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Agnès Sorel, maîtresse de Charles VII

Publié le par Perceval

Etienne Chevalier, conseiller du roi et bienfaiteur de sa ville natale, a connu une ascension fulgurante au sein de la cour de Charles VII. Il reconstitue le trésor royal après la Guerre de Cent ans., et devient Grand Trésorier de France en 1452. Il est l'amant d'Agnès Sorel (1421-1450), elle-même favorite officielle de Charles VII, roi de France (1422-1461). En 1452, deux ans après la mort d’Agnès Sorel, Chevalier commande le « diptyque de Melun » pour l'église de sa ville natale. Il est Exécuteur testamentaire d’Agnès Sorel en 1450, et sera chargé des mêmes fonctions à la mort du roi Charles VII en juillet 1461.

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De Jean Fouquet:  Étienne Chevalier et Saint Etienne (Diptyque de Melun, h.1452), Staatliche Museen, Berlin La Vierge entourée d'Anges, Jean Fouquet

*****

Ce tableau est étonnant. A cette époque les usages sont à représenter des scènes de la vie du Christ, des saints, ou de brosser les portraits des grands de ce monde. Néanmoins, Agnès Sorel, reine officieuse, est représentée telle une icône à vénérer, sous l'identité de la Vierge Marie, et de plus scandaleusement dénudée pour les conventions de l'époque... ! Seuls, le regard baissé, signe d'humilité, respecte le sens religieux du tableau...

Ce sein audacieux a beau susciter la réprobation du clergé, il reste exposé à notre Dame de Melun jusqu’en 1493. Il est aujourd'hui au musée des Beaux-Arts d’Anvers.

De Jean Fouquet ( ), ce tableau ne devrait être qu'une Vierge à l'enfant. Elle a quelque chose de l’icône byzantine, elle ressemble à une statue avec des étoffes de pierre de l'âge gothique avec des formes et des tons simples.

La femme a le teint pâle et le front haut, le nez joli droit et pointu, la bouche menue, le menton délicat creusé d'une fossette, des yeux en amande baissés vers l'enfant.

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Portrait d’Agnès Sorel – peinture du 16ème siècle, château de Loches, Indre-et-Loire

Agnès Sorel, fait la mode à la cour : sourcils et cheveux toujours soigneusement épilés afin de dégager très haut un front d’un bombé parfait, hennins énormes surmontant son beau visage ovoïde, robes suivies de trames qu’elle veut plus longues que toutes les princesses environnantes, décolletés vertigineux attirant tous les regards.

Un jour, l’archevêque de Reims s’était voilé la face en la croisant la gorge nue. Il s’était plaint ensuite auprès de Charles VII des ouvertures permettant de voir les seins des femmes... !

Charles VII est plutôt chétif, mélancolique, assez renfermé sur lui-même. Cet homme peu engageant va se transformer au contact d'Agnès Sorel. Elle va le détendre et lui donner 3 filles...

Devenue le premier personnage féminin de la cour, la "Dame de Beauté", du nom du fief de la Beauté-sur-Marne qu'elle a reçue, a besoin de beaucoup de moyens, elles se lie avec Jacques Cœur. Ses intrigues, l'opposent au parti du Dauphin, le futur Louis XI : l'histoire veut qu'il soit « exilé », après avoir poursuivi la belle l'épée à la main jusque dans la couche paternelle... Il est curieux de savoir, que Agnès Sorel outrepasse l’interdiction depuis Saint-Louis de porter des diamants (symbole de force et de puissance guerrière et amoureuse à l’époque). Le premier diamant taillé au monde lui fut offert, en 1444, par le roi.

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Tombeau d'Agnès Sorel (Collégiale de Saint-Ours, Loches) Détail du tombeau d'Agnès Sorel (Collégiale de Saint-Ours, Loches)


Elle décède des suites d'un empoisonnement au mercure, ingurgité pour se débarrasser des vers qui lui ravageaient les entrailles, son médecin qui était également l'un des heureux bénéficiaires de son testament fut fortement soupçonné d'avoir été par trop négligent dans ses dosages. Mais les autres commanditaires potentiels ne manquent pas : le Dauphin, Jaques Coeur, ou encore Antoinette de Maignelais, sa cousine qui la remplace rapidement dans la faveur royale.

Sa fin est édifiante, elle fait de larges donations à l'Église, et Charles VII fait faire deux fort belles sculptures funéraires.

 

agnes-Sorel-DETAIL.jpgPour en revenir au tableau, Marie, ou plutôt Agnès ( point de blasphème .. ! ), au corps idéalement proportionné « ne cache rien de ses attraits, tel ce sein dardé surgissant comme un fruit vivant dédié non à l’Enfant Dieu mais au regard désirant de l’homme. Il continue, ce sein, le mouvement contradictoire que cette femme, creusant son dos, imprime à sa poitrine et à son ventre qu’elle semble pousser vers nous alors qu’elle « retient » son visage, légèrement penché, saisi de trois quart et dont le regard chaste est religieusement baissé. Comme si elle réfutait, tout en l’attisant, le trouble que son corps inspire. » ( sources : Med Médiène ).

 

Ainsi, quelle puissance dans l'Art, pour avec de la matière humaine faire d'une maîtresse une reine du ciel... !

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