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Nancy Cunard... Les années 20, puis Aragon. -2/3-

Publié le par Perceval

Dans les années 1920, Nancy Cunard voyage beaucoup en Europe, et vit entre Londres et Paris. La capitale française accueille alors de nombreux Anglo-Saxons, journalistes, écrivains, artistes, photographes, éditeurs, mécènes, poètes, qui seront tous, à un moment ou à un autre, de vrais Parisiens tel que l’entend Valéry Larbaud : « On est parisien dans la mesure où on contribue à l’activité matérielle et à la puissance spirituelle de Paris »

Cunard est une de ces femmes anglo-saxonnes qui ont quitté leur pays trop puritain et se sont installées à Paris pour vivre pleinement leur sexualité ou leurs activités intellectuelles et créatrices. Les couples que forment Gertrude Stein et Alice B. Toklas d’une part, Natalie Barney et Romaine Brooks d’autre part, en sont les exemples les plus célèbres. Cunard, quant à elle, forme un trio original et extravagant avec le couple de journalistes américaines Janet Flaner et Solita Solano, rencontrées en 1923. Plusieurs peintres et photographes les ont d’ailleurs immortalisées en chapeaux haut-de-forme et vestes de cavalière. Symbole de la « mode garçonne » des années 1920, cette tenue, inspirée des dandys du XIXe siècle, représentait, pour ces femmes émancipées, la modernité et la remise en question de la masculinité...

Janet Flanner in Paris, 1927 par Berenice Abbott Janet Flanner and Solita Solano

Cunard est aussi une femme riche et mondaine habillée par Paul Poiret, Elsa Schiaparelli, Coco Chanel ou Sonia Delaunay . Elle participe aux nombreuses fêtes parisiennes qui rassemblent artistes, écrivains et poètes d’avant-garde ainsi que les élites qui les soutiennent. À partir de 1923, elle devient très proche de Tristan Tzara puis de René Crevel. L’année suivante, Tzara lui dédie sa pièce Mouchoir de nuages .

Man Ray, Tristan Tzara kneeling to kiss Nancy Cunard's hand, Bal du Comte de Beaumont, 1924 Nancy Cunard, by Alvaro Guevara

À partir de 1924, son appartement de l’île Saint-Louis, rue Le Regrattier, aménagé par le décorateur Jean-Michel Frank , devient un lieu de rencontre entre les intellectuels anglo-saxons et l’avant-garde littéraire et artistique parisienne. Elle joue alors, de manières assez variées, le rôle d’intermédiaire, de passeuse ou de traductrice entre ces milieux. En 1924, elle traduit en français, pour Tzara, la pièce Faust de Christopher Marlowe, puis pour Crevel la version anglaise d’un classique japonais, Le Dit du Genji . En 1926, elle propose à l’éditeur l’anglais John Rodker (éditions Ovid) de traduire en anglais le premier roman de l’écrivain Marcel Jouhandeau, Mademoiselle Zéline (1924). Elle tient aussi une chronique régulière, « Paris today as I see it », dans la version anglaise du magazine Vogue. En mai 1926, elle y décrit l’exposition Tableaux de Man Ray et objets des îles présentée à la Galerie surréaliste (Grossman 2009). Cette même année, Man Ray réalise une série de portraits d’elle, dont le plus célèbre en habit léopard et cheveux courts avec au premier plan ses bras recouverts de bracelets africains. Le 5 octobre 1927, le Vogue anglais publie cette photographie légendée « London fashion » et accompagnée d’un petit texte la présentant comme une jeune poétesse vivant à Paris. Cette image fut aussi reproduite en 1929 dans deux autres revues, une belge, Variétés, Revue mensuelle illustrée de l’esprit contemporain, et une américaine, The Little Review. Ce portrait mythique est en quelque sorte une synthèse de l’histoire artistique et culturelle des années 1920, largement étudiée , que l’on associe souvent à la femme émancipée, au goût pour les arts non occidentaux et au primitivisme.

  Nancy Cunard by Cecil Beaton 1929

Avant Man Ray, des peintres comme Lewis, Eugene MacCown, John Banting ou Oskar Kokoschka avaient déjà réalisé des portraits de Cunard , mais à partir de 1926 elle devient le modèle d’autres grands photographes anglo-saxons. Curtis Moffat (ancien mari de son amie Iris Tree), Cecil Beaton et Barbara Key-Seymer, tous sensibilisés à l’esthétique surréaliste, réalisent de magnifiques clichés qui confirment son statut d’icône de l’entre-deux-guerres.

Sources : Muses de Farid Abdelouahab ; et Introduction à « L'Atlantique noir » par Sarah Frioux-Salgas ( Gradhiva - Musée du quai Branly)

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