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Brigitte Lustenberger

Publié le par Perceval

Brigitte Lustenberger (1969, CH) a étudié l’histoire de la photographie à l’Université de Zurich.


Ses photographies se présentent en effet comme des mises en scène puisque leurs protagonistes sont appréhendés tels des personnages, selon une approche théâtrale. Elle les dirige avec soin à la manière d’un réalisateur de cinéma, en travaillant avec eux sur leurs gestes et leurs expressions faciales

Dans l’univers de Brigitte Lustenberger, tout est recherche du dépouillement pour mieux se focaliser sur les visages.

Elle sait combien ce genre photographique est par essence un mélange de connivence et de cruauté, destiné à obtenir en un temps succinct l’expression la plus juste et la plus sincère de la vérité du modèle. À la croisée de la matière et de l’esprit, du corps et de l’âme, du visible et de l’invisible, la face exprime les sentiments cachés, les humeurs et les affects. La multitude des expressions échappe à la répétition. Physiologiste de la psyché, la photographe traque et sonde la personnalité d’hommes et de femmes dans leurs attitudes et les inflexions de leur regard, afin de restituer l’irréductible singularité de leur présence. Mutiques, ils apparaissent dans la pleine intensité de leur être, tous saisis à la lumière naturelle dont Brigitte Lustenberger utilise l’action modelante à la façon d’un sculpteur maniant la glaise, puis qu’elle transcende plastiquement par la perfection des tirages.

Avec ces faces qui semblent surgir de mémoires perdues, Brigitte Lustenberger joue de la temporalité en imaginant leur fuite prématurée dans l’oubli. Si elles cristallisent le sentiment d’identité de l’homme, l’artiste suggère également qu’elles ne cessent de se dérober, d’échapper aux tentatives de les cerner et de les fixer une fois pour toutes. « Miroir des mouvements de l’âme », le visage dévoile le moi profond sans jamais l’exhiber ou l’épuiser.


Cette mise en relief de l’épiderme fournit un autre reflet de nous mêmes, de notre précaire humanité. Peu à peu les expressions s’altèrent, les flétrissures apparaissent, les joues se creusent, les cheveux blanchissent. Révéler le vieillissement nous aide à accepter notre impuissance devant l’avancée inexorable du temps, à affronter ce déclin inéluctable que les valeurs occidentales font redouter. Ces portraits constituent un moyen de retenir ces visages et de lutter contre leur anéantissement. Ainsi leur existence ne disparaîtra pas complètement, elle sera prorogée par les regardeurs, dépositaires de la mémoire.

Ce texte est de Julia Hountou pour - Bscnews.fr/


« Un miracle que nous ne voyons même plus, tellement il est commun, c’est qu’aucun visage humain, autant qu’il en existe et qu’il en ait existé, n’en reproduit un autre. […] Il n’y a pas un seul vivant qui reproduise exactement et trait pour trait l’un des milliards de visages qui nous ont précédés. Un être humain est tiré à un exemplaire unique et jamais reproduit depuis que le monde est monde. » (François Mauriac, Ce que je crois, Grasset, Paris, 1962, p. 34.)

 

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