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Le style burlesque au XVIIe s.

Publié le par Perceval

Le style burlesque au XVIIe s.

Voilà un air léger qui souffle jusque dans les salons fréquentés par les académiciens...

Si dans la 'préciosité' les femmes jouent le rôle le plus important, les serviteurs du 'burlesque' sont essentiellement des hommes. On a dit que le burlesque – gaîté un peu leste des poètes - était le 'singe' de la préciosité, à qui il répondait …

Le burlesque est décrit, presque dès sa naissance, comme une mode littéraire qui fait fureur dans les années 1643-1653, puis qui « tombe », victime de ses excès, selon Scarron (1610-1660) lui-même, pourtant réputé en être le « créateur ». En 1643, son Recueil de quelques vers burlesques est l'origine d'une vogue immense.

Paul Scarron, écuyer, seigneur de Fougerest est issu de la noblesse de robe. Il entre dans les ordres en 1629. Il vit au Mans de 1632 à 1640, dans l'entourage de l'évêque et fréquente les salons provinciaux. En 1638, il est atteint d’une maladie qui finit par lui paralyser les jambes, la colonne et la nuque. À partir de 1638, Scarron n’est plus qu’un pauvre corps, tordu et perclus, immobilisé dans un cul-de-jatte... Il commence à écrire ses premières œuvres à partir de 1643. Il rentre à Paris et en 1652, à 42 ans, il épouse une orpheline sans fortune âgée de seize ans et demi, Françoise d'Aubigné, petite-fille d'Agrippa d'Aubigné et future Madame de Maintenon...

 

Le mot '' burlesque'' est consacré par Jean François Sarrasin (1604-1654), familier de l’hôtel de Rambouillet. Il vient de 'burla' – plaisanterie -

J. F. Sarrasin, poète et écrivain, homme de plaisirs, rivalise comme auteur de vers de société avec Vincent Voiture (1597-1648) ... Surnommé Amilcar par les Précieuses, il est intime avec Ménage, Pellisson, Madeleine de Scudéry et Scarron avec qui il échange des vers. Il soutient Georges de Scudéry en 1639 dans son attaque contre Corneille avec un Discours de la tragédie.

Devenu familier du comte de Chavigny, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, celui-ci l’honore bientôt d’une faveur toute spéciale. Il l’accompagne dans divers voyages diplomatiques. Ce ministre, qui avait reconnu le parti qu’on pouvait tirer des connaissances acquises et de l’esprit naturel de son protégé, le charge d’une mission à Rome auprès du pape Urbain VIII, amateur éclairé des belles-lettres. Il reçoit 4 000 livres pour ses premiers frais de voyage, mais au lieu de leur donner cette destination, il n’a rien de plus pressé que de les dissiper en parties de plaisir avec une maîtresse qu’il avait rue Quincampoix.

Sarrasin n'a jamais un sou vaillant, aussi doit-il louer ses talents chez le futur cardinal de Retz, puis chez le Prince de Conti, mais Sarrasin a le tort de porter les yeux sur la sœur du Prince, Mme de Longueville...

Le burlesque donc, ça fait rire – de certaines choses, et d’une certaine façon : il y a du « sous-entendu » là-dessous, du sous-entendu « bas », et même de l’équivoque « grossière » – et pourtant nous sommes entre gens du monde.

Non seulement, en usant de tous les lexiques à la fois, et de tous les genres, le burlesque nie leurs relations hiérarchiques, mais encore il procède systématiquement à un renversement « révolutionnaire » au sens propre des hiérarchies établies. Ainsi Scarron écrit-il qu’il a l’art de

Donner une vive beauté

À l’affreuse difformité,

Faire un louvre d’une cabane,

D’une coureuse une Suzanne,

D’un folâtre en faire un Caton,

Et d’un gros âne un Cicéron :

Quelque chose de plus encore,

Peser le vent, blanchir un Maure,

D’une farce en faire un sermon,

Et canoniser un démon,

Prédire les choses futures,

Grossir, ou moindrir les figures,

Faire un nouveau calendrier,

Et d’une buse un épervier,

Faire un libéral d’un avare,

Comme d’un sot un homme rare,

Un Alexandre d’un poltron,

Et d’un petit Nain un Typhon.

''Le Testament de M. Scarron, son épitaphe et son portrait en vers burlesques '' (1660),

 

 

 

PERRAULT Parallèle des Anciens et des Modernes

Le « burlesque galant » : « (Le burlesque) qui est une espèce de ridicule, consiste dans la disconvenance de l’idée que l’on donne d’une chose d’avec son idée véritable, de même que le raisonnable consiste dans la convenance de ces deux idées. Or cette disconvenance se fait de deux façons, l’une en parlant bassement des choses les plus relevées, et l’autre en parlant magnifiquement des choses les plus basses. […] les choses graves et sérieuses cachées sous des expressions communes et enjouées donnent plus de plaisir que ne peuvent donner les choses triviales et populaires sous des expressions pompeuses ou brillantes. »

DESHAYES Jean-Baptiste Henri (attribué) - LE SINGE PEINTRE - 3e quart 18e siècle

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