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Etty Hillesum – La rencontre femme-homme -1/3-

Publié le par Perceval

Etty Hillesum est née le 15 janvier 1914 à Middelburg, en Zélande province des Pays-Bas. Elle est morte à Auschwitz, le 30 novembre 1943. Elle avait 29 ans.

Etty est reconnue pour sa spiritualité. Egalement, Etty a analysé sa sensualité.

Etty est l’aînée d’une famille de trois enfants et elle a grandi, comme ses deux frères cadets, dans une ambiance étrangère à toute référence religieuse. Etty provient d’une famille juive qui semble tout à fait adaptée à la modernité européenne de la première moitié du XXe siècle.

Dès la fin de son adolescence, puis à l’Université d’Amsterdam, où elle fait des études de droit, ainsi que l’étude de la langue et de la littérature russe, Etty fréquente un milieu d’intellectuels de gauche, où les mœurs et les valeurs sont plutôt libérales... Elle se questionne toutefois sur son existence ''tumultueuse'', face à des périodes de dépressions et de malaises physiques récurrents.

Etty vit chez un homme Han Wegerif à Amsterdam, elle y est engagée pour s'occuper de l'intendance de la maisonnée où vivent le propriétaire, son fils, une servante allemande, qu'elle aime comme sa mère et une jeune étudiante. Etty est la maîtresse de Han Wegerif, mais mène une vie sentimentale mouvementée. Elle explore en funambule ces espaces venteux, accidentés de la rencontre amoureuse.

Un des pensionnaires de la maison, Bernard Meylink, lui conseille alors d’aller consulter un psychologue-chirologue, Julius Spier. Il a 27 ans de plus qu’Etty. Juif allemand, il a, comme beaucoup d’autres, émigré aux Pays-Bas en 1939, et sa réputation de thérapeute commence à se répandre à Amsterdam. Cette rencontre est décisive. Sous sa conduite elle décide de commencer à rédiger un journal.

Spier a suivi pendant deux ans à Zurich l'enseignement de C. G. Jung et fait une analyse avec lui. Il a un charisme profond. Julius Spier fait une très forte impression sur Etty, elle devient très vite très proche de Spier - elle sera sa secrétaire, rédactrice de ses rapports d'analyse, sa maîtresse et son amie. La relation de ces deux êtres d'exception ne peut se passer sans heurt et sans une certaine souffrance.

« Avec ce coeur de soufre et cette chair d'étoupe, avec ces os qui sont pareils à du bois sec, avec une âme qui dédaigne freins et rênes, avec un désir prompt à trop d'ardeur, avec une raison aveugle, débile et boiteuse et les gluaux, les pièges dont le monde est plein, ce n'est pas grand merveille si, en un éclair, je flambe au premier feu qu'on rencontre en chemin. »

« Ce que je trouvais beau, je le désirais de façon beaucoup trop physique, je voulais l'avoir. Aussi, j'avais toujours cette sensation pénible de désir inextinguible. »

« Sa vie sexuelle, libre et désordonnée, a longtemps masqué son besoin de tout prendre et de tout donner, son besoin de vivre incarnée. Femme à l'insatiable curiosité érotique, elle a besoin de goûter, de se « gaver » de l'autre, de tous les autres. Elle communique par son corps. Pourtant, sans le savoir, sa « fichue » sensualité dissimule les prémisses de son désir d'absolu : elle constate en elle « un lent mais constant déplacement du physique au spirituel [...]. Je sais que les possibilités du corporel atteignent bientôt leurs limites. »

Apprivoisant progressivement le tempérament impétueux - tant physiquement qu'intellectuellement - d'Etty, Julius Spier l'éduquera à un « amour plus large que celui qui se concentre sur une seule personne » et la guidera, jusqu'à son dernier souffle, dans le chemin pour se trouver et aller vers l'autre. Julius, fiancé à une femme à Londres, pose et impose sa fidélité à la volcanique Etty qui accepte le “défi”. L'homme lui échappe à moitié, mais le désir qui la déchire pendant des mois sera fécond : c'est de l'amour qui flambe entre eux qu'est né sa force spirituelle d'Etty. Derrière son amour pour lui, elle découvre, un amour impersonnel, démultiplié, pour tous les autres et pour Dieu. L'avancée inéluctable de la menace qui pèse sur les juifs d'Europe et la frustration de cet amour sans retour charnel expliquent sa vertigineuse conversion du cœur. » Extraits d'un article de Anne Ducrocq : Etty , une vie bouleversante

 

Illustrations de Liu Ye, et de Chagall

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