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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 19/. -

Publié le par Perceval

Une sexualité maîtrisée :

« Quel préjugé bizarre nous interdit la liberté de suivre les mouvements de notre cœur ! On permet aux hommes de pousser la licence jusqu’à feindre très souvent des passions qu’ils n’ont pas, tandis que l’on nous impose la rigoureuse loi de renfermer dans nos cœurs un feu dévorant » : l'héroïne, Dans Les Galanteries de Thérèse -1745 - de Antoine Bret.

(…) « toutes sont convaincues de quelle utilité il serait pour le sexe de former un concours unanime pour revendiquer [leurs] droits ; mais qui osera se charger de donner l’exemple? »

« (…) S’ils nous montrent de la répugnance, nous leur rendons dégoût pour dégoût ; ils doivent s’en apercevoir. Nous ne leur abandonnons souvent qu’une statue ; et, tandis qu’enflammés par leurs propres désirs ils se consument sur des appas insensibles, notre tranquille froideur jouit à loisir de toute leur sensibilité.

C’est dans ce moment, qui égale le plus fier satrape au dernier citoyen de la république, que nous reprenons sur eux tous nos droits. Une petite chaleur de sang renverse à nos pieds ces superbes, et nous rend maîtresses de leur sort. »

 

Crébillon, dans La Nuit et le moment, en 1755, présentait la femme dont la volupté n’existe « que dans ses idées », telle que Célimène, comme supérieure à celle dont cette même volupté « ne part que des sens »

« D’ailleurs la froideur de ses sens n’empêche pas sa tête de s’animer : et si la nature lui a refusé ce que l’on appelle le plaisir, elle lui a en échange donné une sorte de volupté, qui n’existe, à la vérité, que dans ses idées ; mais qui lui fait peut-être éprouver quelque chose de plus délicat que ce qui ne part que des sens. Pour vous, plus heureuse qu’elle, vous avez, si je ne me trompe, rassemblé les deux »

 

La femme joue de l’ambiguïté de la perception féminine, entre froideur et jouissance ...

Au sujet de Mlle de La Motte, '' Le diable au corps '' : « Pourtant, au plus fort de cette tempête, quelle présence d’esprit ! elle se dégage brusquement (...)

« Tant d’appas achevèrent de troubler mon âme. Accablé sous le nombre et la violence de ses désirs, toutes ses facultés demeurèrent quelque temps suspendues. C’était en vain que je voulais former une idée ; je sentais seulement que je l’aimais, et sans prévoir ou craindre les suites d’une aussi funeste passion, je m’y abandonnais tout entier. »

 

Ne subsiste de l'homme que son « menaçant cylindre »... !

« Tu ne m’y prendras pas, Jean-Foutre, s’écrie-t-elle. Il en était temps, ma foi ; je ne serais pas mal foutue, vraiment, si tu m’avais mis tout cela dedans ! foutu calotin : tu n’en fais pas d’autres : tu seras bien avancé, n’est-ce pas, quand tu m’auras foutu un enfant dans le corps ? Tu es bien en état, gueusasse, de me donner de quoi le nourrir ! »

 

L’abbé T***, dans Thérèse philosophe, à Madame C*** : - qui semble en convenir avec lui - « les femmes n’ont que trois choses à redouter : la peur du diable, la réputation et la grossesse ».

Expériences transgressives ( éviter la grossesse...):

La masturbation solitaire, pratiquée par un grand nombre d’héroïnes du roman libertin alors même que le XVIIIe siècle croit à sa dangereuse nocivité...

« Si, jusqu’alors j’avais non seulement négligé, mais scrupuleusement évité la voluptueuse ressource à laquelle Thérèse s’était si longtemps bornée, en vraie sotte, c’est que tous mes docteurs s’étaient accordés à me peindre des plus détestables couleurs cette solitaire pratique. » Thérèse philosophe... - Petite, « On prit le parti de me lier étroitement les mains de manière qu’il me fut impossible de continuer mes amusements nocturnes. »

 

« Pourquoi, dans la formation de la femme,( Dieu )aurait-il placé le centre des plaisirs dans un endroit où la main se porte sans peine et machinalement dans les démangeaisons cuisantes ? Serait-ce pour avoir occasion de nous punir d’avoir suivi en tout les lois de la nature, de cette bonne mère qui indique si bien à ses enfants les moyens de rendre leur existence heureuse? » se demande Suzon - L’Histoire de Dom Bougre, portier des Chartreux est un roman libertin de 1741 attribué à l’avocat Gervaise de Latouche

 

« Ce qu’il est le plus naturel de faire à la femme est précisément ce dont elle se soucie le moins ; il lui faut des extravagances ; tantôt elle veut qu’on la traite comme un mignon, tantôt qu’on lui fasse… ce que tu refusais si cruellement la première nuit de nos folies... quelquefois sa bouche est jalouse de l’offrande que…

- Fi, la vilaine, interrompis-je, dégoûtée de cette image… » Félicia ou Mes Fredaines (1778)

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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