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Le jeu d'échecs avec dames. -1/4-

Publié le par Perceval

Le jeu d'échecs est né en Orient, probablement en Inde, avant la Chine.

Le livre des rois de Ferdowsi raconte qu'un rajah indien envoie un jeu d'échecs au grand roi persan Chosroès 1er ( VI e siècle) sans lui en dire les règles, le mettant au défi de les deviner à la seule vue des pièces.

La première référence écrite - on la doit à As-Suli - sur le jeu de Shatranj l’ancêtre des Échecs, remonte à l’an 600. On y lit une jolie histoire. Murwardi, un très auguste, mais quelque peu flambeur souverain, avait perdu toute sa fortune dans de précédentes parties contre un prince étranger. Il ne lui restait comme toute dernière possession que son épouse favorite, la divine Dilaram « confort de son cœur et de son âme ». Mais le démon du jeu et le désespoir le pousse une ultime fois devant l’échiquier dans l’espoir d’une fortune meilleure et la belle Dilaram est l’enjeu de cette partie de la dernière chance.  Flambeur, mais guère bon joueur, voilà notre prince de nouveau en difficulté et sur le point de perdre la partie. La belle, peu confiante dans les talents chatrengiques de son noble époux, épie cachée derrière le purdha, le rideau qui sépare l’espace persan entre les hommes et les femmes. Le pauvre roitelet tout penaud s’en va dire à sa belle qu’elle s’apprête à faire ses valises, sa position est perdue et il s’en revient à l’échiquier pour le coup de grâce !

Heureusement, Dilaram instruite des secrets du jeu derrière son écran chanta :

— Shaha do rukh bidayh, Dilaram ra madayh, peel-o-piyadah paysh kun -o- asp kisht maat

Ce qui signifie: « Noble seigneur, sacrifie tes Tours et non point Dilaram ! Avance ton Éléphant (le Fou persan) et ton pion et vaincs avec ton Cavalier ! » Le Roi suit les conseils de son astucieuse épouse et gagne !

Le jeu arrive en occident en passant par la Perse et le monde arabe. Comme en témoigne le Livre d'Alphonse X, qui représente des parties d'échecs fort amicales entre chrétiens et musulmans, c'est par l'Espagne que le jeu se popularise en Occident.

 

C'est à cette époque que le jeu d'échecs se féminise ( en orient aussi …). La pièce qui se tient aux côtés du roi était le vizir et elle porte encore ce nom en arabe : elle devient la reine... Pourquoi ? Peut-être par le désir du roi, de s'offrir, ou plutôt de jouer, de gagner ... la compagnie d'une femme ; consacrant définitivement l'élément féminin du jeu...

 

Dans son livre Birth of the Chess Queen, Marilyn Yalom, universitaire américaine signale que l’an mille voit le surgissement politique de femmes tel que Adélaïde de Bourgogne ou Theophano Skleraina ( princesse byzantine du Xe s.) . La promotion de la femme et le rôle politique de plus en plus grand de la reine au sein du couple royal ne pouvaient qu’entraîner cette mutation. 

 

Les femmes byzantines et musulmanes, de milieux sociaux très divers, jouaient aux échecs. Il est dit que Ali ibn Husayn, un arrière-petit-fils du prophète Mahomet, jouait avec son épouse et que le Caliphe Ma’mûn dépensa une fortune de deux mille dinars pour s’offrir une jolie esclave instruite dans le Jeu des Rois. La littérature islamique de cette époque fourmille d’historiettes opposant un homme et une coquette, en prélude à d’autres combats, s’affrontant sur l’échiquier. Dans l’une d’elles la belle Zayn al Maswâsif invite son soupirant à une partie sur un échiquier d’ébène et d’ivoire incrusté de rubis. Le pauvre amoureux, qui n’a d’yeux que pour son aimée, se déconcentre et perd rapidement, sans doute presser de passer à de plus doux assauts.

Et cet extrait des Mille et une Nuits : « Ce prince, s’étant fait apporter un jeu d’Échecs, me demanda par signe si j’y savais jouer et si je voulais jouer avec lui. Je baisai la terre et, en portant la main sur ma tête, je marquai que j’étais prêt à recevoir cet honneur. Il me gagna la première partie ; mais je gagnai la seconde et la troisième, et m’apercevant que cela lui faisait quelque peine, pour le consoler, je fis un quatrain que je lui présentai. Je lui disais que deux puissantes armées s’étaient battues tout le jour avec beaucoup d’ardeur ; mais qu’elles avaient fait la paix sur le soir, et qu’elles avaient passé la nuit ensemble fort tranquillement sur le champ de bataille. »

Dans un autre conte des Mille et une Nuits, la jolie (comme il se doit) princesse chrétienne Abrîza et ses non moins charmantes demoiselles de compagnie se livrent à un divertissement pourtant peu féminin : la lutte. Le prince (charmant comme il se doit) épie ces joutes gracieuses. Notre gaillard (on le comprend) se révèle aux donzelles et défie Abrîza en un combat à mains nues. Bien que très vaillant notre prince se trouble au contact de ce corps adorable et se fait rosser par la belle lutteuse. La princesse lui offre l’hospitalité. La nuit suivante Abrîza le défie à un combat moins brutal, une partie d’Échecs. Mais là encore, le prince est charmé par le visage exquis de la jeune fille et amoureux, il perd à nouveau, mais gagne (comme il se doit) le cœur de la ravissante chrétienne qui se convertit derechef à l’islam pour suivre son beau prince.

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