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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 8/. -

Publié le par Perceval

Le Tableau, l'image, le miroir :

« C’est pour que, répétant les attitudes en mille sens divers, elles multiplient à l’infini les mêmes jouissances aux yeux de ceux qui les goûtent sur cette ottomane. Aucune des parties de l’un ou l’autre corps ne peut être cachée par ce moyen : il faut que tout soit en vue ; ce sont autant de groupes rassemblés autour de ceux que l’amour enchaîne, autant d’imitateurs de leurs plaisirs, autant de tableaux délicieux, dont leur lubricité s’enivre et qui servent bientôt à la compléter elle-même. » Madame de Saint-Ange sur le jeu de miroirs dans La Philosophie dans le boudoir de Sade

Ursule, la paysanne pervertie, installe ainsi dans son boudoir des tableaux qui « peignent la passion [qu’elle veut] exciter, dans toutes les attitudes, graduées avec art par [elle]-même ».

« Ah ! qu’un graveur eût été nécessaire ici, pour transmettre à la postérité ce voluptueux et divin tableau ; mais la luxure couronnant trop vite nos acteurs, n’eût peut-être pas donné à l’artiste le temps de les saisir. Il n’est pas aisé à l’art qui n’a point de mouvement, de réaliser une action dont le mouvement fait toute l’âme […] » Histoire de Juliette, Sade

« C’était un grand salon orné de douze tableaux dont le sujet était les douze strophes de l’Ode à Priape, et la strophe était écrite au bas de chaque tableau.

[…] Pour avoir une idée juste du genre de ces peintures, nous prions le lecteur de lire l’ode, ou de la repasser, car qui ne la sait pas par coeur ? et de se représenter la richesse de l’imagination, et la beauté des sujets. » Le Petit-fils d’Hercule

« […] nous répétions avec le chevalier, les tableaux, les attitudes que nous trouvions dans ces livres : nos plaisirs, variés sur ceux que les autres avaient peints dans ces ouvrages, nous les rendaient toujours nouveaux. » (…) Loin de condamner des livres si utiles à l’humanité, les gens mariés devraient en nourrir leur esprit ; l’imagination les seconderait mieux ; souvent l’indécence d’une peinture ouvre des valvules, qui ne seraient jamais ouvertes sans l’impression de l’image. » Dulaurens, dans L’Histoire de Babet

Le lecteur se trouve dans une position d’effraction, de voyeur-spectateur, redoublée par la gravure qui accompagne la scène décrite dans le texte.

La Femme au miroir :

Javotte ne s’occupe toute la journée « qu’à [se] regarder dans les glaces, à raccommoder les boucles dérangées et à étudier la position de tête qui pourrait le mieux faire [son] accommodage et [ses] charmes». Paul Baret (1728-1795 ; Mademoiselle Javotte, ouvrage moral écrit par elle même et publié par une de ses amies, 1758)

Laure se regarde elle aussi « avec une complaisance satisfaite, un contentement singulier » :

« Je paraissais d’une blancheur éblouissante, mes petits tétons, si jeunes encore, s’élevaient sur mon sein comme deux demi-boules parfaitement rondes, relevées de deux petits boutons d’une couleur de chair rose ; un duvet clair ombrageait une jolie motte grasse et rebondie qui, faiblement entrouverte, laissait apercevoir un bout de clitoris semblable à celui d’une langue entre deux lèvres ; il appelait le plaisir et la volupté. Une taille fine et bien prise, un pied mignon surmonté d’une jambe déliée et d’une cuisse arrondie, des fesses dont les pommettes étaient légèrement colorées, des épaules, un cou, une chute de reins charmante et la fraîcheur d’Hébé. »

« Plus je me croyais bien, plus ils me trouvaient telle » disait Laure…

La marquise du Diable au corps ne s’y trompe pas, dans un moment voluptueux qu’elle partage avec « le fortuné Belamour », lorsqu’elle « s’accoude tout uniment sur la table de toilette en face du miroir ». Se pouvant admirer, elle invite ainsi son amant à admirer à son tour « les rondeurs encore inconnues que cette nouvelle situation lui fait observer » : « […] il a le surcroît de joie de voir, dans la glace, la physionomie enchanteresse de sa Dame, où se peignent, avec la plus vive expression, toutes les différentes nuances de la volupté ; les trésors de la gorge sont encore doublés par la glace, qui lui montre tout ce qu’il ne touche point. »

Thémidore observe discrètement à travers une porte vitrée une jeune femme qui attend pour voir son père et lui demander quelque grâce. Elle ne sait pas qu’elle est regardée :

« C’était une femme de vingt-six à vingt-huit ans […] ; elle était dans le sopha étendue négligemment, et dans ces attitudes que l’on croit indifférentes, qui le sont rarement, et qui n’ont pas été inventées par la modestie. Elle se considérait dans les glaces, et répétait devant elle les grâces avec lesquelles elle devait se présenter devant mon père. »

La coquetterie est ainsi promesse, à l’image de ces hommes qui espèrent selon la définition donnée par Mangogul dans sa classification de la femme : « La coquette, celle dont le bijou est muet, ou n’en est point écouté ; mais qui fait espérer à tous les hommes qui l’approchent, que son bijou parlera un jour, et qu’elle pourra ne pas faire la sourde oreille ».

 

Notes :

Les deux tableaux ci-dessus sont de Jean Frédéric Schall, 1780 - 1820

Les Bijoux indiscrets est un roman libertin publié anonymement par Denis Diderot en 1748.

Cette allégorie, qui est la première œuvre romanesque de Diderot, dépeint Louis XV sous les traits du sultan Mangogul du Congo qui reçoit du génie Cucufa un anneau magique qui possède le pouvoir de faire parler les '' bijoux '' des femmes... !

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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