'est la «reine de la Neva» descendue du froid. Elle a épousé Nicolas Stepanovitch Goumiliov, poète novateur, déjà renommé, visage laid, dandy arrogant. Il était fou d'elle et il l'a eue à l'usure. Le couple arrive à Paris, en mai 1910, et s'installe au 10 de la rue Bonaparte. "À peine mariée et filant déjà la déception au rouet conjugal, enfin, c'est l'air qu'Anna se donne."

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Amedeo Modigliani . Anna Akhmatova. c. 1911

Un amour à l'aube est un éloge de la beauté : les dessins et les sculptures de Modigliani, les vers d'Anna Akhmatova, leur histoire, quelques lettres. "Vous êtes en moi comme une hantise", lui écrit-il. Ou encore : "Je tiens votre tête entre mes mains et je vous couvre d'amour."

Et, la beauté d'Anna Akhmatova "peinte" par Élisabeth Barillé : "Beauté singulière, beauté travaillée, beauté gagnée sur d'éclatants, d'insupportables défauts – nez cassé, cou à n'en plus finir – beauté arrogante pour la lycéenne qui s'en étourdissait comme d'un destin inaccessible. Car la beauté, la grande beauté, construite par le vouloir, conquise sur la disgrâce, est un destin, bien sûr."

Entre eux, la passion est brève, violente, désespérée, inassouvie.

En effet, chacun est trop egocentré pour risquer l'abandon... Et puis, si l'amour ensuite, n'est que la fin d'une énigme de l'un pour l'autre … alors il faut le refuser et se condamner à n'en vivre que le commencement, à n'en connaître que l'aube.

«Anna retourne en Russie. Puis revient à Paris. Ils se retrouvent. Pas pour longtemps. "Un jour, il faut partir." Ils étaient encore trop fragiles, trop incertains d'eux-mêmes, pour que le cours de leur vie en fût changé.» Elis. Barillé

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