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L'incandescente Emily Dickinson -1/4-

Publié le par Perceval

L'incandescente Emily Dickinson -1/4-

En 1862, Emily Dickinson a 32ans.

« C’est la fille de l’homme le plus riche d’Amherst, Massachusetts. Elle n’a pas besoin de travailler, sa famille a plusieurs domestiques, elle a accès à la grande bibliothèque familiale, elle a pu faire d’excellentes études et son père lui a offert un piano pour ses quatorze ans. Elle aide la cuisinière à faire des gâteaux pour le repas du soir et elle distribue des bonbons aux enfants du voisinage. Il serait impossible de trouver vie plus réglée. » (1)

Emily est fille de petite bourgeoisie puritaine, nourrie à la Bible à haute dose, de Ralph Waldo Emerson (poète et philosophe, figure de proue du courant de pensée transcendantaliste) (note*), de Hawthorne, mais aussi Shakespeare, Dickens, Emily Brontë et les romantiques anglais, sans oublier ses contemporains américains, le sentimental Henry Longfellow par exemple... Elle semble vivre dans une cellule intellectuelle fermée, provinciale et hantée par le péché. Elle était vieille avant que d’être, cousant et tissant, comptant ses deuils nombreux qui se succédaient autour d’elle.

« Tout semble ridicule et excessif : père autoritaire, mère douce et transparente, sœur aussi, effacée qu’elle, un frère incapable d’habiter à plus de quelques mètres de cette maudite maison qui dévorait ses habitants. » (2)

Le Vent n’est pas venu du Verger – aujourd’hui –

Mais de plus loin –

Il ne s’est pas arrêté pour jouer avec le Foin –

Ni menacer un Chapeau –

C’est un gars- toujours de passage –

Tu peux en être sûr –

 

S’il laisse une Pigne devant la porte

Nous savons qu’il a grimpé à un Sapin –

Mais Où est le Sapin – Dis –

Tu y as été, toi ?

 

S’il apporte des Odeurs de Trèfles –

C’est Son affaire – pas la Nôtre –

Alors c’est qu’Il était avec les Faucheurs –

Aiguisant les Heures qui passent

En douces pauses de Foin –

Sa façon à Lui – par un Jour de Juin-

 

S’il lance du Sable, et des Galets –

Les Chapeaux des petits Garçons – et du chaume-

Avec parfois un clocher –

Avec un cri rauque « Ôtez-vous de mon chemin, que diable »,

Qui serait assez idiot pour rester ?

Hein – Dis-

Tu serais, toi, assez idiot pour rester ?

Le Vent commença à faire danser l’Herbe

Sur un Ton comminatoire et grave –

Il lança une menace à la Terre –

Et une autre menace, au Ciel –

Les Feuilles se dégrafèrent des Arbres

S’éparpillant de-ci- de-là –

La Poussière comme des Mains se creusa pour former une coupe

Et lança la Route au loin –

Les Chariots se pressèrent dans les rues

Le Tonnerre se hâta lentement –

L’Eclair montra un Bec Jaune

 

Puis une Griffe livide-

Les Oiseaux Barricadèrent leurs Nids_

Le Bétail se terra dans sa Grange-

Puis vint une Goutte de Pluie Géante

Et puis comme si les Mains

Qui tenaient les Barrages, avaient lâché,

Les eaux naufragèrent le Ciel,

Mais négligèrent la Maison de Mon Père –

Fendant seulement un Arbre en quatre morceaux –

( note *) C'est dans l'est de l'Etat du Massachusetts, à Concord, au nord de Boston, où aux côtés d'Emerson vivaient notamment Henry David Thoreau et Nathaniel Hawthorne, que battait au XIXe siècle le coeur de ce « mouvement » tout à la fois intellectuel, spirituel et littéraire. Un mouvement anticonformiste qui bouscula l'Eglise unitarienne, dominante en Nouvelle-Angleterre, en prônant le primat de l'intuition sur la raison, et secoua la société de Nouvelle-Angleterre tout entière en rejetant le positivisme matérialiste au profit d'un retour à la nature. Thèmes qui infusent dans les poèmes d'Emily Dickinson, où l'émerveillement face au monde et à la Création, doublé d'une sensualité intense, se mêle à un mysticisme inquiet assez éloigné de l'orthodoxie protestante :

« Je me dis, la Terre est brève

Et l'Angoisse -- absolue

La douleur partout,

Et alors ?

Je me dis, on peut mourir

Les Forces les plus vives

sont vouées à la Corruption,

Et alors ?

Je me dis qu'au Ciel

Cela risque d'être la même question

Avec une nouvelle Equation

Et alors ? »

Sources :

  1. Daniel Thomières - Université de Reims Champagne-Ardenne

  2. Gil Pressnitzer - Site Esprits Nomades :

  3. Christine Savinel ( le nouveau dictionnaire des auteurs)

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