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Le Cantique des Cantiques -1/2-

Publié le par Perceval

Elle et Lui « amoureux de l’absence de l’autre –, aucune incertitude ne pèse sur l’existence de celui qui est aimé et qui aime. « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! ». Cette conjonction entre la certitude et l’attente à l’égard de l’Aimé ne définit-elle pas notre imaginaire amoureux, mais aussi religieux ? » Julia Kristeva

Elle :
«
Il me baisera des baisers de sa bouche ;

oui, tes étreintes sont meilleures que le vin. » (1,2)

« Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe ;

il nuite entre mes seins. » (1, 13)

« Qu'elles sont belles tes étreintes, ma sœur, ma fiancée ;

qu'elles sont bonnes tes étreintes, plus que le vin ! » (4, 10)

« De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée ! » (4, 11)


Lui :
«
Mangez, compagnons, buvez, enivrez-vous d'étreintes ! » (5, 1)


Elle :
«
Ses joues (...) sont des tours d'épices ; ses lèvres, des lotus, (...)

Ses mains, des sphères d'or (...) ; son ventre, un bloc d'ivoire (...)

Ses jarrets, des colonnes d'albâtre (...)

Son sein est douceur, son tout désirable. » (5, 13-16)


Lui :
«
Le galbe de tes cuisses, tels des joyaux, est oeuvre de main d'artiste.

Ton ombilic, cratère de lune, ne manque pas de brandevin.

Ton ventre, une meule de blé (...)

Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux d'une gazelle. » (7,2-4)

« Ceci, ta taille ressemble au palmier, et tes seins à des pampres. » (7, 8)

Elle :
«
Là, je te donnerai mes étreintes. » (7, 13)

« Initie-moi. » (8, 2)

« Va, mon amant, sortons au champ, nuitons dans les villages ! » (7, 12)

« Oui, l'amour est inexorable comme la mort,

l'ardeur, dure comme le Shéol.

Ses fulgurations sont fulgurations de feu, flammes de Yah. » (8, 6)

Il s'agit d'un long poème biblique, qui trace un récit des amours de deux êtres humains, qui se cherchent et se répondent l'un à l'autre. L'amour qui semble les unir est empli d'images fortes en sensualité et en érotisme.

Au regard des exégètes juifs et chrétiens, il s'agit d'une allégorie des relations entre Yahvé et Israël ou entre le Christ et l'Eglise.

Il s'agit d'un dialogue entre l'époux et l'épouse : un chant nuptial... La Bible elle-même indique l'intervention d'un chœur à l'antique, mais ce découpage est arbitraire, car à l'origine il n'existe pas de parties différentes clairement dissociées, ni de distinction réelle entre les personnages.

Il ne s'agit pas d'un drame antique : les actions ne sont pas jouées, mais racontées, comme on peut le voir en I, 4 : "Le Roi m'a introduite dans ses appartements", ou encore en V, 1 "J'entre dans mon jardin". C'est un drame fait pour être lu, non pour être joué.

Le poème met en scène plusieurs personnages ou groupes : La Sulamite, celle que la Bible nomme le plus souvent "l'Epouse" ou "la Bien-Aimée", le berger, le roi Salomon, les frères de la Sulamite, les femmes du harem, le chœur, les jeunes filles de Jérusalem et quelques autres de moindre importance.

La Sulamite est l'amante séparée de son amant par Salomon, qui l'a faite prisonnière dans son harem. La jeune femme va alors laisser libre cours à sa rêverie, songeant à son amant qui vient la retrouver, malgré Salomon. Cette distinction entre l'amant et Salomon peut se fonder en VIII, 11-12, où l'amante (ou l'amant) prononce ces paroles "Salomon avait une vigne […] Ma vigne à moi, je l'ai sous mes yeux" : ces images portent toute la symbolique du vin, source de vie, de plaisir, l'amant en opposition à Salomon. Dès lors, Salomon est celui qui permet malgré lui l'exaltation de cet amour momentanément contrarié.

Illustrations de Eric Gill (1882-1940), britannique, et graphiste, dessinateur et sculpteur,

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