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Le XVIIIe siècle : La femme et le libertin. - 2/. -

Publié le par Perceval

Ainsi avance l’idée de la « femme naturelle », et prend d’autant plus de sens dans un contexte idéologique qui fait de la femme l’être par excellence voué à la nature et à sa nature.

Laclos, lui, dans ses « essais sur les femmes », en 1783, va plus loin : l’esclavage de la femme n’est en rien naturel, ce sont la société et le manque d’éducation qui lui ont ravi les avantages accordés par la nature.

« Il ne veut point, ce philosophe ( ndt : il s'agit de Rousseau) , ainsi que ma mère, faire de moi ni une citoyenne, ni une Marchande, ni une femme attachée à des devoirs civils, ni une mère sensible à ses enfants, ni attachée à son état ; mais une fille, une femme naturelle, tel est l’ordre de la nature, et il n’y en a point d’autre. » HUERNE DE LA MOTHE, François-Charles, Histoire nouvelle de Margot des Pelotons, Genève, 1775, p. 6

La liberté sexuelle apparaît comme un état de nature – opposé à l’état social qui refuse cette liberté sexuelle à la femme - dans le discours que tient le père de Laure à la jeune fille :

« Elles tiennent de leur existence et de leur constitution le droit de choisir, et même de changer si elles se sont trompées. Eh ! qui ne se trompe pas ? Enfin, c’est ce droit né avec elles qui les rend plus inconstantes que les hommes, qui tiennent des lois générales d’être plus infidèles. S’il est en elles, par la constitution de leur sexe, un degré de volupté plus grand, un plaisir plus vif ou plus durable que le nôtre, qui les dédommage en quelque sorte des accidents et des peines auxquels elles sont soumises, quelle injustice de leur en faire un crime ! » MIRABEAU, Honoré-Gabriel Riqueti de, Le Rideau levé ou l’Éducation de Laure, Arles, 1785

Les personnages de libertins, à l’instar de l’abbé T*** à Thérèse, ne cessent de l’affirmer, les « besoins de tempérament [sont] aussi naturels que ceux de la faim et de la soif »

Est désigné, par le terme « tempérament », l'appétit sexuel .... « Je crois que la nature m’en a plus appris que les meilleurs maîtres. » Amélie de Saint-Far ou la Fatale erreur,

« Leur tempérament dépend-il d’elles ? De qui l’ont-elles reçu ? Leur imagination, plus aisément frappée et plus vivement affectée en raison de la délicatesse et de la sensibilité de leurs organes, leur curiosité excessive et ce tempérament animé leur présentent des images qui les émeuvent violemment, et qui les obligent de succomber d’autant plus aisément que le moment présent est, en général, ce qui les remue avec le plus d’énergie. » Le Rideau levé ou l’Éducation de Laure.

 

Le tempérament, présenté comme la cause de l’inconstance et de la liberté sexuelle de la femme, n’apparaît plus comme le seul apanage de la courtisane, mais fait de toute femme, au moins potentiellement, un être sensuel et voluptueux. Car « s’il est bien difficile à un homme de triompher de ses désirs, il l’est bien davantage à ce sexe que tout sollicite à suivre la nature et les plaisirs ». NOUGARET, Pierre-Jean-Baptiste, Lucette ou les Progrès du libertinage, Londres, Nourse, 1765 Mais seule la femme libre aura su développer ses facultés pour parvenir à l’état naturel : la femme naturelle est donc fondamentalement un être libre.

Mirabeau, avec Le Rideau levé ou l’Éducation de Laure, explique ainsi que la jeune fille doit soumettre l’évolution de son être à celle de son corps et donc de la nature – dans une conception de l’être féminin et de son corps entièrement soumis à la nature telle que l’entend le siècle.

