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L'Amour et le XIXe siècle -2/3-

Publié le par Perceval

1860 - Soirée dans les salons de Paris
1860 - Soirée dans les salons de Paris

1860 - Soirée dans les salons de Paris

La multiplication des préceptes médicaux viennent normer le discours sur la sexualité conjugale.

Le cours d’"hygiène sexuelle" du docteur Montalban prévient que le sperme doit être économisé comme un précieux liquide de vie, "la perte de 30 grammes de cette substance équivalant à celle de 1.200 grammes de sang". A trop vouloir foutre, l’homme se dévitalise, tandis que la femme, elle, risque de "s’énerver" ou d’être "prise d’hémorragie effrayante". Les médecins hygiénistes du XIXe siècle la diagnostiquent volontiers comme une insatiable jouisseuse en puissance.

A l’époux donc de ne pas susciter ce désir féminin trop voluptueux. Les médecins recommandent deux ou trois coïts par semaine au jeune époux. Un toutes les trois semaines suffira au quinquagénaire. Ceinture aux messieurs trop âgés. Quelques minutes de coït rapide et vigoureux doivent suffire à procréer, en position 'recommandée' du missionnaire. Pour le docteur Montalban, c’est également la position qui procurera le plus de jouissance, "les points de contact multipliés procurant les sensations les plus agréables" et si la femme s’excite trop, il sera bon de la coucher sur le côté. Tout semble se liguer contre l’orgasme féminin. Les "postures illégitimes" sont bien sûr à proscrire. Tout comme l’onanisme - le péché ultime étant "l’onanisme conjugal" (ou la masturbation réciproque) qui peut conduire à la damnation des fidèles, dans un siècle empreint de morale chrétienne.

On ne doit batifoler que dans la chambre à coucher. Les miroirs doivent en être bannis, et on doit procréer dans l’obscurité. Le plus souvent, les partenaires gardent la chemise.

Si les paysannes batifolent parfois en plein jour dans la paille, à la maison, "Madame" se doit de souffler la bougie ou la lampe à pétrole avant de rejoindre Monsieur au lit. L’apparition de l’électricité et sa popularisation à la fin du XIXe siècle ne seront pas étrangères à une certaine érotisation des habitudes nocturnes entre époux.

Si le couple conjugal, socle du corps social bourgeois que promeut le siècle, semble réglementé par la pudeur, le plaisir lui, doit s’en exclure. Et se trouver ailleurs. Au bordel, sur les boulevards, ou chez la voisine.

Les médecins dénoncent les conduites déviantes, la femme hystérique, l'homosexualité, la sexualité juvénile, toutes ces aberrations de l' «instinct génésique». La masturbation suscite leur effroi. Elle conduit, disent-ils, à un lent dépérissement. Le plaisir solitaire de la femme, c'est du vice à l'état pur. Jusqu'alors, on pensait que le plaisir féminin était lié aux nécessités de la reproduction. Soudain, en découvrant les mécanismes de l'ovulation, on réalise que ce n'est pas le cas. Il semble donc superflu, inutile, comme le clitoris.

Ce XIXe siècle, ne peut inciter qu'à la transgression...

Cette ''inquiétante étrangeté'' qu'est le sexe, devient manifeste... Le tabou prend la lumière des alcôves...

« Cette transgression des interdits, cette mise en relief des valeurs que l'on ne veut pas voir, est tout le suc du fantastique. C'est aussi la raison pour laquelle le fantastique est souvent une réflexion approfondie - car à vivre dans la chair - sur le Mal. Souffrance, folie, échec, transgression : ceci est un beau contre-courant à l'optimisme des Lumières, et c'est la raison pour laquelle le fantastique était tellement présent dans le XIXe littéraire français. »

Nombreux sont les écrivains qui aiment cultiver les expressions de la peur et de l’inconnu pour répliquer aux « certitudes » rationnelles et scientifiques de leur époque et renouer avec l’irrésistible plaisir associé à la transgression des lois de la Raison. Le goût de l’étrange et du surnaturel, inséparable de l’évocation d’un « ailleurs »

C’est aussi au XIXe siècle qu’apparaissent la psychiatrie et la psychanalyse, deux disciplines ayant pour objet l’étude et le traitement de la maladie mentale. Avant la naissance de leur clinique, on aimait se représenter l’homme comme un être cohérent, rationnel et maître de sa personne ; après elle, on sait celui-ci divisé, fuyant et habité par des forces inconnues. Le fantastique, véritable miroir de son époque, traduira bien les angoisses associées à cette nouvelle image de l’être humain. Il soulèvera, entre autres, la question qui nous concerne tous : « La normalité existe-t-elle réellement ? »

Sources :En particulier : - Juliette Goudot ( journaliste 'Le moustique') ; - Dominique Simonnet, écrivain et journaliste, avec Alain Corbin ;

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