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La Princesse andalouse Wallada

Publié le par Perceval

La Princesse andalouse Wallada

 

Wallâda Bint al-Mustakfi, princesse andalouse, est la fille du dernier Khalife Omeyyade de Cordoue, Mohamed Al-mostafki, chassé du pouvoir ( pour incompétence...) et assassiné en 1025.

Wallada est née en 994... Sa mère était sans doute une esclave éthiopienne chrétienne.

Elle a bénéficié d’une éducation sophistiquée, cultivée et relativement libre.

Wallada ne subit aucune rétorsion à l'avènement de la dynastie des Bani Jawhar à Cordoue.

Elle garde son statut de princesse et continue comme auparavant à organiser chez elle des salons littéraires. Elle a une trentaine d’années et hérite d’une grande fortune.

D'une grande beauté, de corps svelte, teint blanc, yeux bleus, cheveux entre blonds et roux, la poétesse prend alors la décision consciente de rejeter en bloc les carcans des traditions ''médiévales'' qui entravent son autonomie et sa liberté personnelle. Elle délaisse le voile, et ses biographes écrivent qu’elle porte les vêtements transparents des harems de Bagdad en plein public.

Wallada – rebelle - fait broder sur la manche droite de ses robes : «par Dieu, je suis qualifiée pour les hautes positions, et j’avance fièrement dans mon chemin,» et sur la manche gauche :«je permets à mon amant de caresser ma joue, et j’offre mon baiser à celui qui le désire.»

Wallada tient un salon littéraire où les grands esprits, poétesses et artistes, se rencontrent pour réciter la poésie, discuter avec ferveur et jouer de la musique, sans ségrégation de sexe. Lors de ces rencontres, elle prend part aux joutes de poésie en exprimant ses sentiments avec une grande liberté et audace. Wallada charme les cœurs et les esprits...

 

Et, c’est lors de ces rencontres que Wallada rencontre le grand poète de Cordoue, Ibn Zaydoun. C'est alors le grand amour, qui enrichit la littérature arabe de nombreux poèmes enflammés, dont les vers de la poétesse :

 

 

«Sois prêt pour ma visite à l’obscurité,
parce que la nuit est la meilleure gardienne des secrets.
Si le soleil sentait l’étendue de mon amour pour toi,
il ne brillerait plus,
la lune ne se lèverait plus,
et les étoiles s’éteindraient d’émoi.»

Ibn Zaydoun répond:

« Ton amour m’a rendu célèbre parmi les gens.

Mon cœur et mes pensées s’inquiètent pour toi,

quand tu es absent ils ne peuvent pas me consoler

et quand tu arrives tout le monde est présent. »

 Leon Comerre (1850-1917)

Leur liaison défraye la chronique dans la Cordoue du XIe siècle ; mais cet amour ''enflammé'' ne dure que quelques mois. Une brouille due probablement à la jalousie lui porte le coup de grâce. Ibn Zeydoun continuera à écrire à son amour perdu, qu'il ne pourra pourtant jamais plus la revoir. Aussitôt, la poétesse prend pour amant le vizir Ibn Abdus. Plus tard, elle s’éprend de Muhyah Bint al-Tayyani al-Qurtubiyah, l’une des plus belles femmes de Cordoue. Wallada entreprend l’éducation de cette dernière, si bien que Muhyah est devenue elle-même une grande poétesse.

Wallada avance en âge, et perd sa fortune. Aussi, elle renonce à son salon littéraire, et vit dans la maison de son ancien amant Ibn Abdus jusqu’à son décès, en 1091 . La poétesse décède quand les Almohades conquièrent Cordoue.

 

Regrets

« Lorsqu'en hiver nous nous rendions visite, les braises du désir me brûlaient la nuit durant

Comment se fait-il que j'en sois venue à être séparée de lui, c'est bien le Destin qui précipita ce que je voulais éviter

Les nuits passent sans que je vois l'éloignement prendre fin, sans que je vois la patience m'affranchir de la servitude du désir

Que Dieu arrose une terre devenue désormais ta demeure, en déversant une pluie abondante et ininterrompue. »

 

Les adieux

« Une amoureuse a perdu patience et te fit ses adieux pour avoir ébruité un secret, à toi, confié

Elle regrette de n'être pas restée à tes côtés plus longtemps, maintenant qu'elle te reconduit pour te faire ses adieux

Ô toi le jumeau de la pleine lune par l'élévation et l'éclat, que Dieu préserve l'instant qui te vit naître

Si après ton départ, mes nuits sont devenues longues que de fois ne me suis-je plainte de leur brièveté en ta compagnie »

Leon Francois Comerre - La Joueuse de Kouira

 

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