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L'Amour et le XIXe siècle -3/3-

Publié le par Perceval

Les illustrations - des 'curiosa' relégués à l'Enfer - d'Achille Devéria (1800-1857),

Les illustrations - des 'curiosa' relégués à l'Enfer - d'Achille Devéria (1800-1857),

Chez les hommes, on affirme sa sexualité. Et, il est intarissable! Dans les romans, les obscénités sont codées, et la littérature chansonnière est obsédée par l'organe viril. L'imaginaire masculin se nourrit des stéréotypes de l'amour vénal de l'Antiquité. Le vieux fond libertin travaille les hommes du XIXe: ils ont lu Sade. Une fois mariés, ils ont la nostalgie de leurs aventures avec les cousettes. Les maisons closes de quartier sont là pour soulager les maris frustrés, qui rentrent ensuite sagement à la maison. C'est la sexualité utilitaire.

Vers 1860, L'époque est à l'enrichissement, à l'urbanisation. Les bourgeois souffrent de cette morale qui les enferme. Le code romantique commence à se dégrader. On n'y croit plus. Il suffit de lire la correspondance de Flaubert. Finis l'angélisme et les femmes diaphanes! Le sentiment amoureux se dévalorise. 

Madame Bovary, c'est une dérision de l'adultère, une remise en question de l'imaginaire romantique. La femme n'est plus un ange. Elle fait peur. Après la Commune, on craint que l'animalité du peuple ne prenne le dessus. C'est le vice que décrit Zola dans Nana. Pensez aux Rougon-Macquart, mais aussi à l'oeuvre des frères Goncourt, ouvrages dans lesquels la femme est un être désaxé dont le portrait traduit l'anxiété biologique. On a peur aussi des grands fléaux vénériens. L'amour comporte des risques. Il devient tragique.

Le divorce, adopté en 1792 par les révolutionnaires puis supprimé en 1816, est rétabli en 1884. Les femmes le réclament par milliers. Mais l'adultère est le grand thème du moment.

L'adultère du mari ne peut guère être poursuivi; celui de l'épouse est toujours un délit, punissable en théorie jusqu'à deux ans de prison. Mais est-il aussi répandu? Sa mise en scène dans les romans et le théâtre n'est-elle pas encore une forme d'exorcisme? En même temps, les femmes ont une mobilité plus grande. La concentration urbaine, l'éclairage au gaz modifient les comportements; la vie nocturne s'intensifie, dans les bals, les spectacles, l'opérette. Se développe alors une pratique inédite entre jeunes gens: le flirt, qui emprunte à l'ancien code romantique et concilie la virginité, la pudeur et le désir...

A la fin du XIXe siècle se dessine un nouveau type de couple, plus uni: une femme plus avertie, un homme plus soucieux de sa partenaire. La contraception se développe (avec le coït interrompu, notamment). L'égoïsme masculin perd de sa superbe. Une sexualité plus sensuelle se dessine à la place de l'ancienne sexualité génitale et rapide vouée à la procréation. Entre époux, on s'appelle «chéri(e)». Certains romans pour jeunes femmes n'hésitent plus à esquisser un érotisme voilé.

Le roman de mœurs met en scène des bourgeois et des nobles débauchés, tandis que leurs femmes, livrées à elles-mêmes, seules et mal aimées succombent à leur tour à la tentation. Il n’est alors question que de femmes adultères, de jeunes filles à l’honneur perdu ou de mères coupables.

Hommes et femmes s’affrontent dans un univers où la femme est la proie et l’homme le chasseur. Le schéma en reste à la femme chrétienne, modèle de courage et de soumission, délaissée ou trahie par un homme soumis aux appétits de la chair et jouet de femmes perverses aux mœurs douteuses.

 

 Le roman populaire à sensation fait la part belle aux femmes qui font « naître le mystère, l’épaississent puis contribuent à le dévoiler". Elles sont souvent courageuses et ont du caractère . Elles ne sont pas dénuées d’une certaine perversité parfois pour parvenir à leurs fins.

Le XIXème est somme toute une période fascinante parce qu'il conduit le passage entre l’ancien monde et la modernité. Joséphine de Beauharnais et Germaine de Staël sont des femmes de l’Ancien Régime jetées dans la Révolution puis le monde neuf qui en est né. Charlotte Brontë est représentative du milieu du siècle, héritier du romantisme. Ce romantisme est alors vécu intellectuellement par les femmes, à travers la littérature et la représentation qu’elles ont d’elles-mêmes; la créature vierge et précieuse que l’homme doit conquérir tel un preux chevalier.

Dans leur vie réelle, après la trop brève parenthèse de liberté que furent les Lumières et le début de la Révolution, les femmes voient la chape de plomb du puritanisme religieux et social leur retomber sur les épaules dès le milieu du siècle...

Sources :En particulier : Juliette Goudot ( journaliste 'Le moustique') ; Dominique Simonnet, écrivain et journaliste, avec Alain Corbin ; 

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