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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 7/. -

Publié le par Perceval

L'interdit : La pudeur

L'une des composantes du plaisir libertin est de passer outre les tabous...

« (…) franchir les limites de la décence et de la pudeur... » Les sérails de Paris (1802)

La femme doit être pudique...

La pudeur serait comme une « maladie inhérente au sexe féminin3 », « qu’en qualité de femme elle ne [peut] s’empêcher d’avoir...», « inhérente au sexe féminin » elle est aussi ce « qui prévient bien des désordres dans le monde » : Éléonore ou l’heureuse personne

« […] on doit toujours respecter la décence ; la volupté même, en se parant de son voile, en devient plus enivrante. Quoique d’une morale peu sévère, je n’ai jamais cessé de rendre hommage à cette vertu ; et lorsque je m’oubliais moi-même, je n’oubliais pas la pudeur. » Félicité de Choiseul-Meuse

« Je voudrais bien que vous me dissiez à quoi sert cette hypocrisie qui vous est commune à toutes, sages et libertines. Sont-ce les choses qui vous effarouchent ? Non ; car vous les savez. Sont-ce les mots ? en vérité, cela n’en vaut pas la peine. S’il est ridicule de rougir de l’action, ne l’est-il infiniment davantage de rougir de l’expression ? » Mangogul se plaint de l’hypocrisie de la pudeur de Mirzoza, dans les Bijoux indiscrets de Diderot

La femme serait-elle destinée ''par nature'' au libertinage ou à la pudeur... ?

« On n’exigera de toi rien de difficile. Je t’avais déchiffrée d’abord. Tu es née pour nos plaisirs. Tes bégueules de tantes, de chez lesquelles il a fallu tant de peine pour t’arracher, auraient, avec leur bigoterie et leur sotte pudeur, gâté le plus heureux naturel. Faire de toi une vestale, ou du moins l’obscure épouse de quelque malotru d’artisan ! c’était un beau projet, ma foi ! Laissons ces vertueux métiers aux laides, aux maussades ; mais une jolie femme, dans quel état que le sort l’ait fait naître, se doit aux voluptés. Toutes à tous, voilà quel doit être notre cri de guerre : c’est ma devise au moins. Je veux qu’elle soit aussi la tienne. Tu te trouves bien sans doute des douces habitudes que je t’ai fait contracter ? Quant à moi, je suis, par mon système, la plus heureuse des femmes. Nargue des préjugés, et donnons-nous en tant et plus. » Nerciat, Le Diable au corps

 

« Trois sortes de pudeur sont donc à distinguer dans le roman libertin : la pudeur réelle, la pudeur feinte ou hypocrite, mais aussi donc, la pudeur imposée à la femme par des conventions sociales qui sont extérieures à son tempérament naturel et qui la contraignent dans son être, toujours dans le refus de toute dichotomie chrétienne entre l’âme et le corps. » Morgane Guillemet

« Dans la foule des femmes auprès desquelles j’ai rempli jusqu’à ce jour le rôle et les fonctions d’amant, je n’en avais encore rencontré aucune qui n’eût, au moins, autant d’envie de se rendre que j’en avais de l’y déterminer ; je m’étais même accoutumé à appeler prudes celles qui ne faisaient que la moitié du chemin, par opposition à tant d’autres, dont la défense provocante ne couvre jamais qu’imparfaitement les premières avances qu’elles ont faites. » lettre CXXV de Valmont des Liaisons dangereuses.

Le couvent : l'un des lieux emblématiques du roman libertin :

« Il est peu de jeunes gens dont l’idée des faveurs d’une jeune et belle religieuse n’allume vivement les désirs. Tendresse, nouveauté, difficulté vaincue, mystère, sûreté, tout cela concourt à séduire en faveur des appas cloîtrés. » Nerciat

L'homme qui pénètre dans un couvent sera nécessairement l’objet de toutes les convoitises et des désirs insatiables des pensionnaires. « La représentation que se fait le roman libertin du couvent est en tout premier lieu celle d’un espace où la fureur érotique s’empare nécessairement du corps féminin.. » M. G.

« Toute jeune que j’étais, quand ma mère, après la mort de son quatrième mari, vint demeurer dans ce couvent en qualité de dame pensionnaire, je ne laissai pas d’être effrayée de la résolution qu’elle avait prise : sans pouvoir distinguer le motif de ma frayeur, je sentais qu’on allait me rendre malheureuse. L’âge, en me donnant des lumières, m’éclaira sur la cause de mon aversion pour le cloître. Je sentais qu’il me manquait quelque chose : la vue d’un homme. » Le Portier des Chartreux,

"Parvenue à ce degré de lumières, je me sentis agitée du désir le plus violent de voir dans un homme l’original d’une chose dont la copie (le godemiché) m’avait fait tant de plaisir. » Themidore, le roman de Godard d’Aucour, en 1744

La grille du couvent – qui s'oppose à la jouissance - représente les préjugés, les frustrations ...

« Depuis deux heures que j’étais près de ma chère amie, mon tempérament était devenu extrêmement violent : il était encore animé par l’obstacle. Celui de Rozette, qui se reposait depuis longtemps, était au moins égal au mien […] » Themidore

Verland, dans Le Portier des Chartreux, n’a que « le temps de passer la main au travers de la grille, de prendre les tétons [de Monique], de [les lui] manier...»

Thémidore, quant à lui, insiste sur les difficultés qui s’opposent d’abord pour embrasser sa maîtresse, ensuite pour toucher « au séjour de l’amusement », ce à quoi il parvient mais sans jamais pouvoir atteindre à la félicité....

Laure, dans le roman de Mirabeau : « Je te fis monter sur l’appui de la grille, tes mains posées sur mes épaules ;je te soutenais. Valfay releva ces habits noirs qui faisaient briller l’éclat et la blancheur de tes fesses charmantes ; il les maniait, les baisait, leur rendait l’hommage qui leur était dû. Ton petit conin, encadré dans un des carreaux de la grille, était un tableau vivant qui l’enchantait. Il lui donna cent baisers. Mais pressé de couronner son bonheur, il te le mit […] ». Le Rideau levé ou l'éducation de Laure

Notes :

Thémidore ou Mon histoire et celle de ma maîtresse (1745) , de Claude Godard d'Aucour (1716-1795), fermier général en 1754, receveur général des Finances à Alençon en 1785. Ce roman licencieux a fait mettre à la Bastille le libraire Mérigot, parce qu'on ne pouvait y mettre l'auteur lui-même.

Jeune conseiller au Parlement, le narrateur rencontre Rozette à l'occasion d'une partie fine. Il s'en éprend aussitôt. Passe chez elle le plus clair de son temps. Lui laisse l'initiative dans leurs débats amoureux. Averti de cette liaison scandaleuse, le père du conseiller fait enfermer Rozette au couvent de Sainte-Pélagie. Son amant devra déployer des trésors d'imagination pour qu'elle parvienne à s'en échapper.
Dans ce court roman publié en 1745, Godard d'Aucourt ne ménage ni les puissants ni la religion. Il excelle dans l'ironie, dans la périphrase suggestive. L'impertinence de son esprit et la vivacité de son style ont enchanté Maupassant, selon lequel «Thémidore est une merveille de grâce décolletée».

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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