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Le jeu d'échecs avec dames. -3/4-

Publié le par Perceval

Le jeu d'échecs avec dames. -3/4-

Les Échecs (Eschez) amoureux, d’Evrart de Conty

Les Eschez amoureux d’Evrart de Conty, médecin du futur Charles V, paru en 1370, poème allégorique réécriture du Roman de la Rose. Recueil de préceptes à l’usage d’un futur prince, l’ouvrage se termine sur l’apprentissage de la science subtile de l’amour allégorisée et moralisée au travers d’une partie d’Échecs. Le jeune prince, mis en scène, au terme de sa quête, rencontre une damoiselle et l’affronte devant un échiquier symbolique. À chacun des adversaires sont allouées des pièces représentant les qualités l’amour courtois.

La forme carrée de l’échiquier signifie l’égalité, la justice et la loyauté qui doivent résider dans l’amour. Chaque case du plateau porte le nom d’une vertu (Noblesse, Pitié, Jeunesse, Beauté), d’une qualité (Doux regard, Bel accueil, Beau maintien) ou d’un vice (Honte, Fausseté). Une jeune fille s’oppose à un jeune homme : le jeu d’échecs est aussi un théâtre amoureux où tester les pouvoirs réciproques des deux sexes et les capacités de séduction d’autrui. Le texte en prose des Échecs amoureux développe particulièrement les passages mythologiques. Le jeu d’échecs, censé servir de point de départ et de prétexte à une description éthique du monde, passe quelque peu au second plan. L’idée forte néanmoins demeure, qui fait des échecs un microcosme où se lit l’ordre et le destin de la société. Déjà présente dans la culture perse et arabe des VIIIe et IXe siècles, cette idée a connu en Occident, jusqu’à l’époque moderne, une vogue considérable. BnF

Plus subtilement, les jeux servent aussi de métaphore aux rituels de l'amour, comme sur ce vitrail, où sont représentées les premières étapes de la conquête amoureuse. Il s'agirait d'Édouard II de Beaujeu et de la fille de Guyonnet de La Bessée, d'une grande famille de Villefranche. Édouard déplace une pièce qui semble être une dame, déplacement qui lui donnerait la victoire - la main droite de la jeune femme semble exprimer du dépit. En même temps, la main gauche de Mlle de La Bessée laisse supposer que la victoire du sire ne se limitera pas à l'échiquier.
De nombreuses légendes reposent sur cet épisode, en particulier l'enlèvement de la jeune femme par Édouard et le juste châtiment de ce dernier, obligé de céder sa seigneurie au duc de Bourbon en 1400. Si les échecs permettent d'arriver à "dame nouvelle", pour parler comme Charles d'Orléans, les jeux de dés renvoient à une image moins civilisée, celle du hasard, de l'amour aveugle, marqué par l'instabilité, les rebondissements et. les tricheries.

 

Lucas Van Leyden reprend la tradition médiévale qui opposait une femme à un homme. La femme s'apprête à jouer un coup qui lui fera perdre la partie car elle n'a pas vu que son roi est en prise.

Est-ce la raison pour laquelle son adversaire, l’œil plissé et esquivant un mauvais sourire, feint de ne pas voir l’échiquier et de ne pas prêtre attention au piètres conseils qu'elle reçoit ?

Est-ce pour cette raison qu'un autre signale d'un mouvement de la main qui indique le danger, qu'une erreur va être commise, tandis que celui qui l'écoute prend le masque de qui détient un lourd secret à ne pas révéler, pour laisser la femme succomber aux desseins masculins. Et cette dame de religion, derrière, n'est-elle pas là pour bénir une telle reddition ?

Et ce conseil, dès lors, est-il seulement maladroit ou n'est-il pas plutôt un piège tendu pour faire perdre à la belle la partie dont elle serait l'enjeu ?

Ainsi que l'a révélé Denis de Rougemont dans l'Amour et l'Occident, la grande période de l'amour courtois coïncide avec la transformation des échecs et le développement du rôle de la Reine qui devient, dans le jeu, la pièce maîtresse.

C'est aux échecs que jouent, agrippés au mât du navire qui les emmène, Tristan et Yseult, thème repris aussi bien sur le dos de miroir en ivoire conservé au Louvre que dans un manuscrit enluminé que déteint la BNF.

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