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La dame de Shanghai

Publié le par Perceval

Rita Hayworth, atteint son apogée de star avec le film Gilda (1946) de Charles Vidor.

Alors qu’ils sont en instance de divorce, Orson Welles lui offre, comme un cadeau de rupture, son meilleur film, La Dame de Shanghai.

Je viens de revoir ''La Dame de Shanghai '' (1947) un film de Orson Welles avec Rita Hayworth et Orson Welles...

Un film 'décalé' ( pas seulement parce qu'il est de 1947...) et envoûtant...

Plus qu'une histoire, il s'agit d'une atmosphère, d'un cauchemar... Chaque plan porte une charge d’insolite, de jeu entre les apparences trompeuses et la réalité.

Ce film est un jeu sur l'image et l'univers possible que l'on peut créer avec des images : de la fiction, de la romance, du rêve d'un monde sans rêve, de la réalisation de la beauté comme promesse. On se rend compte de la nature fascinante, magique et mythique, de l'image cinématographique, capable de métamorphoser la beauté, en apparence démoniaque et fatale...

Dans le palais des mirages, à la fin du film, images et réalité s'auto-détruisent... Ainsi ce film, démontre la force mythique, et ici le mensonge et l'artifice de l'image de la Femme : fascinante, séductrice, fatale … L'œuvre crée à la fois la belle apparence et en conjure la magie : la belle apparence est mortelle...

En ce qui concerne l'histoire, dès le départ le personnage d'Elsa 'Rosalie' Bannister est bordé de mystère, on ne sait pas trop ce qu'elle fait seule dans la calèche en pleine nuit, au beau milieu de Central Park. Welles la présente comme une tentatrice fatale, il fait jouer les couleurs... Elle apparaît dans la nuit noire, resplendissante, vêtue de blanc, on ne voit qu'elle... Tout y est, regards, sourires, beauté perfide et captivante. Rapidement, Michael O’Hara ( O. Welles ) n'est pas en mesure de résister aux provocations d'Elsa et lorsqu'elle lui propose de la suivre dans le yacht de son mari, Arthur Bannister (Peter Sloane), il accepte juste pour la revoir.

Le mari ( Bannister) insiste lui-même pour que qu’O’Hara vienne avec eux en croisière... !

Pendant le voyage, Michael fait la connaissance de l’associé du mari, l’ignoble George Grisby (Glenn Anders), personnage repoussant: voyeuriste, suintant, mesquin, vicieux et sympathisant d’extrême-droite. O’Hara pénètre ainsi un univers qui le répugne, peuplé d’individus morbides qui se haïssent mais qui restent pourtant inséparables.

En les approchant, O’Hara entre dans leur jeu : on n’échappe pas au désir de l’autre. C’est alors que Grisby fait une étrange proposition à Michael : accepter d’endosser la responsabilité de son propre meurtre contre 5000 dollars. Avec l’argent, O’Hara pourrait convaincre Rosaleen de le suivre et de quitter son mari. Il accepte, et tombe ainsi dans une sombre machination...

Il y a l'amour de Michael, amoureux de Rosalie, ou plutôt de son image, de ce qu’elle incarne par la façon dont il l’idéalise et qui devient un pantin pathétique, profondément meurtri, dont le cynisme apparent cache une souffrance réelle. L'amour de Grisby fait de désir physique et de haine de Bannister... Et, Rosalie, à force d’être aimée de tous, elle ne peut aimer personne. Elle joue de l'amour qui devient pervers... Cette relation n'est plus qu'un jeu d’identification où les uns se définissent par rapport aux autres comme l’explicite la scène des miroirs. « Te tuer c’est me tuer moi-même, c’est la même chose » dit Bannister à sa femme avant leur fusillade. Ce qui se brise, aussi, avec les miroirs c’est l’image de Rosaleen, l’image qu’en avait Michael, son idéalisation.

Le dialogue renvoie à l’histoire de ''la grenouille et du scorpion'' de Mr Arkadin ( autre film de O. Welles) . Que l’on soit grenouille comme O’Hara ou scorpion comme Rosaleen, s’est toujours par un consentement mutuelle que l’un pique l’autre.

Welles filme le désir entre Michael et Elsa, le malaise (gros plans sur les visages masculins dégoulinant de sueurs) et enfin le malheur sur la scène finale, (plans rapprochés sur les visages des époux qui s'entretuent).

La Dame de Shanghai est un film qui ne ménage pas le spectateur. La star de l'époque Rita Hayworth, de splendide femme rousse devient ici une froide blonde calculatrice, qui meurt lamentablement et dans l’indifférence du héros. L’intrigue, elle-même déroute, semble incompréhensible, et finalement Welles la relègue au second plan au profit d’une mise en abyme des rapports aliénants des personnages. Enfin, la conception narrative du cinéma classique est bousculée par la modernité du récit orienté vers l’abstraction et la métaphysique.


La Grenouille et le scorpion

Un jour, sur le rivage d’un étang, un scorpion pensif rêvait de se promener sur l’autre rive, mais il ne savait pas nager. Au loin, il aperçut une grenouille, il l’appela et lui demanda :

– « Bonjour, Grenouille, je voudrais traverser cet étang mais je ne sais pas nager. Pourrais-tu m’aider ? » – « Oui, je veux bien mais comment le pourrais-je ? », lui répondit la grenouille surprise. – « Porte-moi sur ton dos jusqu’à l’autre berge », lui dit le Scorpion. – « Certainement pas. Si je le faisais, tu me piquerais et je mourrais », répondit la Grenouille. – « Mais pas du tout, je ne te piquerais pas car sinon tu coulerais et je coulerais avec toi», lui rétorqua le Scorpion – « C’est vrai. Tu as raison. Alors d’accord! », lui répondit la Grenouille, convaincue et rassurée.

Le Scorpion monte sur le dos de la grenouille. Celle-ci commence à nager en direction de l’autre berge. Mais au milieu de l’étang, le Scorpion relève sa queue et pique la grenouille qui se paralyse et coule.

– « Je vais mourir et tu m’avais pourtant promis que tu ne me piquerais pas. Tu vas mourir également, d’ailleurs, puisque tu ne sais pas nager », s’exclama la grenouille. « Je sais, Grenouille, mais vois-tu, c’est dans ma nature… Je n’ai pas pu m’en empêcher », conclut le scorpion.

Et la Grenouille et le Scorpion sombrèrent dans les eaux profondes de l’étang.

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