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Zinaida Gippius et le trio érotique -2/4-

Publié le par Perceval

Gippius aimait confondre l'identité de genre. Elle passait d'un style très féminin, au travestissement masculin. Gippius a utilisé des pseudonymes masculins pour écrire des critiques et de la poésie …

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Leon Bakst - Zinaida Gippius

En 1906, Bakst peint Gippius couchée sur une chaise dans un costume de dandy: mains dans les poches, de longues jambes astucieusement croisés, et dans une pose nettement masculine. Le visage, encadré par une chevelure rouge épaisse, est pâle; sa bouche sensuelle et ses yeux languissants défient le spectateur ... Plus important encore, l'image suggère un dandy « décadent », un travesti aristocratique qui subvertit le système binaire de genre... !

Gippius construit des « triangles érotiques » platoniques, ainsi vers 1890, Akim Volynsky (*), participe à l'un de ces triangles complexes, avec qui le couple Merezhkovsky voyage en Italie.

La fin de siècle en Russie est une période de recherche spirituelle intense qui fusionne les sphères érotiques et religieuses. Selon Gippius, la pratique de la vie chrétienne du « Troisième Testament » serait de convertir l'énergie érotique en une forme spirituelle supérieure.

Cette pratique de la vie repose sur ​​une théorie utopique du triangle érotique qui transcende les sexes dans l'androgynie...

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Zinaida Gippius, Léon Bakst (1900)

Gippius est généralement attirée par les hommes androgynes: « J'aime l'illusion de la possibilité - un soupçon de bisexualité, où chacun semble être à la fois femme et homme. » Elle recherche la possibilité « d'un amour qui transcende ce monde »...

Zinaida Gippius est bisexuelle. A la fin des années 1890 - début des années 1900, elle a - en particulier - une liaison avec une baronne allemande Elisabeth von Overbeck, qui a collaboré avec Merezhkovskys en tant que compositrice. Gippius a consacré plusieurs poèmes à la baronne...

Tout cela peut sembler aujourd'hui, relever du phantasme et non de la vie réelle, pourtant, cette période permit des pratiques de vie expérimentales et utopiques dans une petite coterie des premiers modernistes russes.

 

(*) Volynsky, Akim (1865-1926). Critique russe de danse, historien de l'art, et directeur de l'école de ballet.

 

   
Gippius-et-Akim-Volynsky--1890-.jpg Gippius et Akim Volynsky (1890)


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Zinaida Gippius et Dmitri Merezhkovsky -1/4-

Publié le par Perceval

Zinaida Gippius est l'une des femmes parmi les plus étonnantes et intelligentes de son époque en Russie.

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Zinaida Gippius by Otto Renar (1904)

Elle est écrivaine, éditrice, critique littéraire, et ( avec Valery Brioussov  ) une théoricienne du symbolisme dans la littérature russe.

Elle est née Zinaida Nikolaïevna Gippius le 20 novembre 1869, dans la ville de Belev ( province de Toula ), en Russie. Elle est l'aînée de quatre filles. Son père, Nicolas Romanovitch Gippius, est un célèbre avocat et procureur du Sénat russe. Sa mère, Anastasia Vasilevna (née Stepanova), est la fille du chef de la police d'Ekaterinbourg.

Jeune, Zinaida Gippius est éduquée à la maison en mettant l'accent sur ​​la littérature, l'histoire, les arts et la musique, puis elle étudie à l'Institut de Kiev pour les femmes. En 1881, après la mort de son père, elle déménage à Yalta, puis à Tbilissi, et vit chez son oncle à Borjomi. Là, en 1888, elle rencontre Dmitri Merezhkovsky, écrivain il vient de faire paraître son premier livre de poésie... Ils se marient le 9 Janvier 1889, à Borjomi. Elle a dix-neuf ans.

Gippius ( ou orthographe latine-alphabet "Hippius") et Merezhkovsky vivent dans une magnifique maison à Saint-Pétersbourg - un cadeau de mariage de la mère de Merejkovsky. Leur domicile devient un lieu de rencontre apprécié par le milieu culturel de Saint-Pétersbourg milieu culturel.

Zinaida Gippius attire d'abord l'attention avec son comportement peu conventionnel, en cultivant une image androgyne, et plus tard comme critique virulent et perspicace.

Elle tient à affirmer, avec son mari, une égalité dans le couple. Ils ont chacun leur chambre ( une pièce propre, à laquelle tenait beaucoup aussi Virginia Woolf...).

