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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 18/. - Le corps mis en scène

Publié le par Perceval

L'abandon :

« Alidor alors court à la petite armoire, il y prend un flacon de sels et me le fait respirer… rien ; il me coule une cuillerée de vin d’Alicante dans la bouche… pas l’ombre d’un signe de vie. Pour le coup, il cave au plus fort et se met à me branler en maître… Alors seulement je veux bien paraître de retour à la vie. » Félicité dans Lolotte de Nerciat.

L'image de la « belle endormie » porte en elle, les fantasmes liés à une érotisation et à une disponibilité sexuelle ...

 

« Il faut la mitiger par une distinction plus sensée, et on la trouvera dans l’examen du sommeil. Pour s’y prendre avec succès, approchez-vous sans bruit et à pas mesurés. Vous devez ce ménagement si elle est endormie de bonne foi, et si elle ne l’est que par une dissimulation obligeante, il vous est encore nécessaire afin de l’engager à la continuer avec bienséance. Lorsque vous serez assez près, examinez sa respiration, c’est elle qui vous développera le mystère. Si son sommeil est naturel, profond, accompagné de symptômes convaincants, respectez-le. En l’arrachant d’un assoupissement qui faisait son repos, vous vous exposez à une résistance humiliante pour vous dans le moment, et d’une conséquence encore plus fâcheuse pour les suites. Attendez votre bonheur du réveil, vous le trouverez plutôt dans ce tendre épanouissement de ses sens.

Mais si vous lui voyez un teint trop fleuri, trop animé pour une personne endormie, doutez d’abord, et rendez-vous certain en vous attachant au mouvement de sa gorge. Laissez exhaler quelques soupirs. Si ce souffle pénètre dans ses sens, si vous le voyez ranimer l’émotion des charmes que vous contemplez, n’hésitez point, vous êtes heureux. » La leçon de la sylphide à Philandre dans La Poupée de Jean Galli de Bibiena (1747)

Saturnin, « pressé par [ses] désirs », entreprend de profiter du sommeil de la fausse dormeuse : « Elle dort d’un sommeil trop profond pour se réveiller, disais-je, et quand elle se réveillerait, mettons les choses au pis, elle me grondera, voilà tout : je l’ai bien fait hier, elle ne l’a pas trouvé mauvais, le trouvera-t-elle aujourd’hui, essayons »

 

L'homme, devant la femme qui contrefait la dormeuse, se laisse séduire et enhardir par le regard qu’il fait glisser sur le corps féminin « endormi », en détaillant les charmes et en offrant ainsi au lecteur une description « voluptueuse ». Celui qui est au fait des « évanouissements des dames », sait lire sur le corps de la fausse dormeuse l’expression du désir, voire du plaisir … .

« Rozette dormait en disposition de se réveiller aisément et en position qui n’attendait que le plaisir » :

[…] ses mains étaient jointes sur sa tête, mais sans la presser ; ses yeux fermés ; sa bouche ouverte comme pour demander quelque offrande. Une rougeur naturelle et fraîche couvrait ses joues ; le zéphyr avait caressé tout son extérieur ; une mousseline transparente couvrait la moitié de sa gorge, et l’autre moitié se montrait en négligé aux regards : d’un côté l’examen était permis, et de l’autre, sous l’air d’être défendu, il devenait plus piquant. Ses bras paraissaient avec tout leur embonpoint et leur blancheur. Ses jambes croisées dérobaient ce que j’aurais voulu envisager, mais fournissaient à l’imagination une belle prairie à s’égarer. » Themidore de Godard d’Aucour

 

Nicole s’abandonne à certains gestes impudiques... « C’était, en effet, l’unique moyen décent de permettre qu’Hilarion goûtât et fit goûter complètement le fruit de son larcin impudique : c’était, après l’éclair de la première insulte, l’autoriser à risquer (selon ses puissants moyens) la récidive, avant que l’insultée n’en vînt aux éclats. Cette douce attente ne fut point trompée. » Le Diable au corps de Robert Andrea de Nerciat.

 

Claude Godard d'Aucourt (1716-1795), est né à Langres, il fut fermier général (1754) puis receveur général des Finances à Alençon (1785). 

Jeune conseiller au Parlement, le narrateur rencontre Rozette à l'occasion d'une partie fine.

- Convié à une partie fine, le narrateur, jeune conseiller au Parlement, «fait canapé» avec Laurette, puis avec Argentine ; Rozette, qui a tout entendu de la chambre voisine, apparaît. Aussitôt, il s'en éprend. Passe chez elle le plus clair de son temps. Lui laisse l'initiative dans leurs ébats amoureux. -

Il passe chez elle le plus clair de son temps. Lui laisse l'initiative dans leurs débats amoureux. Averti de cette liaison scandaleuse, le père du conseiller fait enfermer Rozette au couvent de Sainte-Pélagie. Son amant devra déployer des trésors d'imagination pour qu'elle parvienne à s'en échapper.


Dans ce court roman publié en 1745, Godard d'Aucourt ne ménage ni les puissants ni la religion. Il excelle dans l'ironie, dans la périphrase suggestive.

On y manie le double sens avec subtilité. On s'y adonne au voyeurisme autant qu'à la philosophie. On ne force rien ni personne, tous les adultes sont consentants. L'élégance rime avec l'extravagance, la fausse ingénuité avec l'ingéniosité. La malice augmente les délices. En 1882, dans Le Gaulois, Maupassant qualifiait Thémidore de " merveille de grâce décolletée ", d'" impur chef-d'oeuvre " qui ferait rougir, disait-il, " nos prêcheurs doctrinaires, ces empêcheurs de danser en rond, farcis d'idées graves et de préceptes pudibonds ".

«  Avertissement : - Nous ne conseillons point aux âmes scrupuleuses de jeter les yeux sur ces aventures ; elles sont quelquefois chatouilleuses et capables d’exciter des idées extrêmement éveillées […] Au reste, ces mémoires sont écrits avec retenue : il n’y a aucun mot qui puisse blesser la modestie ; mais on ne répond pas des idées qu’ils peuvent faire naître. Ils sont semés de sentences très sages et aisées à retenir ; ils sont dans le goût actuel du public, puisqu’ils ne contiennent que d’aimables bagatelles bien dictées et plus propres à amuser l’esprit qu’à nourrir le cœur. »

 

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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