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L'Amour et le XIXe siècle -1/3-

Publié le par Perceval

Après la révolution, le XIXe s. s'ouvre avec un souffle romantique : « Hâtons-nous, jouissons!» déclame Lamartine ; et se termine sous la loi des médecins 'hygiénistes' et des prêtres 'confesseurs'.. !

Après le libertinage, le XIXe marque le retour du sentiment amoureux. Toute la littérature du siècle - l’âge d’or du roman - en témoigne: Lamartine, Hugo, Musset, Stendhal, les sœurs Brontë…, les grands romans dépeignent des amours romantiques et contrariées. "C’est la cristallisation" comme dit Stendhal, décrivant Julien Sorel succombant à Madame de Rênal dans Le Rouge et le Noir, ou Balzac inventant comment tomber amoureux d’une femme de dos avec Le lys dans la vallée.

Le romantisme domine l’imaginaire amoureux du premier XIXe siècle. Et préfère la sublimation à la consommation sexuelle… Souffrir par amour devient une étape nécessaire de l’éducation sentimentale des amoureux. Il semble même que le ce siècle romanesque commence à faire vaciller les grandes stratégies matrimoniales. C’est-à-dire à faire peu à peu entrer l’amour dans le mariage.

Le XIXe s. répond à l’égalité des sexes défendue par les lumières par la misogynie, ou la transgression...

Pour le 'bourgeois', après 1848, la femme est faite pour la procréation, et l’élevage des enfants.

La femme est le fondement de la famille et le point d’attache qui permet aux hommes de se positionner dans la société.

 

Mais, le XIXe s. est un siècle hypocrite qui réprime le sexe mais en est obsédé. Traque la nudité mais regarde par les trous de serrure. Corsète le couple conjugal mais promeut les maisons de plaisir. A ce moment là, la transgression bouscule le jeu amoureux...

On ne vit pas, et on ne dit pas, la sexualité de la même manière selon que l'on est homme ou femme.

- Côté féminin, l'imaginaire est centré sur la pudeur: une jeune fille de bonne famille ne se regarde pas dans le miroir, ni même dans l'eau de sa baignoire; on prescrit des poudres qui troublent l'eau pour éviter les reflets (en revanche, les miroirs tapissent les murs des bordels). Les femmes connaissent mal leur propre corps, on leur interdit même d'entrer dans les musées d'anatomie. Le corps est caché, corseté, protégé par des noeuds, agrafes, boutons (d'où un érotisme diffus, qui se fixe sur la taille, la poitrine, le cuir des bottines).

- Côté masculin, ce sont des rituels vénaux et une double morale permanente: le même jeune homme qui identifie la jeune fille à la pureté et fait sa cour selon le rituel classique connaît des expériences sexuelles multiples avec des prostituées, des cousettes (les ouvrières à l'aiguille dans les grandes villes) ou une grisette, jeune fille facile et fraîche qu'on abandonnera pour épouser l'héritière de bonne famille. 

 

Comme le raconte Balzac dans Une double famille, il n'est pas rare de conserver, après le mariage, une «fille» entretenue.

La nudité complète entre époux sera proscrite jusque vers 1900 (la nudité, c'est pour le bordel !). 

On fait l'amour dans l'ombre, rapidement, dans la position du missionnaire, comme le recommandent les médecins, sans trop se soucier du plaisir de sa partenaire. 

Les femmes avouent-elles leur plaisir, surmontent-elles le mépris ou le dégoût que peut leur inspirer leur partenaire? Elles n'en parlent jamais dans leurs journaux intimes ou leurs correspondances avant les années 1860.

 

Dans les campagnes, on vit ses amours avec un peu plus de liberté.
La campagne, c'est un autre monde. Comme Jacques Solé l'a montré pour le XVIIIe siècle, on pratique une sexualité d'attente, on se déniaise dans les foins, on ferme parfois les yeux quand un cadet viole les petites bergères.

On se touche, on «fait l'amour», c'est-à-dire on se courtise. La fille abandonne au garçon le «haut du sac» ou elle se laisse «bouchonner». Dans certaines régions, on pratique le «mignotage» ou, en Vendée, le «maraîchinage», forme de masturbation réciproque. Dans les bals, les filles se laissent caresser sans que cela porte à conséquence. Curieusement, le baiser profond reste un tabou. De leur côté, les bourgeois rêvent de ces amours simples et libres. Mais ils en ont peur.

 

Sources :En particulier : Juliette Goudot ( journaliste 'Le moustique') ; Dominique Simonnet, écrivain et journaliste, avec Alain Corbin..

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