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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 15/. - Ecrire au féminin

Publié le par Perceval

* Suzanne Giroust est née vers 1771, dans une famille de commerçants. Elevée dans un couvent, elle épouse en pleine révolution un avocat Bernard Quinquet. Elle a une fille, et bénéficie de la nouvelle loi sur le divorce...

Elle écrit Illyrine sous le pseudonyme de Madame de Morency, le publie vers 1799... Le XIXe siècle jugera son ouvrage immoral et vulgaire...

« Ainsi, ces Mémoires, en tombant dans leurs mains, leur apprendront que jamais je n’ai été femme p…, mais galante. Et dans ce pays, en est-il d’autres ? Celles qui ne le sont pas par spéculation, le sont par attrait aux plaisirs, ou pour se venger d’un époux perfide, ou pour combler les voeux d’un amant adoré. Je ne fus donc que l’enfant des circonstances. »

Illyrine est passée à travers l'histoire en multipliant les amants célèbres ( Hérault de Séchelles, Fabre d’Églantine, le duc de Biron, le Général Dumouriez…) , voyageant dans les régions secouées par la tourmente révolutionnaire, accumulant les aventures picaresques et, enfin, arrêtant sa course auprès d'une sorte d'ermite dont elle nous livre les seules initiales. Sa vie galante s'achève, paisible, en compagnie de ce dernier

** Les Noeuds enchantés ou la Bizarrerie des destinées. – attribué à Fanny de Beauharnais est un divertissement paru en 1789. Ce roman est plus à tonalité libertine qu'une véritable satire politique, malgré ce qu'elle en dit... Zelim serait « le vrai modèle de la femme accomplie », « paraissant se livrer aux doux plaisirs des sens, moins par goût que par complaisance pour son amant, elle flattait sa vanité, caressait ses penchants, lui parlait platonisme des jours entiers... » et elle se dédommage « dans les bras d’un Arabe leste et vigoureux… »

 

*** Enfin, il faut noter un libertinage plus bourgeois, avec plusieurs romans de la comtesse Félicité de

Choiseul-Meuse parus entre 1807 et 1809 : Julie ou J’ai sauvé ma rose est le premier à paraître en 1807 et sans doute le plus intéressant et le mieux écrit, suivi d’Amélie de Saint-Far ou la Fatale erreur en 1808, puis d’Elvire ou la Femme innocente et perdue la même année et enfin d’Entre chien et loup, publié en 1809.

 

Julie ou j'ai sauvé ma rose, publié pour la première fois en 1807 et jouit à l'époque d'un succès fort honorable

Julie d'Irini qui, comme toute héroïne libertine qui se respecte, comprend très tôt qu'elle est habitée par un puissant désir sexuel, découvre les plaisirs de l'amour physique à l'âge de quatorze ans à peine, dans les bras d'Adolphe. Ce dernier s'interdit pourtant de ''cueillir cette rose'' fragile que la société idolâtre et qui assure à la femme le respect et la considération.

« Telle j’étais à quatorze ans; mais je touchais au moment où toutes les passions que je renfermais dans mon sein devaient éclore. Mon penchant à l'amour se trahissait de mille manières ; mes yeux étaient animés, souvent même remplis d'ivresse. »

« Je dansais très souvent avec un jeune homme que l'on nommait : Adolphe ; j’éprouvais, lorsque j’étais avec lui, un plaisir que je ne cherchais pas à dissimuler. Il fut présenté chez ma tante; bientôt il devint notre chevalier; je le voyais tous les jours;mais Rosa ne nous quittait pas, et je désirais souvent, sans en deviner la cause, qu'elle ne fût pas présente à nos jeux. »

« Eh ! quel baiser ! Je ne l'oublierai de ma vie ! Ce fut le premier baiser d'amour, ce fut le plus délicieux ! Il m'enivra de volupté ; jamais baiser ne procura pareille ivresse. Adolphe s'aperçut de mon émotion, et s'efforça de l'accroître encore, en répétant mille fois ce qui l’avait causée. Ses baisers, à chaque instant, devenaient plus ardents; ceux que je lui rendais n’étaient pas moins amoureux , et je crois que j’aurais accordé, dès la première fois, ce que depuis mille amants passionnés n'ont pu obtenir, ni par leur amour ,ni par leur constance, si, à l'instant même où mon Adolphe allait devenir tout-à-fait téméraire, Le nom de Julie , que répétaient plusieurs voix, n'eût frappé notre oreille. Aussitôt Adolphe se releva, et, sans nulle pitié de l'état où il m’avait mise, il se débarrassa de moi, malgré les efforts que je faisais pour le retenir; et le poltron chercha son salut dans la fuite, en me recommandant bien bas de ne pas dire que je l’avais vu. Je restai couchée sur l'herbe, privée de toutes mes facultés , et brûlante de mille désirs. »

« De toutes les passions, l'amour est sans aucun doute, celle qui nous procure les jouissances les plus réelles et les plus vives; mais, par un préjugé bizarre, les hommes seuls ont le privilège de s'y livrer sans perdre leur réputation. Et lorsqu'une femme nous aime assez pour nous sacrifier ce qu'elle a de plus précieux, pour nous combler de faveurs et nous enivrer de volupté, au lieu de la regarder comme un être divin, digne de l'adoration la plus pure après en avoir tout obtenu, nous la traitons avec mépris, et nous la livrons à la honte en publiant sa défaite. [ ... ] Livre-toi donc à l'amour sans chercher à lui opposer une résistance inutile, goûtes-en tous les plaisirs; perfectionne, si tu le peux, \' art d'en prolonger les jouissances, de les rendre plus vi ves, plus enivrantes. Nage dans une mer de délices, mais aie le courage de conserver assez de sang-froid, au sein même de la volupté, pour refuser la dernière faveur [ ... ]. Nous sommes esclaves jusqu'à ce que nous ayons obtenu cette précieuse faveur; mais votre empire finit avec votre résistance, et nous régnons à notre tour: non contents de devenir tyrans, n'ayant plus rien à désirer, le dégoût remplace l'amour, et nous abandonnons sans pitié celle à qui nous devons le bonheur, et dont l'attachement s'est accru en proportion de ses bienfaits; en vain nous donne-t-on les noms de perfide, d'infidèle, nous nous glorifions de les mériter».

Julie va s'autoriser toutes les jouissances, hors celle qui lui déroberait le précieux trésor, respectant ainsi à sa manière les bienséances exigées par la société. Sans la moindre réticence, l'héroïne se plie aux convenances qui permettent de sauver les apparences et conclut, à l'âge de trente ans: « Me voilà donc au bout de ma carrière [ ... J. J'ai régné sur les hommes, je les ai fait servir à mes plaisirs, et je puis les défier tous. D'où me viennent ces avantages inappréciables? Du talisman précieux que toutes les femmes reçoivent, en naissant, des mains de la nature; c'est de sa conservation que dépendent la réputation, la tranquillité, le bonheur».

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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