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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 9/. -

Publié le par Perceval

Le culte aux ''Mystères'' du corps féminin :

En l’honneur de certaines divinités et réservés aux seuls initiés....

Le narrateur de Point de lendemain remarque, en regardant la grotte du cabinet secret, que « le dieu du mystère [veille] à l’entrée » alors que « l’obscurité [règne] avec le silence dans ce nouveau sanctuaire ».

Lors du dépucelage, l'homme, par son phallus, est le sacrificateur... La femme est victime et déesse, Félicia porte ainsi machinalement la « main sur l’instrument de [son] martyre», et reste ''maîtresse de son martyre … Félicia se compare à la déesse :« Vénus naquit de l’écume des flots : moi, qui ressemble beaucoup à cette déesse par les charmes et les inclinations, je suis aussi née en plein océan, mais mes premiers instants ne furent point un triomphe » Félicia ou Mes Fredaines est un roman libertin français, écrit par André-Robert Andréa de Nerciat et publié pour la première fois en 1775

Dans Point de lendemain, c'est Madame de T*** - prêtresse - qui se montre tout particulièrement habile à ce jeu du Mystère et entraîne ainsi son jeune amant d’une nuit :

« Tout cela avait l’air d’une initiation. On me fit traverser un petit corridor obscur, en me conduisant par la main. Mon coeur palpitait comme celui d’un jeune prosélyte que l’on éprouve avant la célébration des grands mystères... »

Le Temple de l'Amour est présenté comme un '' temple de la mollesse '' : métaphore du corps féminin et espace propre à l’accueillir... La chambre à coucher de la marquise, dans le Diable au corps, est désignée comme « le temple de la mollesse et du libertinage »...

« Je fixai ma demeure dans un cabinet orné avec une extrême magnificence, et beaucoup de goût, quoique l’un semble toujours exclure l’autre. Tout y respirait la volupté ; les ornements, les meubles, l’odeur des parfums exquis qu’on y brûlait sans cesse, tout la retraçait aux yeux, tout la portait dans l’âme. Ce cabinet enfin aurait pu passer pour le temple de la mollesse, pour le vrai séjour des plaisirs » le cabinet de Zéïnis, dans Le Sopha.

L’abbé T*** des Lauriers ecclésiastiques pénètre, dans l’asile de la duchesse de **… qu’elle a aménagé à l’image de la mollesse féminine pour mieux inviter l’homme aux transports voluptueux :

« Nous entrâmes dans une pièce où tout invitait à la volupté et à la mollesse. […] Je ne voyais que sophas, que duchesses, que bergères, que chaises longues, avec un nombre infini de coussins ; les peintures les plus sensuelles ornaient ce réduit charmant. Enfin tout ne respirait que l’amour et le plaisir dans ce lieu dangereux. »

Madame de T***, « la reine de ce lieu », dans Point de lendemain, va se « jeter nonchalamment » sur son ''autel'' alors que son jeune amant tombe à ses pieds. Pour Madame de T*** ; l'autel est « un petit coussin de satin couleur de feu, mis au milieu, qui formait la pierre sur laquelle devait se consommer le sacrifice »

Rozette attend Thémidore, son sacrificateur :

« Rozette elle-même s’était placée sur l’autel ; ses mains étaient jointes sur sa tête, mais sans la presser ; ses yeux fermés ; sa bouche ouverte, comme pour demander quelque offrande. Une rougeur naturelle et fraîche couvrait ses joues ; le zéphyr avait caressé tout son extérieur ; une mousseline transparente couvrit la moitié de sa gorge, et l’autre moitié se montrait en négligé aux regards : d’un côté l’examen était permis, et de l’autre, sous l’air d’être défendu, il devenait plus piquant. Ses bras paraissaient avec tout leur embonpoint et leur blancheur. Ses jambes croisées dérobaient ce que j’aurais voulu envisager, mais fournissaient à l’imagination une belle prairie à s’égarer. Rozette dormait en disposition de se réveiller aisément et en position qui n’attendait que le plaisir. » ( l'autel de Rozette est fait de bois de myrte, un symbole de la déesse Vénus )

L’homme, également, fait du corps féminin et en particulier du sexe féminin à la fois le temple voué au culte de son propre sexe ( le dieu phallus) et la victime sacrifiée à ce culte.

« Le Dieu, suffisamment adoré, languissait après un autel. Il est si accommodant ! Ennemi du luxe, moins son temple a la vogue, plus sa niche est étroite, plus il y est mal à l’aise… plus alors il se croit honoré… C’est même pour cela que, souvent, abandonnant les vastes nefs, il a l’humble caprice de se confiner dans quelque obscure chapelle, dans quelque recoin de la sacristie. » Le Diable au corps de Nerciat

 

Notes :

Vivant Denon (1747-1825) est un graveur, écrivain, diplomate et administrateur français. Il est aussi connu comme égyptologue et ami de Bonaparte. "Point de lendemain" (1777) est l'histoire d'une femme qui trompe trois hommes : son mari, son amant, et un jeune homme qui tombe par malheur entre ses griffes, et ce pour que le mari ne découvre pas quel est son véritable amant. Histoire d'une d'initiation et de rêve restée sans lendemain. Ce récit est un petit chef-d’oeuvre de stratégies amoureuses et de pouvoir. Un récit non signé (seulement avec les initiales, M.D.G.O.D.R. pour Monsieur Denon, gentilhomme ordinaire du roi). Sans doute par pure discrétion d’un auteur qui n’a jamais caché que l’intrigue était authentique.

Louis Malle signe en 1958, avec Louise de Vilmorin, le scénario – les Amants - d’une adaptation libre de Point de lendemain.

 

Félida ou Mes fredaines (1775), est un roman de Nerciat , il concentre l'essence du romanesque libertin en un dosage subtil d'humour, d'évasion et d'élan passionnel.

C'est un vrai roman d'aventure, avec ses mystères, ses improbables coïncidences... Félicia est l'une des plus grandes courtisanes de la littérature du XVIIIe siècle.

Félicia n’hésite pas à poser tout clairement son opinion : « le parfait amour est une chimère. Il n’y a de réel que l’amitié, qui est de tous les temps, et le désir, qui est du moment ».

« C’était pour me procurer mille morts délicieuses qu’il ménageait avec art ce baume précieux qui donne la vie. Il en était quelquefois avare, jusque dans les moments où, ne supportant plus l’excessive ardeur de mes feux, je le priais de me prodiguer ce qui seul pouvait les éteindre ; je ne le trouvais disposé à mettre ainsi le comble à notre félicité que lorsque l’amortissement lui annonçait la fin prochaine de mes désirs ; alors l’ardeur des siens savait les faire renaître ; il me faisait goûter de nouveaux ravissements, dont j’aurais été privée, s’il eût partagé jusque-là tous mes plaisirs. Que les hommes aussi délicats sont rares ! »

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

 

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