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Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues-3/3-

Publié le par Perceval

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À New-York, Leonor Fini visite un musée de monstres dans la 14ème rue et se rend dans une colonie de monstres à Broadway. Ses démêlés avec son galeriste Julien Levy sont dignes d’un film des Marx Brothers : « Ce matin, je me suis horriblement querellée avec Levy, qui était ivre et puait du nez. Je lui ai flanqué un coup de pied car il prétendait que je suis « avare » (il voulait dire « intéressée ») et que je suis venue ici pour gagner de l’argent (et pour quoi d’autre ?). C’est un formidable crétin. Il m’a giflée et je lui ai craché au nez. Puis il m’a jeté à terre. Alors je l’ai griffé, je lui ai donné des coups de poing dans la figure et j’ai pris une grande assiette en verre (très moderne, genre Trois Quartiers) que j’ai lancée en l’air et qui s’est brisée en mille morceaux, éraflant une table de bois pour laquelle Levy avait une passion. Levy était furieux, il en bavait. Il m’a dit qu’il briserait mes tableaux. Je lui ai répondu que j’irais étrangler ses petits enfants, puis je lui ai jeté les morceaux de verre au nez. »

Leonor Fini & Stanislao Lepri, 1945

Leonor Fini & Stanislao Lepri, 1945

Mandiargues lui relate ses pérégrinations à travers les routes fantomatiques de l’Europe de l’Est avec sa vieille Buick rebaptisée Mum, ou ses visites aux musées de peinture ancienne à Gand, Bruxelles, Bruges ou Anvers lorsqu’il s’émerveille devant un polyptique de Van Eck, une tentation de Saint-Antoine ou un calvaire de Bosch... Il ne manque jamais de terminer ses lettres par un exercice d’adoration au « Chat Mammon » : « Tu possède tous les talents, tu unis en toi toutes les sciences, tu es l’habileté faite femme et le grand chat dont je ne cesse de rêver... » Aimer, peindre ou regarder de la peinture, écrire sont aux yeux de Mandiargues une seule et même chose : « Sais-tu que tu es vraiment et absolument géniale ? À travers le surréalisme, tu retrouves tout le romantisme anglais et allemand, Keats et Arnim, « la Belle dame sans merci » et la mandragore, le poème de la nuit et de l’eau morte et des êtres ambigus qui envoûtent les hommes et les détruisent. »

Leonor Fini by George Platt Lynes (New York, 1936) Arturo Ghergo. Leonor Fini, Rome, 1944-45

André Breton n’apprécie pas son travail : une femme ne peut avoir dans son univers phallocentrique (inquisiteur) qu’une place subalterne.Les portraits du jeune écrivain Mandiargues s’accumulent, tandis que son ami photographe Cartier-Bresson ne cesse de l’immortaliser dans des poses lascives, ou sinon en exécutant de troublants portraits. Leonor Fini, jeune, belle et talentueuse est très sollicitée dans les fêtes parisiennes... Elle fascine, Dior la présente à Elsa Schiaparelli, qui à des fins de notoriété l'habille...

Leonor Fini, Paris, 1937

Sa beauté fascine bien d’autres photographes, dont Erwin Blumenfeld, George Platt Lynes, Dora Maar, Lee Miller et d’autres encore. Elle parvient à s’imposer comme peintre en exposant en 1933 avec les Italiens (Carrà, De Chirico, Severini, Campigli, De Pisis), puis en étant invitée un an plus tard à prendre part à l’exposition organisée par Paul Éluard sur le dessin surréaliste à la galerie Quatre Chemins. Des toiles telles que la Chambre noire, Femme en armure ou D’un jour à l’autre marquent son engagement dans l’univers surréaliste avec une forte connotation érotique. Elle rencontre Max Ernst, et deviennent amants. Il lui permet l’accès direct aux idées du Surréalisme...

C'est pendant les années 1935 que Leonor acquiert la réputation d'icône de la vie parisienne, artistique et mondaine. Elle assiste aux générales, aux vernissages, aux bals et aux fêtes, toujours habillée de façon extravagante.

En 1936 elle expose avec Max Ernst à la Julien Levy Gallery à New York. C'est sa première exposition vraiment importante qui marqua une étape décisive de son parcours. Le fait qu'elle expose avec Max Ernst et que dans le catalogue de l'exposition elle est louée par Paul Eluard et Giorgio de Chirico démontre ces affinités avec le surréalisme, mais aussi sa forte personnalité.

Gala, Salvador Dali, Leonor Fini & Andre Pieyre André Pieyre de Mandiargues, stranger, Federico Veneziani, Leonor Fini and stranger, 1939

Malgré cela elle a toujours refusé l'étiquette de peintre surréaliste et elle a toujours détesté André Breton avec sa misogynie, sa haine de l'homosexualité et son habitude de jouer les juges au tribunal.

Leonora Carrington and Leonor Fini by Denise Colomb, 1952  

En 1942, elle fait la connaissance de Stanislao Lepri, consul d’Italie à Monaco, qu’elle encourage à peindre. Puis, en 1951, elle rencontre l’écrivain polonais Constantin Jelenski, dit « Kot » de 14 ans son cadet, avec qui elle partagera désormais sa vie.

Leonor adorait Jelenski mais celui-ci était épris de Stanislao Lepri. Ils vécurent une relation à trois jusqu’à la fin de leurs vies.

Leonor Fini and Konstanty A. Jeleński, Nonza (Corsica), the 1970s, photo by Richard Overstreet

Leonor Fini (1908 - 1996)

Sources : Article d'Olivier PLAT sur la correspondance 1932-1945 entre Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues.

Leonor Fini de Peter Webb

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