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Galanterie et Préciosité au XVIIe s.-2/3-

Publié le par Perceval

Melle de Scudery (1607-1701)

Melle de Scudery (1607-1701)

La 'jeune femme précieuse' reçoit chez elle, dans sa chambre : à l'époque, ce n'est pas considéré comme inconvenant. Elle est allongée, sur le lit, au milieu de la pièce. Les hommes et les femmes qui lui rendent visite sont assis autour d'elle, dans l'espace entre le lit et le mur. Chacun, selon son rang, est assis sur une chaise, un tabouret, ou sur le sol... On nomme cet espace où se tiennent les invités "la ruelle".

A la suite de la Marquise de Rambouillet, Mlle de Scudéry tient, un salon moins aristocrate, plus bourgeois d'esprit, plus sérieux et plus intellectuel. Cette romancière célèbre mit à la mode le « jour » des femmes du monde, et se fit, à ses samedis, l'ordonnatrice d'une préciosité plus savante, plus littéraire, où les exercices de style l'emportaient quelque peu sur les plaisirs mondains, les préoccupations morales et les analyses psychologiques sur les badinages frivoles

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Dans le sillage de ces cercles illustres se multiplièrent à Paris, puis en province, des « ruelles » ou « alcôves » où nombre des femmes de la noblesse et de la bourgeoisie se mirent à recevoir, dans des chambres luxueusement décorées, leurs connaissances et amis, ces « précieuses » et ces « précieux » dont les satiriques ne tardèrent pas à se moquer.

Tous les salons ne sont pas précieux, cependant. Il en existe où l'on s'amuse 'simplement', de façon plus libertine, comme celui de Ninon de L'Enclos, une courtisane réputée.. La grande courtisane pleine d'esprit, traitait les précieuses de "jansénistes de l'amour"  

La relation amoureuse reste la grande affaire des cercles précieux. Paradoxalement, les précieuses ont paru à leurs contemporains tout à la fois craindre et exalter l'amour, passant tantôt pour prudes, tantôt pour coquettes. Elles refusaient en fait qu'il ne fût qu'une brutale jouissance ou une conquête égoïste qui les ravalent au rang d'objet, et elles prétendaient, pour sauvegarder ou conquérir leur dignité d'être humain, le spiritualiser en le dégageant de l'instinct naturel, vulgaire ou grossier.

Le célibat paraissait le meilleur moyen de préserver l'indépendance féminine ; le mariage devait être une alliance librement consentie et assurant l'égalité des partenaires ; d'ailleurs les amants de coeur permettraient à l'épouse de conserver son droit à l'amour. Ce n'est pas un hasard si cette Préciosité féministe fut surtout le fait de la seconde génération, plus bourgeoise, plus éloignée des libertés de la haute aristocratie et plus soumise aux vieilles contraintes.

Une fureur d'écrire s'empara des salons, où l'on tourna des lettres, des vers, des pages de roman, où l'on rivalisa en portraits, énigmes, rondeaux, bouts rimés, etc. Les romans d'une Mlle de Scudéry se voulurent le miroir de la nouvelle mondanité et le véhicule des idées modernes. En poésie — le jeu souverain, l'exercice roi — la manière l'emporta sur la matière ; primèrent le rare, le surprenant, l'ingénieux, le délicat, le fin ou le badin. Ce fut une esthétique de la virtuosité stylistique. 

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