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Marguerite de Valois – 13/- Reine d’Usson

Publié le par Perceval

Marguerite de Valois – 13/- Reine d’Usson
Marguerite de Valois – 13/- Reine d’Usson

N’ayant plus qu’une partie de son escorte, Marguerite se dirige vers Carlat, qui lui est hostile. Harcelée de toutes parts, elle tente de lever des troupes en Gascogne. Délaissée par Henri III et par Henri de Navarre, elle se tourne vers sa mère qui lui offre un asile dans le château à Ybois, près d’Issoire, à l’automne 1586.

Parmi sa suite, Gabriel d'Aubiac dit le Bel Athis, son amant, l’accompagne. Mais ce refuge est un piège tendu par sa mère et son frère le roi Henri III. Les amants sont arrêtés. Aubiac est retenu au château de Saint-Cirgues, Marguerite à Saint-Amant-Tallende.

Elle est dans un premier temps prisonnière, mais rapidement la situation va se retourner. Le Gouverneur d’Usson, le marquis de Canillac, Vicomte de Pont-du-Château, tombe vite sous son charme. Lui promettant son cœur, sa maison à Pairs ainsi que 2000 livres de rente d’une terre près de Senlis, Marguerite expédie le marquis à Paris en janvier 1587, muni de documents pour qu’il récupère les biens promis. Quand ce dernier arrive, il se rend compte qu’il a été précédé par un coursier détenteur d’une lettre de Marguerite, laquelle annonce qu’elle annule tout ! Sur place, Marguerite fait désarmer la garnison et la remplace par des hommes à elle. Alors elle devient la reine d’une petite cour qu’elle reconstitue dans ce château d’Usson qu’elle quitte peu. Nous sommes pendant les guerres de religion et dans la plaine, les batailles font régulièrement rage.

Les temps sont durs puisqu’elle apprend l’exécution d’Aubiac. Sa propre vie ne vaut pas cher : sa mère, Catherine de Médicis, intrigue pour que son mari, Henri de Navarre, se convertisse au catholicisme, et se remarie avec une femme susceptible de lui donner un héritier. Comme Henri de son côté nourrit une violente passion pour sa maîtresse et souhaite l’épouser, le décès de Marguerite arrangerait tout le monde. Justement, on la dit malade…

Comme elle ne meurt pas, on songe pour elle au couvent. Son frère, le roi Henri III, a toutefois des scrupules. Mais bientôt les circonstances sont plus favorables pour Marguerite et des retours de fortune lui permettent de s’entourer d’intellectuels et d’artistes car elle s’intéresse aux idées et aux arts. Elle-même chante en s’accompagnant au luth.

Maître dans son château, elle organise la résistance au pouvoir royal, Usson étant devenu le quartier général des chefs ligueurs. Elle entreprend la rédaction de ses Mémoires, qu’elle dédie à Brantôme et rencontre Saint Vidal (chef du Velay), le comte de Randan (commandant de l’Auvergne), Urfé (l’auteur célèbre de l’Astrée).

Au début de l’année 1589, Catherine de Médicis meurt, déshéritant sa fille. Pendant l’été, Henri III est assassiné.

Marguerite serait l’héritière du trône si la loi salique ne lui interdisait d’y accéder. Son plus jeune frère, le duc François d’Alençon, ayant trouvé la mort quelques années plus tôt, la lignée des Valois est désormais éteinte. Une nouvelle dynastie, descendante elle aussi des Capétiens va naître, la dynastie des Bourbons et c’est son mari qui devient roi de France sous le nom d’Henri IV.

Navarre lui demande l’annulation de leur mariage. Marguerite y consent, si elle conserve tous les avantages acquis ainsi que de l’argent pour payer ses dettes. Les tractations durent plus de 5 ans. En échange de son aide lors du procès contre Henriette d’Entragues, elle demande sa part d’héritage et la dédie au dauphin Louis. Gabrielle disparaissant, Marguerite se manifeste le 21 octobre 1599, prête à tout pour faciliter et accélérer la dissolution du mariage, n’ayant qu’un but : quitter Usson.

Tout va très vite : le 10 novembre le mariage est déclaré nul, elle conserve son titre de reine et de duchesse de Valois, ses domaines et reçoit 200 000 écus payables en 4 ans. Henri IV et Marie de Médicis se marient en décembre 1600 et le 27 septembre 1601, Louis XIII naît.

Marguerite a cinquante ans : c’est une femme énorme. Le bruit court que son âge n’a rien terni de son tempérament : elle continue de se farder, de se friser, de se pommader, de séduire et elle arbore des décolletés à faire rougir une honnête femme. Elle n’a pas renoncé à séduire. Elle ne peut se passer d’hommages masculins. Restent les favoris. Ce sont des garçons de petite ou moyenne noblesse, jeunes et sans fortune, qui occupent dans sa maison des emplois intermédiaires comme maître de musique ou secrétaire. Elle les forme, elle les pousse, les marie. Elle ne cherche pas à dissimuler la tendresse qu’elle leur porte.

La Cour accepte la vieille dame telle qu’elle est, avec ses favoris, son fou et ses pauvres, sa coquetterie, et ses excentricités. Elle mène un train presque royal. Elle a été reine de Navarre, elle a failli être reine de France. Elle n’est plus reine de nulle part. Elle est « la reine Marguerite » et occupe à la Cour une place sans équivalent : elle est libre, indépendante, et dirige sa vie comme elle l’entend. Car elle règne sur les lettres et les arts et sa maison, face à la cour du Louvre, devient le rendez-vous des esprits cultivés. Elle va y vivre dix ans encore, coquette et obèse, dans un mélange de débauche et de piété.

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