« […] tes tétons naissants sont presque formés, tes membres s’arrondissent, ta motte se rebondit, elle est d’un incarnat admirable, et j’ai cru découvrir dans tes yeux que la nature veut qu’on te mette bientôt au rang des femmes. L’année dernière, au printemps, tu vis les préludes d’une éruption qui va s’établir tout à fait » .

« Ses soins généreux ou intéressés furent payés par des progrès étonnants. Ma beauté se développa de bonne heure, et bientôt mon esprit promit encore plus. Je devenais de jour en jour plus chère à Cynare : mes attraits naissants, loin de l’alarmer, lui paraissaient, dans le déclin des siens, une ressource utile, et elle n’épargna rien pour mon éducation ». Psaphion, la personnage principale du roman éponyme de Meusnier de Querlon en 1748

« J’avançais en âge et j’atteignis la fin de ma seizième année lorsque ma situation prit une face nouvelle : les formes commençaient à se décider ; mes tétons avaient acquis du volume, j’en admirais l’arrondissement journalier, j’en faisais voir tous les jours les progrès à Lucette et à mon papa, je les leur faisais baiser, je mettais leurs mains dessus et je leur faisais faire attention qu’ils les remplissaient déjà.. » Psaphion

« Telle j’étais à quatorze ans ; mais je touchais au moment où toutes les passions que je renfermais dans mon sein devaient éclore. Mon penchant à l’amour se trahissait de mille manières ; mes yeux étaient animés, souvent même remplis d’ivresse. Tout annonçait en moi ce que je devais être un jour » . CHOISEUL-MEUSE, Félicité de, Julie ou J’ai sauvé ma rose

« Nous ne cessions de nous toucher, de nous examiner ; nos cœurs purs comme le jour et nos mains innocentes ne trouvaient point déshonnêtes ces caresses naturelles. Semblables aux enfants des peuples policés, dont les préjugés n’ont pas encore altéré la tranquille candeur, on les voit entre eux jouer à la mère, se donner le fouet, parcourir avec émotion les lieux les plus secrets de leurs corps. Cet instinct, chez les enfants, est sans doute celui de la nature : c’était le nôtre. […] Une nuit, il s’approcha plus de moi, nous nous accouplâmes sans le savoir. » Félicité de Choiseul-Meuse

 

Il est à noter toutefois que le plus souvent – en dehors de quelques exceptions comme Le Rideau levé ou l’Éducation de Laure, de Félicia ou Mes fredaines, de Julie ou J’ai sauvé ma rose de Félicité de Choiseul-Meuse, et quelques autres encore – le corps féminin n’est guère décrit dans les romans libertins,

« Pourrai-je jamais t’exprimer la blancheur, le satiné de sa peau, cette gorge divine sur laquelle sont posés deux jolis boutons de rose, l’élégance, la souplesse de sa taille, le contour, la fermeté de deux fesses dont la partie supérieure forme la chute de reins la plus admirable, la rondeur de deux cuisses que jamais l’art ne pourra imiter ? Pourrai-je te peindre ce ventre lisse et poli sur lequel j’imprimai un million de baisers ?... Pourrai-je, surtout, te donner une idée de ce réduit admirable, le plus bel ouvrage de la nature, centre de tous nos plaisirs, lieu délicieux où l’amour a fixé son séjour ? Vit-on jamais une motte mieux relevée et garnie d’une plus jolie mousse ? » ... ANONYME, La Messaline française, à Tribalis, de l’Imprimerie de Priape, 1789

Le regard masculin se dirige ainsi du haut vers le bas, commençant par la « gorge », laissant de côté le visage, et terminant par le « réduit des plaisirs », centre et but de toutes les attentions, de tous les désirs et de tous les fantasmes masculins. Car il ne s’agit pas tant de décrire le corps féminin – le choix de la formulation interrogative est révélateur – que de montrer le désir qui anime le regard masculin.

A suivre …

Sources : De la représentation au mythe : l'ambiguïtée féminine dans le roman libertin du XVIIIe siècle par Morgane Guillemet

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