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Gippius Caricature by Mitrich (1907)

Zinaïda Gippius ou Hippius a une réputation ( appelée « décadente ») de femme fatale, qui piège ses victimes telle une araignée... Une caricature la montre en figure masculinisée avec une lorgnette et la cigarette aux lèvres. Chacun reconnaît l'odeur de son tabac parfumé à la cannelle … Contrairement à son mari, elle vit beaucoup la nuit, et se couche vers trois ou quatre heures du matin, pour se lever autour de deux heures de l'après-midi. Andrey Bely (*) décrit Gippius allongée sur le canapé dans le salon au papier peint rouge composée de fauteuils rouges, et engagés dans longue discussion intellectuelle avec un invité plutôt masculin, assis devant la cheminée... Bely souligne sa belle chevelure rousse clair. Il parle de ses yeux verts et de son sourire ambigu de Mona Lisa. Il la compare à une guêpe de taille humaine, à une séductrice dessinée par Aubrey Beardsley...

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A suivre ...

 

(*) Andreï Biély ou André Bély (1880 - 1934) est un poète et important écrivain russe. Avec son ami, Alexandre Blok, il fut un des chefs de file de la seconde génération symboliste en Russie  

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George Sand : Les bas bleus...

Publié le par Perceval

Daumier réalise en 1844, une série de caricatures sur Les Bas-bleus - nom donné au XIXe siècle aux femmes qui ont des prétentions littéraires - il insiste notamment sur la mauvaise tenue de leur foyer.

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Honoré Daumier, " Adieu, mon cher, je vais chez mes éditeurs...", série Les Bas-bleus, lithographie, parue dans Le Charivari, 8 février 1844 Honoré Daumier, La mère est dans le feu de la composition, l’enfant est dans l’eau de la baignoire ! série Les Bas-bleus, lithographie, parue dans Le Charivari, 26 février 184

Nous retrouvons ces stéréotypes, dans les femmes auteurs de La Comédie humaine, par exemple : Camille Maupin dans Béatrix ou de Dinah de la Baudraye dans La Muse du département.

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L'admiration que Balzac – le conservateur - semble porter à George Sand, est à rapprocher des critiques qu'il fait d'elle - à Mme Hanska - dans ses lettres.

Il reproche à George Sand de ne pas éduquer ses enfants comme il le faudrait. Elle est certes "excellente mère, adorée de ses enfants", "mais elle met sa fille Solange en petit garçon et ce n’est pas bien" et elle "a laissé son fils Maurice goûter de trop bonne heure aux dissipations de Paris" (lettre à Mme Hanska, 2 mars 1838)

Il juge aussi avec sévérité la "femme auteur" de Lucrezia Floriani dont le talent "arrive comme sa personne à l’âge critique" (lettre à Mme Hanska, Paris, 26 juin 1847).

Mme de la Baudraye est présentée comme "la future rivale de George Sand" et elle est associée à ce que Balzac appelle le "sandisme", "cette lèpre sentimentale [qui] a gâté beaucoup de femmes qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes".

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Caricature de G. Sand - 1839-  Henri Gérard-Fontallard, Congrès masculino-fœmino-littéraire, lithographie publiée dans Aujourd’hui,Journal des ridicules, 15 octobre 1839

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« Je lui jetais presque son livre au nez. Je me souviens que, comme je le traitais de gros indécent, il me traita de prude et sortit en me criant sur l’escalier : "Vous n’êtes qu’une bête!" » (George Sand qui parle de Balzac ... dans  Histoire de ma vie)

 *****

Le jugement de quelques contemporains, sur G Sand


    caricature de George Sand dans le Monde Illustré"Pour mieux faire l’homme, (Sand) a éteint en elle le christianisme, renversé l’autel du mariage et de la mort et imprimé à son talent cette horrible grimace philosophique qui le défigure et qui a fini par le rendre affreux." BARBEY d’AUREVILLY

 

"Madame Dudevant commet des infamies et elle écrit des sublimités. Elle se flatte qu’on ne croira jamais ce qui est, et que la phrase, en définitive, prévaudra. Elle se juge assez vaisseau de haut bord pour avoir la sentine profonde. Une Christine de Suède à l’estaminet". SAINTE-BEUVE

 


"J’ai lu les premières Lettres d’un voyageur : comme tout ce qui tire son origine de Rousseau, cela est faux, factice, bourgeois, boursouflé, exagéré. Je ne puis supporter ce style de tapisserie, tout aussi peu que l’ambition populacière qui aspire aux sentiments généreux" NIETZSCHE

