Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Georges de Feure - Le phantasme de la féminité à la fin du 'siècle' – 1/4-

Publié le par Perceval

Georges de Feure - Le phantasme de la féminité à la fin du 'siècle' – 1/4-

Il est né Georges Joseph von Sluyters de parents belge et hollandais en 1868 à Paris. La famille émigre pendant la Guerre de 70. De retour à Paris en 1889, il fait partie de la bohème montmartroise.

Très rapidement, c'est la femme qui deviendra le principal sujet de ses œuvres, non pas une femme précise, mais un 'phantasme', à la fois attirant et inquiétant. C'est un ami de Debussy, Satie et Ravel et un grand lecteur des écrivains symbolistes.

C'est à partir de 1890 que Georges de Feure (1868-1943) publia ses dessins et caricatures dans la revue Le Courrier français, un organe de presse typiquement montmartrois qui fut créé en 1884 ; son rédacteur en chef, Jules Hyppolite Roques, envisage de publiciser les activités intellectuelles et sociales de Montmartre, de militer en faveur de la liberté de presse et de s'opposer au républicanisme traditionnel incarné par la Troisième république...

 

Le Courrier français est reconnu pour ses publications de représentations féminines aux accents diaboliques de style typiquement décadent. Dans un livre intitulée La Femme à Paris: nos contemporaines publié par le critique Octave Uzanne en 1894, celui-ci souligne que la femme semble, pour les artistes parisiens, être passée du statut de « Muse» à celui de « Succube », et que ce type de représentations se retrouve partout: « Dans le livre, dans le journal, aussi bien que parmi les tableaux des Salons annuels, elle jaillit, elle éclate, elle s'affirme, depuis les illustrations de la Vie parisienne et du Courrier français jusqu'aux œuvres interprétées par la lithographie, l'eau-forte ou le verni-mou. » Le Courrier français auquel collabore intensément de Feure entre les années 1890 et 1892 est donc ouvertement reconnu pour ses représentations diabolisant les femmes.

Frank Cheyne Papé est un artiste illustrateur anglais né en 1878 - Succube

Le groupe des ''décadents''

Le terme décadence est employé de manière contemporaine pour la première fois par Paul Bourget dans Le Siècle littéraire du 1er avril 1876. Celui-ci reprend l'héritage de Baudelaire lorsqu'il écrit: «Nous acceptons sans humilité comme sans orgueil ce terrible mot de décadence ». Bourget sera le premier à écrire une théorie de la décadence en 1881 dans son ouvrage Essais de psychologie contemporaine. Dans l'œuvre de Bourget se retrouvent déjà les thèmes principalement chers aux décadents: le pessimisme et le spiritualisme. Les influences de Baudelaire, Schopenhauer, Barbey d'Aurevilly et des peintres préraphaélites anglais sont également présentes.

En plus du pessimisme ( Schopenhauer ... ) et du spiritualisme, la misogynie est donc un élément central de l'esthétique décadente. Cette misogynie s'inscrit dans le sentiment profondément antinaturaliste des décadents qui voient la nature comme étant cette « machine infernale» assujettissant les hommes. La nature, responsable du désir sexuel des hommes, serait donc un obstacle à leur quête spirituelle et artistique puisqu'elle les ramène constamment vers l'état naturel et animal de la femme...

Pierre Bonnard - Femme assoupie sur un lit ( un chat contre sa chevelure... sorcière ...), dit aussi L'indolente,1899

La femme fatale

La vision des femmes tentatrices apparaît dans la représentation de nombreuses figures à la féminité perverse et à la sexualité dominante que l'on nommera Femmes fatales. Plusieurs artistes ont recours à des personnages féminins mythiques lorsqu'ils veulent représenter les femmes comme étant à la source de l'immoralité, de la cruauté et de la perversité. En voici quelques exemples qui ont été souvent repris par les artistes: Ève (Paul Gauguin, Ève exotique, 1890. Georges de Feure, Tentations, 1893, Salomé (Gustave Moreau, L'Apparition, 1876. Aubrey Beardsley, J'ai baisé ta bouche lokanaan, 1893), Salammbô (Victor Prouvé, Salammbô, 1893) et Judith (Gustav Klimt, Judith l, 1901). Dans ces représentations, la féminité est donc perçue comme étant « dominée, guidée par ses instincts et donc incapable d'une quelconque expérience purement spirituelle »

Georges de Feure (1868-1943), Arachné, Illustration pour 'La Porte des Rêves' de Marcel Schwob – 1899.

Commenter cet article