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Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues-2/3-

Publié le par Perceval

Leonor Fini (c. 1930)

En 1929, l'oncle de Léonor accepte de financer ses études artistiques à Milan, ville de ses premières prémices d'art... Ville où les peintres comme Funi, Carra, Tosi l'introduisent à la magie de la peinture. Le romantisme italien reste sur les gestes et les habits légers de ses personnages... Nathan lui fait connaître le réalisme décalé du groupe Novecento Italiano. Sa plus importante rencontre est celle de De Chirico.

Au bout d'un an, elle se lasse de Milan, de sa misogynie et son climat fascisant. En 1930, elle suit le couple De Chirico à Paris... A son retour à Milan, elle rencontre le prince Lorenzo Ercole Lanza del Vasto de Trabia dont elle tombe tout de suite amoureuse. Leonor s'est mis en tête de faire carrière à Paris, et ils décident de s'installer ensemble à Paris.

En Mars 1932, le couple décide de se séparer; Lorenzo rentre à Milan.

Au café des deux magots, elle retrouve De Chirico, et rencontre Jules Supervielle et Max Jacob. Bientôt, elle est invitée à dîner par de riches aristocrates aimant les arts – Les Noaille, les Montesquiou -. Un jour d'été 1932, deux jeunes gens entament une conversation avec elle dans le bar de son hôtel : ce sont Henri Cartier-Bresson et André-Pierre de Mandiargues. Une semaine après elle s'installe dans le petit appartement de Mandiargues ; dans l'appartement du dessous, Cartier-Bresson vit avec une jeune noire américaine.

André Pieyre de Mandiargues - 1933

de George Hoyningen-Huene: 

Henri Cartier-Bresson, New York, 1935

Sa première exposition personnelle est à la Galerie Bonjean, dont Christian Dior est le directeur.

André Pieyre de Mandiargues (1909-1991) qu’elle épouse en 1950, est l’un de ces « étranges garçons, extrêmement timides, cultivés, infantiles et détachés de la vie quotidienne », dont parle Leonor Fini dans une lettre à sa mère. Tous deux entament une liaison qui se prolongera durant vingt ans par le truchement d’une abondante correspondance.

En haut: André Pieyre de Mandiargues et Léonor Fini - Italie- 1933

 

Leonor Fini, André Pieyre de Mandiargues, Trieste, 1932, ( à droite )

Photography by Henri Cartier-Bresson

La correspondance de Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues comprend cinq cent soixante lettres (trois cent soixante-dix de Leonor Fini, cent quatre-vingt-dix de Mandiargues) échangées entre 1932 et 1945...

Leonor Fini - Autoportrait au scorpion (1938)

Tandis que Mandiargues met à profit son héritage pour voyager en Europe et visiter ses musées tout en se consacrant silencieusement à devenir écrivain, Leonor Fini tente de trouver sa place dans un monde dominé par les hommes...

Farouchement indépendante, son prodigieux sens de l’observation l’amène à porter un regard impitoyable sur le milieu mondain dans lequel elle évolue où se côtoient artistes, mécènes, galeristes, critiques d’art, créateurs de mode, aventurières et femmes du monde, ce qui ne la décourage pas d’y participer, bien au contraire, car si elle avoue à Mandiargues déplorer « cette horrible envie que j’ai de consommer tant de personnes, ce sentiment spectaculaire de moi-même qui me rend inquiète et changeante », elle le revendique quelques lettres plus tard : « Moi j’ai besoin de consommer beaucoup de monde et de faire le paon en public. »

Léonor Fini

Et Mandiargues d’abonder dans son sens : « (...) je sais que tu aimes, plus que tout, être la reine de la fête et, surtout, que tu es d’une telle beauté, costumée, qu’on ne peut regarder personne d’autre dans les bals quand tu es là. » Tout comme dans ses tableaux, elle aime susciter un état de fascination, et se fasciner elle-même. La voici Narcisse se mirant dans les miroirs de l’Opéra : « J’étais très belle, fantastique, beaucoup plus que le spectacle lui-même. (...) J’avais l’air d’un roi fou, habillé d’immenses feuilles. Je portais dessous une robe noire très moulante, comme tu les aimes, si bien que je paraissais nue, couverte des seuls pétales noirs. » Plus fragile qu’elle n’y paraît, on comprend mieux pourquoi elle ne supportera pas d’être supplantée par Bona Tibertelli dans le regard d’André, et le silence qui s’ensuivit jusqu’à la mort de Mandiargues en 1991 :

Léonor Fini - 1936 New York -

« Si je suis aussi souvent très sûre de moi, c’est parce que je t’ai : tu es mon plus beau et cher miroir, tu me réchauffes, tu me fais parfois ronronner avec une satiété arrogante et une plénitude joyeuse. »

Sans doute est-ce pour la même raison qu’elle collectionne les conquêtes à la manière d’un Casanova au féminin, elle qui estime « ignoble et désespérante la vie érotique des femmes » et aimerait souvent « vivre comme un homme » : « J’ignore pourquoi je me conduis ainsi, il serait facile de conclure que je veuille me libérer vite de ces individus et que je refuse profondément de m’attacher à qui que ce soit. Mais il est également vrai que si cette protection existe, je n’en ai aucune contre le sentiment (c’est vrai) de honte que ces aventures suscitent en moi. Voilà pourquoi, ensuite, je les déteste très souvent. (...) Et puis je ne suis pas complètement impassible et, malgré tout, j’ai parfois besoin qu’on s’occupe de moi, qu’on m’embrasse, qu’on me cristallise en soi pour un moment. »

A suivre....

Sources : Article d'Olivier PLAT sur la correspondance 1932-1945 entre Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues.

Leonor Fini de Peter Webb

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