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Galanterie et préciosité au XVIIe s.-1/3-

Publié le par Perceval

Portrait de Suzanna Doublet-Huygens par Caspar Netscher (1639-1684)

Portrait de Suzanna Doublet-Huygens par Caspar Netscher (1639-1684)

Le substantif ''galanterie'' prend en bonne part le sens de ''galant'' du XVe s. : ' vif, alerte, enjoué ', qui donne alors le courage, l'élégance et la distinction... C'est en 1640, que l'usage du mot se répand.

L'habitude d’un comportement toujours respectueux envers les femmes; l'art de leur plaire en les louant avec esprit..., ces éléments définissent la pratique de la galanterie au milieu de XVIIe siècle.

On voit, dans L’Astrée (1607), des amoureux se faire chevaliers errants afin de devenir dignes de leur belle. Cependant dans le Dialogue, Chapelain résume l’opposition entre la galanterie médiévale et celle qui s’instaure de son temps : au Moyen Âge, on prouvait sa passion par la recherche des dangers, par du sang et par des victoires; aujourd’hui, on ne la prouve « que par des coquetteries et des assiduités ou, au plus, que par des collations, des musiques et des courses de bague ».

Astrée se dévoile à Céladon au temple de Vénus (L'Astrée, 1733, I, 4)

L'Astrée, c'est le roman de l'amour, l'amour de la beauté. Pour Honoré d'Urfé le symbole de la beauté, c'est la femme. Il la porte aux nues. Les femmes sont plus pleines de mérite que les hommes, écrit-il. Elles nous surpassent de tant en perfection que c'est leur faire tort que de les mettre en un même rang avec les hommes.

Je voudrais donc parler de cette ''galanterie'', qui - suite à l'amour courtois - retrouve vigueur avec les ''précieuses''.

Le plaisir galant, dont il est question est assez subtil pour naître à la fois du langage et de la pensée … La rencontre érotique au XVIIe s. exerce l’équivalent d'une force attractive et transgressive d’un acte réputé « bas ». Le langage du plaisir entre un homme et une femme ne peut abaisser ce plaisir au risque d'exclure les femmes qui seraient offensées à l'entendre...

La galanterie se veut joyeuse, entièrement positive, débarrassée de ce que le sujet humain, être de langage, peut y projeter de négatif : le trouble, l’inquiétude, le manque.

Les propos d'un galant homme à une dame se veulent être promesse d’une jouissance multipliée par ce qu'il peut en dire, et ne pas dire …

Pour dire le plaisir érotique, les galants et même les libertins parviennent à trouver des solutions dans la langue au moment où la censure est maximale. Non pas seulement parce qu’ils en ont intégré les contraintes, mais parce qu’ils disposent d’une langue élaborée dans les salons, riche paradoxalement de ses possibilités de refoulement et donc de ses capacités allusives.

Recueil de poésie du début du XVIIe siècle manuscrit sur papier, illustré d’enluminures à la gouache, daté 1604-1608 - Les histoires de coeur, tel est le thème de ce liber amicorum du début du XVIIe s

La Préciosité :

Ce phénomène de société ( daté du lendemain de la Fronde ~ 1650) est initié par des femmes. Des femmes de la bonne société qui voulaient imprimer une distinction éloignée du commun à leurs personnes, à leurs sentiments, à leurs gestes et aux choses qui les entouraient... Bien sûr, il prêtera à rire, puisqu'il s'agit de femmes, et à qui on prêtera des délicatesses outrées et des raffinements excessifs ou affectés.

Le salon de Catherine de Vivonne – marquise de Rambouillet - « l’incomparable Arthénice », anagramme (coutume très en vogue à cette époque dans le monde littéraire) de « Catherine », une des personnalités féminines les plus marquantes de son temps, fut l’un des plus brillants de son époque. De sa « chambre bleue», « Arthénice » recevra allongée sur un lit les beaux esprits de son époque, tel le Cavalier Marin, histrion intelligent, mais aussi des gens de lettres et les grands personnages de son époque : Richelieu, Malherbe, Vaugelas,Guez de Balzac, Racan, Voiture feront partie de ses familiers.

On raffolait de poésie et de romanesque. Le cercle rayonna sur la capitale entre 1620 et 1648.

On aimait les conversations, où l'on parlait de « galanterie » et de littérature ; on s'écrivait, on faisait des vers. 

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