 

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"La femme Sand est le Prud’homme de l’immoralité. Elle a toujours été moraliste. Seulement, elle faisait autrefois de la contre-morale. Aussi elle n’a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant cher aux bourgeois. Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde ; elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues (…) Que quelques hommes aient pu s’amouracher de cette latrine c’est bien la preuve de l’abaissement des hommes de ce siècle" BAUDELAIRE

 

"Les femmes n’ont jamais fait quelque chose de remarquable qu’en couchant avec beaucoup d’hommes, en suçant leur moelle morale : Madame Sand, Madame de Staël. Je crois qu’on ne trouverait pas une femme vertueuse qui vaille deux sous par l’intelligence". Les GONCOURT

 

Enumération présentée dans l’ABCdaire de George Sand, Flammarion, 1999

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Georges Sand, inspire Balzac.

Publié le par Perceval

George Sand (1804-1876) est mère célibataire. Elle est obligée d'écrire pour survivre. La "rage d'écrire" qui l'habitait déjà jeune devient un gagne-pain au journal "Le figaro", journal d'opposition républicain à l'époque.

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Indiana (1831) est le premier roman, que George Sand fait paraître, seule. Comme d'autres, un critique de l'hebdomadaire satirique illustré La Caricature, un certain Honoré de Balzac (1799-1850), s'enthousiasme à son propos :

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Le dandy Balzac aux Tuileries (Cassal, 1839)

« Ce livre-là est une réaction de la vérité contre le fantastique, du temps présent contre le moyen-âge, du drame intime contre la tyrannie du genre historique… Je ne connais rien de plus simplement écrit, de plus délicieusement conçu ».

Balzac admire véritablement George Sand, même si tout les sépare. Il vient la visiter à Nohant - sa propriété qu'elle a réussi à récupérer après sa séparation officielle - quelques jours, en 1838, et s'en retourne avec l'idée de se lancer, grâce à elle, dans la rédaction de Béatrix, prenant exemple sur l'histoire de Mme d'Agoult et de Liszt, qui faisaient partie de son entourage.

L'ouvrage sortira à la fin de l'année suivante , mettant en scène deux figures féminines. La première est celle de la blonde marquise de Rochefide, dont le roman porte le prénom, tandis que George Sand va fortement inspirer la seconde, la libre et indépendante Félicité de Touches.

En 1837, Balzac avait eu l'idée de raconter l'histoire de parisiens en province et d'une provinciale montant à Paris qui deviendra , en 1843, La Muse du département. La figure de George Sand détermine celle, posée en négatif, de la comtesse Dinah de La Baudraye, passionnée de littérature et auteur de poésie à ses heures. Balzac écrit au début de son livre, lui rendant un mordant hommage :

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George Sand par Musset

«  Si ce mot ne devait pas, pour beaucoup de gens, comporter une espèce de blâme, on pourrait dire que George Sand a créé le sandisme, tant il est vrai que, moralement parlant, le bien est presque toujours doublé d’un mal. Cette lèpre sentimentale a gâté beaucoup de femmes qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes. Le sandisme a cependant cela de bon que la femme qui en est attaquée faisant porter ses prétendues supériorités sur les sentiments méconnus, elle est en quelque sorte le bas-bleu du cœur : il en résulte alors moins d’ennui, l’amour neutralisant un peu la littérature. Or l’illustration de George Sand a eu pour principal effet de faire reconnaître que la France possède un nombre exorbitant de femmes supérieures assez généreuses pour laisser jusqu’à présent le champ libre à la petite-fille du maréchal de Saxe.» (Balzac, La Muse du département, Pléiade, p. 51 . L’intrigue est de 1836… On appréciera le constat plutôt aigre de la réussite de Sand auprès du public féminin, et des motivations " féministes " et pleurnichardes que Balzac y déchiffre )

« Quand, après la révolution de 1830, la gloire de George Sand rayonna sur le Berry, beaucoup de villes envièrent à La Châtre le privilège d’avoir vu naître une rivale à madame de Staël, à Camille Maupin, et furent assez disposées à honorer les moindres talents féminins. Aussi vit-on, alors beaucoup de Dixièmes Muses en France, jeunes filles ou jeunes femmes détournées d’une vie paisible par un semblant de gloire ! » (La Muse du département Honoré de Balzac XII. Comment la révolution de Juillet en produisit une chez Dinah)

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